XII. Église de Paderborn
Pendant le séjour que le pape Léon fit à Paderborn, il consacra, dans l'église que Ton y avoit nouvellement bâtie , un autel où il mit des reliques de saint Etienne qu'il avoit apportées de Rome (1 ). Cette église avoit été d'abord dépendante de celle deYirtzbourg, mais depuis quelques années elle en avoit été séparée à cause de la distance des lieux ; et on lui avoit donné pour évêque Ilarmar ou Hatumar. Il étoit né Saxon ; et ayant été dans son enfance donné en otage au roi Charles pendant la guerre , le roi le retint , il fut tonsuré , instruit dans les lettres, et mis dans le clergé de Yirtzbourg , où il se distingua tellement par son mérite, qu'il en fut firé par l'ordre du roi, pour être le premier évêque de Paderborn : ce sié^e demeura sujet à la métropole deMayence comme celui de Yirtzbourg. Les Saxons s'étant entièrement révoltés l'an sept cent quatrevingt-douze (2), Charles marcha contre eux , et ils se soumirent sans combat l'an sept cent quatre-vingt-quatorze; mais ils se soulevèrent encore en sept cent quatre-vingt-quinze, et plus ouvertement en sept cent quatre-vingt-dixhuit, et c'est ce qui obligea le roi à y faire ce dernier voyage. Ces révoltes des Saxons étoient toujours accompagnées d'apostasie contre la religion chrétienne.
Xm. Rélractalion de Félix d'Urgel.
Dans ce même temps que Charles étoit à Paderborn, en sept cent quatre-vingt dix-neuf, il envoya à Lrgel Leidrade archevêque, de
(1) Transi. S. Liborii ap.
Sur. 23jul. p. 341.
(2) Ann. Egin. Fuld' Melcns. clc.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
Lyon, Néfride , archevêque de Narbonne, Benoît, abbé d'Aniane , et plusieurs autres, tant évéques qu'abbés (1), pour persuader Félix de quitter son erreur, et se soumettre au jugement de ^Eglise. Ces prélats, étant arrivés à Urgel, représentèrent à Félix ce qui s'étoit passé au concile tenu à Rome la même année , et comme on y avoit condamné sa lettre à Alcuin. Ils 1 invitèrent à venir devant le roi , et lui donnèrent parole qu il y auroit toute liberté de produire les passages des pères, qu'il prétendoil favorables à son opinion. On peut mettre au nombre des conciles cette assemblée d'Urgel. Elle y fut tenue apparemment pour réparer sur les lieux le scandale 1 que Félix y avoit causé, et l'archevêque de Narbonne, qui y assistoit, étoit le métropolitain de la province.
Félix se laissa persuader et vint à Aix-la- Cliapelle, où le roi Charles passa l'hiver de cette année sept cent quatre-vingt-dix-neuf, qui commencoit la trente -deuxième de son règne. On y'tint l'assemblée des seigneurs et des évéques en présence du roi. Félix y produisit en toute liberté ses autorités : les prélats le combattirent et le vainquirent par raison , sans aucune violence. Il se rendit et renonça à son erreur ; mais à cause de ses fréquentes rechutes il fut déposé de Vépiscopat et relégué à Lyon^ où il passa le reste de ses jours. 11 donna son abjuration par écrit en forme de lettre adressée à son clergé et à son peuple d'Urgel, où il se qualiOe jadis évéque, et raconte ce qui s'étoit passé dans ce concile d'Aixla-Chapelle (2); et comme il y avoit été convaincu par les autorités des nères, entre autres de saint Cyrille, de saint Grégoire, de saint Léon, quil ne connoissoit pas auparavant, et par l'autorité du concile tenu depuis peu à Rome , par l'ordre du roi Chark»s, contre sa lettre à Alcuin. Il déclare ensuite qu il est revenu de tout son cœur à l'Eglise universelle, et qu'il se repent de son erreur , promettant de ne plus croire ni enseigner que Jésus-Christ, selon la chair, soit Gis de Dieu adoptif ou noncupatif ; mais qu'en l'une et rautre nature, il est le vrai fils unique de Dîeu. Il exhorje son église à croire cette doctrine avec l'Église universelle, à prier pour .lui, et faire cesser le scandale qu'il avoit causé. Il ajoute à la fin un grand passage de Nestorius, et plusieurs autorités des pères pour le réfuter.
On rapporte au même temps une lettre d'Elipand à Félix, par laquelle toutefois il le suppose encore dans son erreur (3). Elle est pleine d'injures contre Béat et contre Alcuin, et n'est remarquable que par deux choses : par la barbarie du style , dont le latin est si corrompu, que Ton y voit le commencement
£ An de J.-C. 7ttQ.
de l'espagnol vulgaire, et par l'âge d'Elipand, qui dit que le vingt-cinquième de juillet il est entré dans sa quatre-vingt-deuxième année; ainsi il devoit être né peu de temps après l'entrée des Arabes en Espagne,