LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME
assembla aussi dans son monastère quantité de livres, il établit des chantres et des lecteurs il eut des grammairiens et des théologiens instruits dans la science des Ecrilures, dont quelques-uns furent depuis évêques. Tels furent les commencements du fameux monastère d'Aniane, qui subsiste encore dans le diocèse de Montpellier.
La réputation de Benoît étant venue jusqu'à la cour, il alla trouver le roi Charles; et, de peur que ses parents ou d'aulres n'inquiétassent ses successeurs , il mitson monastère sous la protection du roi , et obtint de lui un privilège ou immunité suivant l'usage du temps (3) Le roi donna même à Benoît des terres autour du monastère , le renvoya avec honneur, et lui fit présent de quarante livres d'argent
que Benoît à son retour distribua aux monastères du pays ; car la charité pour ces saintes maisons eloit sa vertu favorite. 11 les visiloit souvent, leur faisoit part, chacun selon leurs besoins de ce qu'il recevoit de la libéralité des fidèles, et instruisoit les moines de leurs devoirs. Enfin il étoit le nourricier de tous les monastères de Provence , de Gothie et de No vempopulanie, c'est-à-dire de Languedoc et de Gascogne : tous l'aimoient comme leur père , et le respectoient comme leur maître Le grand soin qu'il prenoit des pauvres faisoit que chacun lui portoit ce qu'il leur vouloit donner. 11 accompagnoit toujours l'aumône d instruction ; et pour ses moines il leur parloit a toute heure, pendant les nocturnes en chapitre, au réfectoire. Il nourrissoit dans son monastère des clercs et des moines de di vers lieux, à qui il donnoit un maître pour les instruire dans les choses saintes. En un mot, sa chanté étoit sans bornes (i) ; il avoit la confiance de tous ses disciples , et étoit leur recours dans leurs tentations ; car son talent etoit merveilleux pour calmer les esprits affilés de mauvaises pensées.
Cependant il avoit un peu relâché de sa première austérité , jugeant impossible de la soutenir ; mais il ne laissoit pas de travailler avec les autres à fouir la terre, à labourer a moissonner (2), Et, nonobstant la chaleur diî pays , a peine permettoit-il à personne de boire un verre d'eau avant l'heure du repas Ils n'osoient en murmurer, parce qu'il étoit encore moins indulgent pour lui que pour les autres. Pendant le travail, en allant et en revenant , on n'ouvroil la bouche que pour chanter des psaumes Depuis le jour de sa conversion , jamais il ne mangea de grosse viande mais en ses maladies il prenoit du bouillon de volaille (3) : ce qui montre qu'il la croyoit plus permise, n'étant pas défendue nommément par saint Benoît. 11 mettoit en pénitence
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euut nécessaire pour le service divin. Benoît ceux qui laissoient perdre quelque Se de assembla aussi dans son monastèrn nuam.fn Ho rhnn m «»«!...... ,.^.?# i^^a ?r^ '^""^^ ^^
(1) C. ii.
(3) Marculf. i, c. 3, Sup.
liv. xx.\L\, c. 28. VUa lien, n. 28.
chou et Quelque petit grain de légumes, tant Il aimoit la pauvreté. Le nombre de ses moines s'etant augmenté jusqu'à plus de trois cents il fit faire un bâtiment long de cent coudées' et large de vingt , qui depuis contenoit plul de mille personnes ; et il établit en divers lieux des cellules ou petits monastères, auxquels il donna des supérieurs particuliers : c'est ce que depuis on a nommé des prieurés.