III. Eglise d'Angleterre
Cependant saint Vilfrid, archevêque d'York, arriva a Rome, se plaignant d'avoir été injustement déposé. Il gouverna son siège paisiblement pendant quatre ans depuis son rétablissement , c'est-à-dire tant que la reine Eteldrite demeura avec le roi Ecfricl. Cette
(1) P.598,D. (3) Anast.
(2) Sup.liv. xx\ix,n.42.
princesse garda toujours sa virginité, quoique mariée deux fois, premièrement avec le prince Tombort, pendant peu de temps, ensuite avec le roi Ecfrid p(»ndant douze ans (1). Comme il n'y avoit personne en qui elle eût plus deconliance que saint \ ilfrid , le roi lui offrit des terres et de grandes sommes d'argent s'il persuadoit à la reine d'habiter avec lui. Enfin, ne pouvant y réussir, il lui permit ce qu elle lui demandoit depuis si long-tertips , de se retirer dans un monastère. Elle reçut le voile des mains de saint Yilfrid , et ensuite il l'établit abbesse du monastère d Elge ou Ely , qu'elle fonda , et , outre la grande communauté de filles , il y en eut une d'hommes. Sept ans après cette fondation, elle mourut l'an six cent soixante-dix-neuf, et, seize ans après sa mort,^ son corps fut trouvé entier, ce que l'on attribua au mérite de sa pureté.
Après sa retraite, le roi Ecfrid épousa Ermenburge , qui , ayant pris saint Yilfrid en aversion, représenta éloquemment au roi sa puissance séculière, ses richesses, le nombre de ses monastères, la grandeur des bàtiànents , la multitude de ses vassaux , qui le suivoient vêtus et armés magnifiquement. Le roi entra dans les sentiments de sa femme, et persuada à saint Théodore de Cantorbéry de déposer saint Yilfrid (-2), et d'ordonner en sa place trois évêques, savoir : Bosa pour le pays des Déires, à Hagulstad, Eata pour les lierniciens, à York, et Eadhède à Lindisfarne. On les établit en l'absence de saint Yilfrid, qui alla trouver le roi et l'archevêque, et leur demanda pourquoi ils lui ùtoient, sans qu'il l'eût mérité , les biens qu'il tenoit de la piété des rois. Ils lui répondirent devant tout le peuple : Nous ne vous accusons de rien, mais nous ne révocpierons pas notre jugement. C'étoit l'an six cvnt soixante-dix-huit , huitième du règne d'Ecfrid. Saint Théodore exerçoit une pleine autorité sur toutes les églises d'Angleterre (3). \ infrid, évêque des Merciens, l'ayant choqué par quelque désobéissance, il le déposa, et ordonna à sa place Sexvulfe . fondateur et abbé d'un monastère. Yinfrid retourna au sien et y finit saintement ses jours. Théodore établit aussi évêque de Londres ou d'Essex Erconvalde, illustre par sa sainteté, et honoré le trentième d'avril(i). Sebbi , roi du même pays d'Essex, étoit si pieux , qu'il auroit embrassé depuis long- temps la vie monastique, s'il avoit pu y faire consentir la reine, son épouse. Enfin, étant attaqué de la maladie dont il mourut, il fit venir l'évêque de Londres, et reçut avec sa bénédiction l'habit monastique , qu'il avoit tant désiré. C'est le premier exemple que je sache de cette dévotion si fréquente dans
Ande J.-C.679.]
LIYRE QUARANTIÈME.
(1) Vita per Eddi. c 23. (3) Bed.Ep,Bed.IV,HISt.
Sup. liv. xxxix, II. 46. Bed. c. 6.
IV , Hist. c. 19. ViU S. Ed. (i) Mart. R. 30 apr. Bi
t. 2. Act. B. IV, Hisl. c. 11.
{i) Bed. IV, HIst. c. U.
les derniers siècles de ttiourir en habit de religieux.
Il arriva dans le même temps, l'an six cent soitante-dix neuf, qu'un jeune homme, nommé Imma, fut laissé pour mort dans un combat(l). Ayant été trouvé par les ennemis, il fut guéri et tenu prisonnier, et on l'enchaînoit la nuit de peur qu'il ne s'enfuît. Il avoit un frère, nommé Tunna, prêtre et abbé d'un monastère, qui, le croyant mort, chercha son corps , et , en ayant trouvé un qui lui ressembloit , l'emporta dans son monastère, l'enterra honorablement, et disoit souvent la messe pour la délivrance de soti àme(2). Le frère vivant en sentit l'effet, car souvent il se trouvoit libre de ses liens depuis tierce, qui étoit l'heure de la messe. Le comte, qui le tenoit prisonnier, lui demanda s'il avoit un caractère ; il répond que non , mais , ajouta-t-il, j'ai Un frère prêtre, qui, me croyant mort, dit souvent la messe pour moi , et , si j'étois dans l'autre vie, monàme seroit délivrée des peines par ses prières. Après qu'il fut guéri, le comte le vendit à un autre qui ne put non plus le tenir attaché, car , encore que l'on employât différentes sortes de liens , il se trouvoit souvent libre aux mêmes heures. Enfin, ce dernier maître le renvoya sur sa parole , et il se racheta. Etant revenu ensuite trouver son frère, il apprit de lui que les temps où il avoit été délié et soulagé en diverses manières étoieût ceux où l'on célébroit la messe pour lui, et , sur son récit , plusieurs furent excités à prier, donner l'aumône et offrir le saint sacrifice pour les morts auxquels ils s'intéressoient. Bédé , qui rapporte cette histoire, dit l'avoir apprise d'un de ceux qui l'avoient ouï raconter à celui même à qui elle étoit arrivée.