‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 321 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME

est l'an sept cent cinquante-neuf (1) , et c'étoit la treizième année de sa profession monastique. Saint Platon étant malade, assembla toute la communauté, et, supposant que sa maladie étoit mortelle, il les conjura de lui déclarer qui ils vouloienl avoir pour supérieur après lui, assurant qu'il approuveroit leur choix, car il savoit bien leur inclination. Ils répondirent tout d'une voix que c'étoit Théodore, et saint Platon, sans rien ajouter, le chargea aussitôt du gouvernement. Théodore ne s'attendoit à rien moins ; mais il ne put résister au consentement unanime.

Tel étoit donc saint Platon retiré et dégagé de tout, quand il crut devoir témoigner ouvertement qu'il désapprouvoit le mariage de l'empereur Constantin avec Théodote, jusqu'à se séparer de la communion du patriarche Taraise. L'empereur, irrité , le fit menacer d'exil, de fouet , de mutilation de membres : on lui envoya des moines pour le solliciter , on lui écrivit des lettres , mais le tout inutilement. L'abbé Théodore, son neveu, se déclara comme lui , et ne se crut pas obligé au même ménagement que le patriarche Taraise (2) ; mais, après y avoir bien pensé, il excommunia publiquement l'empereur, et le dénonça à tous les moines. L'empereur dissimula son ressentiment ; et, voulant gagner Théodore, il y employa sa nouvelle épouse Théodote, qui étoit parente du saint abbé, et qui s'efforça de le gagner par de grandes sommes d'argent et de grands présents, et encore plus par la considération de la parenté.

L'empereur, voyant qu'elle n'avoit rien gagné , alla lui-même au monastère de Saccudion, sous prétexte d'une affaire pressée ; mais ni l'abbé Théodore, ni aucun des moines, ne se présenta pour le recevoir , et pas un ne lui parla ni ne l'approcha. Outré de colère , il retourne au palais, et envoya IJardane, domestique des écoles c'est-à-dire, capitaine des compagnies, et Jean, comte de TobstMiuium , l'our maltraiter à coups de fouet l'abbé Théodore et ceux de ses moines qu'il savoit être les plus fermes dans les mêmes sentiments. On les déchira de coups , et on fit couler de leurs corps des ruisseaux de sang ; puis on les envoya sur-le-champ en exil à Thessalonique , suivant l'ordre delempereur. Ils étoient douze en tout , l'abbé et onze moines : ils souffroient ce traitement d'un esprit tranquille; et comme il y avoit un ordre de l'empereur portant défense à personne de les recevoir , les abbés même n'osoient leur faire l'hospitalité.

Les mêmes capitaines amenèrent Platon à Constantinople , et l'empereur le fit venir devant lui ; mais il lui résista en face, et lui soutint que son mariage étoit illicite (3). L'empereur le fit enfermer dans une cellule , où on

(I) VitaperMIchaëi, n.

I, a, etc.

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