‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 386 sur 2407 · LVI. Étal des chrétiens d'Orient · texte numérisé non relu

LVI. Étal des chrétiens d'Orient

Les chrétiens qui vivoient sous la puissance des musulmans souffrirent alors de grands maux. Le calife Aaron Rachid mourut au mois de mars, indiction seconde, c'est-à-dire Tan huit cent neuf , cent quatre-vingt-treize de Ihégire (1). 11 régna vingt-trois ans, et en vécut quarante-huit. C'est un des plus illustres califes. Il étoil si dévot musulman, qu'il fit huit fois le pèlerinage de la Mèque étant calife, et fut le dernier qui le fit en personne. Quand il n'y alloil pas , il entretenoit trois cents pc^lerins à ses dépens. Tous les jours il donnoit mille dragmes d'aumônes, et faisoit œnt génuflexions; il aimoit les savants et les poètes, étoit magnifique et libéral. Avant sa mort, il partagea ses états à trois de ses fils, Alamin, Almamon et Almoutamen , assurant à Alamin la succession au califat, avec substitution des deux autres.

Donc après la mort d'Aaron, son fils Mahomet Alamin fut reconnu calife, quoiqu'il fût demeuré à Bagdad , capitale de cet empire , et qu' Aaron fut mort à Tous en Corasane (*2). Mais Alamin éloit incapable de gouverner, négligent, adonné au jeu et à la débauche. Au contraire, son frère Abdalla Almamon étoit habile et bien aimé. Il avoit suivi le père en Corasane, d'où il envoya des troupes contre Alamin, qui l'avoit irrité mal à propos : la guerre civile dura quatre ans. Alamin fut abandoimé des siens, et tué enfin l'an huit cent treize, cent quatre-vingt-dix-huit de l'hégire; il éloit âgé de vingt-neuf ans, et en avoit régné quatre et huit mois. Cette guerre civile causa de grands désordres en Syrie, en Egypte et en Afrique, quantité de meurtres et de pillages de5 musulmans les uns contre les autres, et contre les chrétiens leurs sujeis(3) A Jérusalem , les églises de la Résurrection , du Calvaire et toutes les autres furent profanées et abandonnées; et dans les déserts les deux grandes laures de saint Cariton et de saint Sabbas, et les autres monastères de saint Eutymius et de saint Théodose , furent aussi abandonnés. L'an huit cent douze, plusieurs ciiréliens, tant moines que laïques, s'enfuirent de Palestine et de toute la Syrie , ne pouvant souffrir les violences des musulmans pendant cette anarchie (4). Ce n'étoient que massacres, brigandages, adultères et insolenc 'S de toutes sortes. 11 y eut plusieurs chrétiens martyrisés ; plusieurs se sauvèrent dans l'île de Chypre, et de là à Constantinople , où l'empereur Michel et le patriarche Nicéphore les reçurent avec beaucoup d'humanité. Le patriarche donna un

(1^ Matih. VII, 22.

(2) Luc X!il, 28, 29.

(3) Lib. XX, c. 4,18,21.

(i) P. OS.

(1) Thcoph. an. 7 , p.

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