‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 320 sur 2407 · II. Commencements de saint Platon · texte numérisé non relu

II. Commencements de saint Platon

Platon, qui se signala en cette occasion, étoit né l'an sept cent trente-cinq , à Conslantinople, de Sergius et d'Euphémie, personnes nobles et riches (1). Il perdit l'un et l'autre, et la plupart de ses parents , dans une peste qui désola Constantinople, l'an sept cent quaranlesix ; mais il fut élevé par un de ses oncles , qui étoit trésorier de l'empereur , et comme Platon écrivoit très-bien en notes, il le soulageoit, et ensuite exerçoit sa charge, dont il ne lui manquoitquele titre. Il étoit aimé de tous les grands et connu de l'empereur même. Dans cet emploi , menant une vie réglée , et s'éloignant des divertissements ordinaires de la jeunesse, il amassa de grands biens , outre ceux que ses parents lui avoient laissés , et on lui proposa plusieurs mariages avantageux. Mais l'amour de Dieu l'élevoit au-dessus de la vie séculière, il faisoit son plaisir de la lecture : ilfréquentoit les églises et les monastères , et se conlessoit à un abbé , à qui il découvroit son intérieur, et qui ad mi roi t sa vertu.

EnGn , résolu de tout quitter , il donna la liberté à ses esclaves , et vendit tous ses biens , dont il distribua la plus grande partie aux pauvres, et en laissa quelque peu à ses deux sœurs. Il quitta le voisinage de Constantinople et passa au mont Olympe, enBithynie, dans le monastère des Symboles, sous la conduite de l'abbé Théoctiste. Platon avoit alors vingt-quatre ans, dont il en avoit passé douzechez son oncle, ainsi c'éloit l'an sept cent cinquante-huit. Etant entré dans le monastère , il s'exerça à toutes les vertus, mais principalemeut à l'obéissance, avec une conûance entière à son supérieur ; il s'appliquoit au travail des mains, particulièrement à l'écriture, où il excelloit : toutefois il ne dédaignoit pas de pétrir le pain, d'arroser la terre et de porter du fumier.

Pour exercer sa vertu , Théoctiste le reprenoit quelquefois, sans qu'il eût fait aucune faute , ajoutant aux reproches de paroles les soufflets et les coups de poing, et Platon le prioit lui-môme de le traiter ainsi. Enlin, Théoctiste le goûta tellement et le trouva d'un si grand secours, qu'il ne pouvoit s'en passer, et lui confioit toute la conduite et tous les biens du monastère , sans que Platon en tournât une obole à son profit. Théoctiste étant mort , Platon passa dans sa cellule pour y vivre en anachorète , s'y étant suffisamment préparé par la vie commune ; mais il lui succéda aussi dans sa

(1) Vila ap. Bol. tom. 5, p. 364.

' charge, et fut élu abbé des Symboles. C'étoit ; l'an sept cent soixante-dix, douze ans après son entrée dans le monastère , et il en avoit trente-six. Sa nourriture étoit du pain, des fèves , des herbes sans huile , excepté les jours qu'il mangeoitavec la communauté, savoir, les dimanches et les fôtes : il ne buvoit que de l'eau, encore rarement , et passent quelquefois jusqu'à dix jours sans boire. Il faisoit dans la prière de fréquentes génuflexions , il travailloit assidûment, et c'éloit une de ses principales vertus ; en sorte qu'il laissa à ses monastères un très-grand nombre de livres écrits de sa main , particulièrement des extraits des pères. Il demeura inconnu à Constantin Copronyme, lorsqu'il persécutoit les moines ; et après la mort de cet empereur , des affaires nécessaires l'ayant obligé de venir à Constantinople, il y étoit tellement oublié , que ses propres neveux ne savoientpass'il étoit encore au monde; mais sa vertu le fit bientôt connoltre, et par ses exhortations il fit de grands fruits. Il réunit des familles divisées , abolit les jurements , procura de grandes aumônes, et fit grand nombre de conversions. On le pria instamment de prendre le gouvernement d'un monastère à Constantinople , mais il le refusa , aussi bien que lévéché de ISicomédie, que le patriarche Taraise lui offrit, et retourna à sa chère solitude. Cependant l'impératrice Irène ayant rendu la liberté d'embrasser la vie monastique , toute le famille de saint Platon renonça au monde, et ils fondèrent un monastère près de Constantinople, qui fut nommé Saccudion , et dont il prit le gouvernement l'an sept cent quatre-vingt-deux, douze ans après qu'il eut été élu abbé des Symboles. Il ôla à son monastère les esclaves, à cause de leurs femmes, qui en étoient inséparables , joint qu'il trouvoit indécent que des moines eussent d'autres hommes à qui ils se fissent craindre. Il eut peineà changer la coutume sur ce point , et toutefois d autres monastères l'imitèrent. Tandis que saint Platon gouvernoit cette dernière communauté, on tint le second concile de Nicée, où il assista ; et on y voit encore sa souscription au huitième rang après les évéques, en qualité d'hégumène et d'archimandrite de Saccudion. Quelque temps après il fut attaqué d'une maladie qui parut mortelle : ce qui lui fut une occasion de se décharger du gouvernement du monastère, et d'en faire élire abbé Théodore, son neveu , fils de sa sœur. Saint Platon avoit été douze ans abbé de Saccudion , ainsi c'étoit l'an sept cent quatre - vingt - quatorze , la soixantième de son âge (1).

m. Saint Théodore Studile.

Théodore en avoit alors trente-cinq , étant né la dix-neu\ ième année de Copronyrae , qui

(1) Ad. i, p. 43g, D.

AndcJ.-C.T95.]

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