XXXV. Translation de saint Cyprien
L'empereur Charles, étant à Aix-la-Chapelle l'an huit cent sept, reçut un ambassadeur du calife Aaron, accompagné de deux moines de Jérusalem, George et Félix, envoyés par le patriarche Thomas. La même année arrivèrent en France les reliques de saint Cyprien, car des ambassadeurs, que l'empereur Charles avoit envoyés à Aaron , passèrent en revenant par l'Afrique; et, voyant Carthage ruinée et les sépulcres des martyrs abandonnés, prièrent le calife de leur permettre d'enlever des reliques de saint Cyprien (2). Ce qu'il leur accorda volontiers, comme une chose qu'il estimoit peu, et qui feroit grand plaisir à Charles. Les ambassadeurs prirent donc les os de sainlCyprien,ceux de sainlSpérant,undes martyrs scillici tains et le chef de saint Pantaléon (3). S'étant embarqués, ils arrivèrent heureusement à Arles, où, laissant les reliques scellées, ils allèrent en diligence trouver l'empereur pour lui rendre compte de leur voyage. Il eut bien de la joie de l'arrivée de ces reliques si précieuses , et ordonna qu'on les gardât à Arles , jusqu'à ce qu'il bàlît dans son royaume quelqu'église magnitique, où elles reposassent dignement. Mais diverses raisons ayant fait différer cet ouvrage, Leidrade, archevêque de Lyon , pria l'empereur de lui permettre d'y faire apporter ces reliques, et , l'ayant obtenu, il les mit dans l'église cathédrale derrière l'autel.