XXII. Ambassadeurs d'Orient yen Charles
Tandis qu'il étoit à Aix-la-Chapelle à la fin de l'an sept cent quatre-vingt-dix-neuf, un moine vint de Jérusalem , lui apportant de la part du patriarche des prést^nts et des reliques du saint-sépulcre (2). Comme il voulut s'en retourner, le roi envoya avec lui un prêtre du palais, nommé Zacharie, qui revint un an après, et arriva à Rome au mois de décembre huit cents , le même jour que le pape s'étoit justifié publiquement. Zacharie étoit accompagné de deux moines, envoyés par le patriarche de Jérusalem, qui apportoient au roi Charles les clefs du saint-sépulcre et du calvaire avec un étendard. Le roi les reçut favorablement , les retint quelques jours auprès de lui ; et quand ils voulurent s'en retourner il les renvoya avec des présents. Il étoit en commerce d'amitié avec le calife Aaron , maître de l'Orient , à qui, quatre ans auparavant , il avoit envoyé deux ambassadeurs, accompagnés d'un juif, nommé Isaac(3). Les ambasseurs moururent en chemin , mais Isaac revint en huit cent un , et aborda à Pise , comme l'empereur Charles étoit en Italie. Il amenoit avec lui un Persan , ambassadeur d' Aaron, un éléphant, et d'autres présents de parfums et d'étoffes précieuses. Le calife Aaron préféroit l'amitié de Charles à celle de tous les princes, et disoit qu'entre eux il n'y avoit que lui qui méritât d'être Ikjnoré (4) ; c'est pourquoi les ambassadeurs que le roi avoit envoyés au saint -sépulcre avec des présents , étant venus le trouver . nonseulement il leur permit ce qu'ils demandoient, mais il accorda au roi d'avoir le saint lieu en sa puissance ; et c'est sans doute ce que signifioient l'étendard et les clefs envoyées par le patriarche de Jérusalem.
PCXUI. rîicéphore , empereur. Mort d'Irène.
L'impératrice Irène ayant envoyé en France
ri) Vita per Egin. p.
, (9) Sup. I. \3ii\, n. 3i.
(3; Aq. Egiii- Loù>el. etc.
An de J.-C. SOil
un ambassadeur pour confirmer la paix , l'empereur Charles envoya de son côté Jessé (1) , évéque d'Amiens, et le comte Hélingaud, pour conclure le traité. Comme ils étoient à Constantinople , Nicéphore , patrice et logothète général, ou grand trésorier, ayant gagné plusieurs autres plrices, se fit déclarer empereur, et renferma dans le grand palais Irène, sa bienfaitrice (2). C'étoit le lundi trente-un d'octobre huit cent deux , indiclion onzième ; et le même jour Nicéphore fut couronné dans la grande église , chargé des malédictions de tout le peuple, pour son insigne perfidie. Ensuite, ayant tiré d'Irène la connoissance de tous les trésors de l'empire, il la relégua dans l'Ile du Prince , en un monastère qu'elle avoit bâti , d'où il l'envoya au mois de novembre, par un temps trèsrude, en l'Ile de Lesbos,et l'y fit garder étroitement sans permettre à personne de la voir (3). Elle y mourut le neuvième d'août suivant, pendant la onzième indiction , l'an huit cent trois , après avoir régné cinq ans seule.
La même année huit cent trois, le mercredi dix-neuvième de juillet, le patrice Bardane, surnommé le Turc, gouverneur de Natolie , fut déclaré empereur malgré lui , par les troupes du pays. Il s'avança jusqu'à Chrysopolis, et ayant essayé pendant huit jours d'entrer à Constantinople, voyant qu'on ne vouloit pas le recevoir, il se retira. Alors, touché de la crainte de Dieu , et ne voulant pas faire pour son intérêt égorger les chrétiens , il envoya à Nicéphore, et en obtint des lettres, portant qu'il ne souffriroit aucun dommage, ni lui, ni tous ceux de son parti. Cette sauve-garde fut souscrite, non-seulement par Nicéphore, mais par le patriarche Taraise et tous les patrices. Bardane , ayant ainsi ses sûrt»tés , prit l'habit monastique, et se relira en l'Ile Prolhé , où il avoit bâti un monastère ; mais Nicéphore le dépouilla de son bien , et réduisit en servitude les principaux de son parti. Ensuite il envoya des Lycaoniens avec onlre d'entrer de nuit dans l'Ile Prothé, et de crever les yeux à Bardane, comme à son insu, puis se réfugier dans 1 église. Le patriarche, le sénat et tous les gens de bien en furent sensiblement affligés. Mais Nicéphore jura de faire mourir les magistrats des Lycaoniens, feignant de vouloir venger Bardane ; car il étoit souverainement hypocrite , et c'étoit son plus grand talent.
XXrV. Affaire de Frioul.
Venise étoit alors gouvernée par un duc et des tribuns annuels (4). Le duc, nommé Jean, pour faire sa cour à l'empereur Nicéphore , voulut faire un Grec, nommé Christofie, évéque d'Olivolo , une des îles qui composent Venise, et où est encore l'église principale. Les