XXXII. Mort de Léon II. Benoit H, pap
Cependant le pape Léon II mourut, après avoir tenu le saint-siége un an et sept mois , et fait en une ordination neuf prêtres et trois diacres , et d'ailleurs vingt-trois évéques (1). De son temps , l'église de Ravenne fut entièrement remise sous la disposition du saint-siége ; et l'empereur envoya des lettres portant que, l'archevêque de Ravenne étant mort, le nouvel élu iroit à Rome se faire ordonner. Le pape, de son côté , fit une ordonnance , par laquelle il déchargeoit l'archevêque de ce qu'il avoit accoutumé de payera l'église romaine, pour l'usage du pallium et pour d'autres devoirs. Mais il défendit de faire l'anniversaire de Maur, archevêque de Ravenne, qui avoit voulu se soustraire à l'église romaine , et on obligea ses successeurs de rendre au saint-siége le type ou ordonnance de l'empereur, qu'ils avoient obtenu pour établir leur indépendance. Le pape Léon bâtit une église à Rome , près Sainte-Bibiène, où il mit les corps des saints Simplicius, Faustin, Béatrix et de quelques autres martyrs , et la dédia au nom de saint Paul. Il fit aussi bâtir près le Voile d'Or une église en l'honneur de saint Sébastien , et une en l'honneur de saint George. 11 fut enterré à Saint-Pierre le vingt-huitième de juin, jour auquel l'Eglise célèbre sa mémoire (2).
Pour lui succéder on élut Benoît , Romain de naissance , fils de Jean , bien instruit des saintes Ecritures et du chant ecclésiastique (3). II avoit servi l'Eglise dès son enfance , et exercé dignement la prêtrise. 11 étoit amateur de la pauvreté, humble, doux, patient et libéral. Il reçut des lettres de l'empereur Constantin, adressées au clergé , au peuple et à l'armée de Rome, portant permission d'ordonner sans retardement celui qui auroit été élu pape ;
(1) Anast. in Léon. Pap. (2) Martyr. R.28 juin. Conc. Chr, (3) Anast. in Bened.
HISTOIRE Uli CHRISTIANISME.
cest-à-dire que, sans envoyer à Constantinople, il suffiroit que l'exarque de Ra venue consentît au nom de Fempereur (1). Le pape Benoît écrivit au notaire Pierre, qui étoit en Espagne, pour le presser d'exécuter la commission de Léon , son prédécesseur (2).
XXXIIL Quatorzième concile de Tolède.
Pour y satisfaire, il auroit fallu assembler un concile général de toute rEspai,-ne ; ce qui n'étant pas possible par divers obstacles, le roi ordonna d'assembler les conciles de chaque province, premièrement à Tolède celui de la province carthaginoise (3). Tous les dix-sept evéques de la province s'y trouvèrent , et à leur tête Tarchevêque Julien ; et les cinq autres métropolitains y envoyèrent des députés, savoir, Cyprien de Tarragone, Sunifred de JVarbonne, Etienne deMérida, LuibadeBrague, et Florensid de Séville. On compte ce concile pour le quatorzième de Tolède. Il commença le dix-huitième des calendes de décembre , ia cinquième année d'Ervige , ère sept cent vingtdeux , c'est-à-dire le quatorzième de novembre sit cent quatre vingt-quatre, et finit le vingtième du même mois.
Les évéques y disent en substance : Nous devons examiner les actes qui nous ont été en- i voyés de Rome, parce que, suivant les canons, on doit assembler un concile général pour les causes de foi. C'est-à-dire qu'ils ne tenoient pas le concile de Constantinople pour général , parce qu'ils n'y avoient point été appelés , eux qui faisoient une partie si considérable de TEglise. C'est pourquoi ils ne vouloient point recevoir sa décision sans examen. Ils ajoutent : Après avoir comparé ces actes avec les quatre anciens conciles , nous les approuvons, nous les recevons avec respect comme conformes , et leur donnons rang après eux (4). Ils ne parlent point du cinquième, parce qu'il n'avoit rien décidé touchant la foi. Ils expliquent ensuite leur créance touchant 1 incarnation , et confessent expressément deux volontés. Avec leurs souscriptions à la définition du concile , ils envoyèrent au pape Benoît un livre où ils expliquoient plus au long leur créance ; mais le pape y trouva quelques expressions dont il ne fut pas content , entre autres celle-ci : La volonté a engendré la volonté ; et cette autre : En Jésus-Christ il y a trois substances. Le pape le fit remarquer à celui que les Espagnols avoient envoyé et ils répondirent au pape la même année ce qu'ils jugèrent à propos ( 5) .
Le pape Benoît fit son possible pour la conversion de Macaire d'Antioche, qui étoit toujoursen exil à Rome (6). Il lui donna un terma
[Ali de J.-C.685.
de six semaines, pi^ndant lesquelles il lui envoyoit tous les jours Boniface, son conseiller, pour l'exhorter ; mais jamais Macaire ne voulut se convertir ( 1 ) . Ce pape ne tint le siège que dix mois et douze jours, et ne laissa pas d'ordonner douze évéques (2). Il répara l'église de Saint- Pierre et celle de Saint-Laurent-de-Lucine, et orna celle de Saint- Yalentin et de Sainte-Marieaux-Martyrs,quiestla Rotonde (3). Il laissa au clergé et aux monastères trente livres d'or. II fut enterré à Saint-Pierre le huilième de mai SIX cent quatre-vingt-six, et est comptéentre les saints. Le saint-siège vaqua deux mois et demi.