XLIX. Smaragde et Adélard
L'abbé Smaragde est illustre par sa piété et par ses écrits (2). Il enseigna dans son monastère , qui étoit une école célèbre , et composa un traité de grammaire, qui étoit un commentaire sur Donat , divisé en quatorze livres, où il tiroit tous ses exemples de FEcriture sainte , pour ôter l'aversion que plusieurs avoient de cette étude , n'y voyant que des noms et des exemples tirés des païens. Cet ouvrage n'est pas imprimé. Il composa une instruction pour un prince, nommée la Voie royale, soit pour Charles lui-même avant qu'il fût empereur, soit pour son fils Louis , alors roi d'Aquitaine (3). Il écrivit des sermons tirés des pères sur les épîtres et les évangiles de toute l'année , le diadème des moines , qui est une instruction abrégée pour eux, et un commentaire sur la règle de saint Benoit, composé après le concile d'Aix-la- Chapelle , de huit cent dix-sept.
Adélard , abbé de Corbie , qui fut envoyé à cette conférence par l'empereur Charles , étoit son cousin germain, fils de Bernard, frère du roi Pépin (4). Il fut élevé dans le palais, il eut les mêmes maîtres que Charles ; mais il ne put souffrir le divorce de ce prince avec la fille de Didier, roi des Lombards, ni se résoudre à rendre aucun service à celle qu'il épousa, elle vivante. Ne pouvant donc empêcher ce mal , il voulut au moins témoigner hautement combien il le désapprouvoit, en quittant la cour dans la fleur de sa faveur et de son âge, car il n'a voit que vingt ans (5). Il se retira au monastère de Corbie, et après l'année de noviciat il y fit profession, et eut le soin du jardin ; mais , ne pouvant souffrir les visites de ses parents , les louanges qu'il recevoit, et les affaires du monde dont on lui parloit, il s'enfuit en Italie, et se retira au montCassin, qui étoit regardé comme la source de la vie religieuse. Il y fut reçu; mais il y demeura peu , car le roi Charles envoya bientôt le redemander.
Peu de temps après son retour à Corbie , il fut élu du consentement de l'abbé , pour être son successeur. Ensuite , le roi Charles l'envoya en Italie , pour assister de ses conseils le jeune Pépin, son fils , qui fut couronné roi des Lombards en sept cent quatre-vingt-un. Adélard s'y conduisit de telle sorte , qu'on
(1) Anast. to. 7. Conc.
p. 1099, A. I, Sentent. Disl.
(^) Mabil. to. 3. Anal. p.
383 et 417.
(3) To. 5. Spicil. inil.
(4) Acta. SS. Ben. to. 5, p. 306.
(5} Sup. 1. XUII, D. 58.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ AndeJ.-G. 811