‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 385 sur 2407 · LV. Suite de» Pauliciens · texte numérisé non relu

LV. Suite de» Pauliciens

Un Arménien, nommé Paul, se sauva avec ses deux fils, Génésius et Théodore, et se relira à Episparis, village près de Phanarieen Cappadoce, où a voient déjà enseigné deux frères, Paul et Jean, manichéens fameux, fils d'une femme de Samosale, nommée Callinique : et de ce premier Paul, les manichéens prirent le nom de pauliciens (2). Le second Paul étant donc arrivé à Episparis, établit dans son école son fils Génésius, qu'il nomma Timothée ; mais il s'éleva une grande division entre lui et son frère Théodore, parce que chacun prétendoit avoir reçu la grâce divine de l'esprit ,

(1) Coloss. 1, 16.

et ils demeurèrent ennemis toute leur vie. L'empereur Léon Isaurien, ayant ouï-parler d'eux, fit venir Génésius à Constantinople, et l'envoya au patriarche, qui lui dit : Pourquoi avez- vous renoncé à la foi orthodoxe? Génésius répondit -. Analhème à qui renonce à la foi orthodoxe, entendant sous ce nom son hérésie. Le patriarche ajouta : Pourquoi n'ado rez-vous pas la croix? Il répondit : Analhème à qui n'adore pas la sainte croix ; mais il entendoit par la croix Jesus-Chrisl étendant les n)ains, en forme de croix. Le patriarche lui demanda encore pourquoi il n'adoroit pas la mère de Dieu; et il répondit : Anathème à qui n'adore pas la sainte mère de Dieu, dans laquelle Notre Seigneur est entré, entendant la Jérusalem céleste. Le patriarche lui demanda pourquoi il ne recevoit point la communion du corps et du sang de Jesus-Chrisl; et il répondit par un pareil anathème , entendant par le corps de Jésus-Christ sa parole. 11 répondit de même sur l'église catholique , nommant ainsi les assemblées de sa secte ; et sur iv baptême , entendant Jésus-Christ qui est l'eau vive. Ainsi il fut dèdaré innocent, et obtint une patente de l'empereur, avec laquelle il re ' tourna à Episparis. Là , ayant assemblé tous ses disciples, il se retira avec eux à Manalale, d'où Constantin- étoit sorti : il y demeura plusieurs années , et mourut après avoir été chef de la secte pendant trente ans.

Il laissa un fils,nommé Zacharie, et un valet, nommé Joseph. C'étoit un enfant bâtard, que Génésius, ayant trouvé exposé sur le chemin, éleva , et lui fit garder les chèvres , mais il devint si habile qu il fit un parti, et après la mort de Génésius la secte se divisa entre Zacharie et Joseph, dont chacun prélendoit avoir la grâce de l'esprit. Josenh se nommoit Epaphrodite, comme étant le disciple de saint Paul, qui l'avoit envoyé vers eux. Zacharie, prétendant qu'il vouloit lui ôter la succession de son père , s'emporta contre lui , et le pensa tuer d'un coup de pierre. Quelque temps après, ils prirent chacun leurs disciples pour s'enfuir secrètement. Mais les Arabes, à qui le pays obéissoit, les soupçonnèrent de vouloir passer dans les terres des Romains. Zacharie, les voyant venir, s'enfuit seul, abandonnant ses disciples, que les Arabes passèrent au fil de l'èpée, ce qui lui attira les reproches des autres, comme étant un mercenaire plutôt qu'un pasteur (1). Joseph tourna ses chariots vers la Syrie, et dit aux Arabes qu'ils éloient partis

f)our chercher des pâturages à leurs vaches ; es Arabes se contentèrent de cette exrase, et se retirèrent. Mais Joseph, ayant pris son temps, s'enfuit avec toute sa troupe, et retourna à Episparis, dont les habitants vinrent au devant de lui avec des Hambeaux , en signe de joie. Un oflicier du pays, nommé Cricoraque, honjme pieux, l'ayant appris, vint avec

(1) Jo. X, 12,

bon nombre de soldats entourer la maison de Joseph, et arrêta ses disciples. Mais Joseph s'cntuil on Phrygie, s'établit à Antioche de PLiidie, et mourut après avoir enseigné l'hérésie trente ans.

Il eut pour successeur Bahane , bâtard comme lui , fils d'un juif et d'une femme arménienne, d'entre ses disciples; mais peu de temps après il s'éleva un autre chef dans le parti , nommé Sergius. Il fut séduit dans sa jeunesse par une femme manichéenne, qui lui dit : J'apprends que vous étt^s studieux et vertueux; pourquoi donc ne lisez-vous pas l'Evangile? Ilrépcmdit : H ne nous est pas permis de le lire, à nous autres laïques, mais seulement aux prêtres. Elle reprit : Les prêtres veulent vous cacher les mystères de l'Evangile ; c est pourquoi ils ne vous en lisent qu'une partie. Par exemple, il est dit : En ce jour-là plusieurs diront (1) : Seigneur, Seigneur, n'avonsnous pas chassé les démons en votre nom , et fait plusieurs miracle^? et il leur ré|X)ndra : Je ne vous connois point. Qui sont ceux, poursuivit -elle, à qui le Seigneur parlera ainsi ? Sergius, qui etoit ignorant , ayant effex:tivement trouvé ces paroles dans l'Evangile, pria la femme dtî les lui expliquer ; mais auparavant die lui proposa encore ce passage : Plusieurs viendront d Orient et d'Occident, et reposeront avec Abraham , Isaac et Jacob, et les enfants du royaume seront jetés dans les té«èbr(»s extérieures (2) Puis elle lui dit : Les enfants du royaume sont vos saints , qui chassent les démoBS et guérissent les maladies; que vous adorez comme des dieux, laissant le Seigneur vivant et immortel : c'est à eux que le juste juge dira en ce jour : Je ne vous connois point. C est ainsi que cette fe»me, expliquant à sa mode ious les passiiges de l Evangile, séduisit Sergius, et le rendit manichéen parfait. Au reste, ^'étoit une ancienne calomnie des manichéens, de reprocher aux c>atholiques le culte des saints comme une idolâtrie. On le voit dans saint Augustin contre Fauste.

Sergius , voyant la secte décriée à cause de ses impuretés,*^ se sépara de Bahane , qui les pratiquoit, et fit profession d'une morale plus pure (3) , mais ce n étoit qu'hypocrisie. Bahane lui rèsisloit en disant : Tu viens de parottre, et tu n'as vu aucun de nos maîtres; pour moi, je suis disciple du seigneur Epaphrodite, et j'enstigne ce que j'ai appris de lui (4). Mais Sergius, lui reprochant en face ses abominations, se sépara de lui, et fit schisme dans sa secte; ils se nommèrent, les uns sergiotcs, les autres bahanites; mais Sergius fut le plus suivi (5). Il prit le nom de Tychique, disciple de saint Paul, et enseigna trente-quatre ans durant , depuis le règne de l'impératrice Irène jusqu'à l'empereur Théo-

phile. Tel étoit donc l'état des manichéens quand Michel Curopalate vint à l'empire.

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