XXXVIII. Saint Klllen de Vlrtzbourg
Du temps du même pape, saint Kilien vint à Rome, et y reçut sa mission pour prêcher les infidèles. 11 étoit d'une illustre famille d'Ecosse , c'est-à-dire d'Irlande, et très-bien instruit des saintes lettres (3). Etant évêquc, quoiqu'il fût extrêmement aimé de son clergé et de son peuple, le désir d'une plus grande perfection le porta à quitter son pays; et il persuada à quelques-uns de ses disciples de l'accompagner. Ils passèrent en Austrasie, ets'arrêtèrent à Virtzbourg sur le Mein, où commandoit alors un duc, nommé Gosbert , encore païen. L'agrément du lieu, et le beau naturel des habitants, invita Kilien à y demeurer. II le proposa à ses compagnons. Mais auparavant, dit-il, allons à Rome comme nous avons résolu dans notre pays ; visitons les églises des saints apôtres, présentons-nous au pape Jean, et, s'il nous donne la permission, nous reviendrons ici prêcher l'Evangile. Ils s'y accordèrent tous; mais, étant arrivés à Rome, ils trouvèrent que le pape Jean étoit mort. Saint Kilien fut très-bien reçu par le pape Conon, qui, voyant sa foi et sa doctrine, lui donna de la part de saint Pierre le pouvoir d'instruire et de convertir les infidèles. II retourna à Virtzbourg, accompagné du prêtre Coloman, et du diacre Totnan. Ils y prêchèrent ; le duc Gosbert les fit venir , saint Kiliea l'entretint, le convertit, le baptisa; et un grand nombre suivit son exemple. Gosbert avoit épousé la femme de son frère ; mais saint Kilien ne voulut pas lui faire de peine sur ce
(1) Anast. in Con. Chr.
(2) Theoph.an.i7, p.SOa, (3) Act. SS. Ben. t. 8, p. I et an. 2, p. 303, S. KicepU. Q9t.
Ln de J.-C. 688]
.lariage , jusqu'à ce qu'il le vît bien affermi [dans la foi. Alors il lui dit : Mon cher fils, vous serez en tout agréable à Dieu si vous pouvez encore vous résoudre à quitter votre femme, car votre mariage n'est pas légitime. Gosbert lui répondit : Vous ne m'avez encore rien proposé de si difficile, mais, puisque j'ai quitté tout le reste pour l'amour de Dieu , je quitterai encore ma femme , quoiqu'elle me soit trèschère, s'il ne m'est pas permis de la garder. Il remit à exécuter cette séparation après un voyage de guerre, où il étoit pressé d'aller. Cependant sa femme, nommée Geilane , pensoit continuellement à se venger ; et, prenant le temps de l'absence du duc , elle envoya de nuit un de ses gens pour égorger le saint et ses compagnons. Ils chantoient ensemble les louanges de Dieu ; saint Kilien les exhorta à soutenir généreusement ce combat, qu'ils désiroient depuis si long-temps, et ils eurent tous la tête tranchée. On les enterra la même nuit à la hâte et en cachette avec leurs coffres, la croix, l'Evangile et les ornements pontificaux. C'étoit Tan six cent quatre-vingt-neuf, le huitième de juillet, jour auquel l'Eglise les honore comme martyrs (1).
Le duc Gosbert étant revenu, demanda où étoient les serviteurs de Dieu. Geilane dit qu'elle ne sa voit ce qu'ils étoient devenus ; mais le meurtrier se découvrit lui-même. Il couroit de tous côtés, et disoit en tremblant que Kilien le brûloit d'un feu très-cruel. Gosbert assembla tous les chrétiens, ses sujets, et demanda ce que l'on devoit faire de ce misérable. Mais Geilane suscita un homme plus éloquent que les autres, qui dit : Seigneur, pensez à vous, et à tous tant que nous sommes, qui avons reçu le baptêmes de ces étrangers; et, pour éprouver si leur Dieu es' aussi puissant qu'ils disent, faites détacher ce malheureux , et le laissez en liberté , nous verrons si leur Dieu les vengera. Sinon , ne trouvez pas mauvais que je le dise, nous voulons servir la grande Diane comme nos pères , qui s'en sont bien trouvés. Ainsi fut fait, mais le meurtrier, étant délivré, entra en fureur, et se déchira à belles dents jusqu'à la mort. Les chrétiens en louèrent Dieu, mais sa vengeance s'étendit plus loin. Geilane fut possédée du malin esprit qui l'agita tellement, qu'elle en mourut ; le duc Gosbert fut tué par ses domestiques ; Hétan , son fils , fut chassé de son état par les François Orientaux ; et il ne resta personne de cette race. Saint Kilien est honoré comme le patron de Virtzbourg , dont toutefois il ne fut jamais évêque, car ce siège ne fut érigé que cinquante ans après.