XXVI. Évêques dispensés de la guerre
Sur la fin de l'an huit cent trois, l'empereur Charles tint un parlement à Wormes , où l'on rapporte une requête qui lui fut présentée par tout le peuple de ses états , contenant en substance : Nous prions tous à genoux votre majesté, que désormais les évêques ne soient point contraints d'aller à l'armée, comme ils l'ont été jusqu'à présent (2). Mais, quand nous marcherons avec vous contre l'ennemi , ils demeureront dans leurs diocèses, occupés de leur sacré ministère , et prieront pour vous et pour votre armée , chantant des messt»s et faisant des processions et des aumônes. Car nous en avons vu de blessés et de tués dans les combats. Dieu sait avec quelle frayeur ; et ces accidents sont cause que plusieurs fuient devant l'ennemi. Ainsi, vous aurez plus de combattants s'ils demeurent dans leurs diocèses ; car plusieurs personnes sont occupées à les garder; ils nous aideront plus par leurs prières, levant les mains au ciel comme Moïse. Nous ne voulons donc point permettre qu'il en vienne avec nous, sinon deux ou trois bien instruits et choisis par les aulres , pour donner la bénédiction et réconcilier ceux qui se trouvent en péril. Nous demandonsla même chose à l'égard des prêtres ; qu'ils ne viennent à l'armée que par le choix de leurs évêques, et qu'ils soient tels pour la science et pour les mœurs , que nous en puissions tous être assurés. Nous déclarons toutefois que nous ne \v demandons pas pour prétendre profiter des biens ecclésiastiques ; nous savons que c'est un sacrilège, et nous protestons , tenant des pailles à la main et les jetant devant Dieu , ses anges , vous et tous les assistants , que nous ne voulons ni usurper les biens de l'Eglise, ni consentir à ceux qui les prennent , mais au contraire leur résister. Nous n'irons avec eux ni à l'armée , ni au combat, ni à l'église, ni au palais; nous ne mangerons point avec eux , nous ne souffrirons point que nos gens mènent paître nos chevaux ou nos bestiaux avec les leurs. Nous vous prions même de les mettre en prison pour faire pénitence publique, et de faire insérer cette déclaration dans les archives des églises et dans vos capitulaires.
L'empereur entérina cette requête, renvoyant toutefois à une plus grande assemblée la conlirmalion , qui suivit bientôt après (3). I^ , il parle ainsi : Voulant nous corriger nousmême, et donner l'exemple à nos successeurs, nous ordonnons au'aucun prêtre n'aille à l'ar-
(1) Valafr. de Reb. Ec.
(2) Ana. Mec. 803. Cap.
to. l,p 405. Lib. VI, c. 370.
(3) m, Cap Hl.
An de J.-C. S04. )
raée, sinon deux ou trois évêques choisis par les autres , pour donner la bénédiction , prêcher et réconcilier, et avec eux des prêtres choisis, pour imposer des pénitences, célébrer la messe, prendre soin des malades, donner l'onction de l'huile sainte et le viatique; mais ils ne porteront point d'armes , n'iront point au combat , et ne répandront point de sang ; ils se contenteront de porter les reliques et les vases sacrés , et de prier pour les combattants. Les autres évêques qui demeurent en leurs églises enverront leurs vassaux bien armés avec nous ou à nos ordres , et prieront pour nous et pour notre armée. Car les peuples et les rois qui ont permis aux prêtres de combattre avec eux n'ont pas eu l'avantage dans leurs guerres, comme nous savons qu'il est arrivé en Gaule , en Espagne et chez les Lombards. En faisant le contraire , nous espérons obtenir la victoire contre les païens, et ensuite la vie éternelle.
L'empereur déclare encore que, par cette défense , il ne prétend diminuer ni la dignité des évêques ni les biens des églises (1); qu'il les honorera d'autant plus qu'ils observeront plus fidèlement les règles do leur profession, et qu'il défend aux laïques de i>ossèder aucun bien d'église qu'à droit de précaire. Il s'étend fortement sur celte défense. On voit par-là , et par la protestation contenue dans la requête , ce qui engageoit les évêques à porter les armes : ils craignoient que , possédant de grandes terres , ils ne fussent regardés comme inutiles à l'état , s'ils ne fournissoient de troupes pour les armées , comme les autres seigneurs ; et que des laïques ne s'emparassent de leurs biens, sous prétexte de faire le service; et, s'ils ne conduisoient leurs troupes ^n personne, ils se voyoient méprisés par les Francs , nation toute guerrière , chez qui il n'y avoit que les serfs et les personnes viles, qui ne portoient point les armes.
XXVU. Second voyage du pape vers Charles.
Le patriarche Fortunat, craignant la violence de Jean, ducde Venise, et de son fils Maurice (2), prit le parti de venir en France, implorer le secours de l'empereur Charics, l'an huit cent trois, et l'ayant trouvé à Saltz, près de Mayence , il en obtint privilège d'immunité pour son église (3). La même année, l'empereur, ayant appris qu'on avoit trouvé à Mantoue du sang de Jésus-Christ , manda au pape Léon de s'en informer. Le pape prit cette occasion pour sortir de Rome , et d'aller en Lombardie ; mais ensuite il passa outre, et alla une seconde fois trouver Charles , à qui il manda qu'il vouloit célébrer avec lui la fête de Noël quelque part que ce fût (4). L'empereur reçut