‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 38 sur 2407 · XXXVII. Conon, pape · texte numérisé non relu

XXXVII. Conon, pape

Le clergé de Rome avoit de l'inclination pour l'archiprétre Pierre, l'armée pour le prêtre Théodore. Le clergé assemblé attendoit à la porte de l'église de Latran, que l'armée avoit envoyé fermer , et n'y laissoit entrer personne , tandis qu'elle étoit assemblée dans l'église de Saint-Etienne. Aucun des deux partis ne vouloit céder , et l'on porta de part et d'autre plusieurs paroles sans effet. Enfin, les évéques et le clergé convinrent d'entrer dans le palais épiscopal de Latran , et de choisir une tierce personne , savoir, le prêtre Conon. C'étoit un vieillard vénérable par sa bonne mine et ses cheveux blancs, vrai dans ses paroles, simple, paisible, qui jamais ne s'étoil mêlé dans les affaires séculières. Il étoit né en Sicile, et originaire de Thrace. Aussitôt qu'il fut élu, tous les magistrats avec les principaux citoyens vinrent le saluer par les acclamations de louanges. L'armée, voyant que le clergé et le peuple étoient d'accord et avoient souscrit au décret de son élection, se laissa fléchir au bout de quelques jours et y souscrivit aussi. Ainsi les trois corps, le clergé, la milice et le peuple envoyèrent ensemble des députés à l'exarque Théodore, suivant la coutume, pour avoir son consentement.

L'empereur avoit écrit au pape Jean une lettre datée du treizième des calendes de mars , la seconde année de son règne , indiction quinzième, c'est-à-dire du septième février six centquatre-vingt-sept ( 1 ) . Par cette lettre, l'empereur dit en substance : Ayant appris que les actes du sixième concile étoient chez quelquesuns de nos officiers en cette ville de Constantmople, et, ne croyant pas qu'autre que nous les dût garder , nous avons assemblé les patriarches avec les légats de votre sainteté , le sénat , les métropolitains, et les évéques qui se sont trouvés en cette ville, les officiers du palais, de nos gardes , et des armes de différentes provinces. Nous avons fait apporter en leur présence les actes du concile ; et, après qu'ils en ont ouï la lecture , nous les avons fait sceller , pour les garder soigneusement , et empêcher qu'ils ne puissent être corrompus ni altérés. De quoi nous avons cru vous devoir donner connoissance. Cette lettre n'arriva à Rome que du temps du pape Conon; et de son temps

(1) Tom.6,Conc.p.lUl,D.

Fempereur donna encore deux lettres en faveur de l'église romaine (1 ). Par la première, il remetloit la capitalion que payoient les patrimoines des Rrutiens et de Lucanie : par la seconde, il ordonnoit la restitution des serfs de ces patrimoines et de ceux de Sicile, que la milice retenoit en gage (2). Théodor»', patriarche deConstantinople, mourut cette année six cent quatre-vingt-sept, ayant tenu le siège pendant trois ans depuis son rétablissement. Son successeur lut Paul, laïque, secrèUire de l'empereur , qui tint le siège six ans et huit mois.

Le pape Conon, étant simple et peu expérimente dans les affaires, se laissa persuader par mauvais conseil, et contre la coutume, malgré la répugnance du clergé, d'établir pour recteur du patrimoine de Sicile , Constantin , diacre de l'église de Syracuse, homme méchant et artificieux. Peu de temps après, il s'éleva une sédition contre Constantin, à cause des procès qu'il suscitoit à divers particuliers ; et le gouverneur de la province le mit dans une étroite prison.

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