‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 5 sur 2407 · IV. Saint Vilfrid en Frise · texte numérisé non relu

IV. Saint Vilfrid en Frise

Saint Yilfrid , se voyant injustement chassé de son siège, résolut , par le conseil des évêques ^ ses confrères, d'aller à Rome demander justice au pape. Il laissa sous la conduite de ces évêques plusieurs milliers de moines qu'il gouvernoit , et s'embarqua avec ses clercs et sa suite (3). Ses ennemis, croyant qu'il iroit par la France occidentale , qui étoit le plus court, envoyèrent devant des présents au roi Théodoric et à Ebroin, le priant de l'envoyer plus loin en exil, ou de tuer ses compagnons et le dépouiller de tout ; mais ils prirent pour lui Yinfrid, évêque de Lictfeld, qui étoit aussi chassé de son siège, l'arrêtèrent , lui ôtèrent tout son argent , et tuèrent plusieurs de ceux qui raccompagnoient.

Pour saint Yilfrid , il passa droit au levant en Frise, dont les habitants étoient encore païens (4). Leur roi Algise ne laissa pas de le recevoir honorablement, et lui permit de prê-

(t) Bed. IV, Hist. c. 22.

IW Bed. nr, Hist. c. 23.

(3) Ed. c. 23, 11,

qu a 1 orainaire en poisson sortes de fruits , ce que les peuples attribuèrent au dieu qu'il prêchoit. Ainsi il baptisa presque tous les seigneurs et plusieurs millier^ du peuple , et fut le premier apôtre de ce pays(l). Cependant Ebroïn envoya des gens à Algise, roi des Frisons , avec des lettres où il lui promettoit un boisseau plein de sous d'or s'il lui envoyoit l'évêque Yilfrid ou sa tête. Le roi fit lire cette lettre publiquement à son dîner, en présence de saint Yilîrîd et ses compagnons , des envoyés d'Ebrofifn et d'un grand peuple, puis il la prit, la déchira et la jeta au feu, en disant aux porteurs : Dites de ma part à votre maître , Ainsi puisse le Créateur détruire le royaume et la vie de celui qui se parjure et ne garde pas les traités. Les envoyés s'en retournèrent confus.

Saint Yilfrid , ayant passé l'hiver en Frise , en partit au commencement du printemps, l'an six cent soixante-dix- neuf, pour cotitinuer son voyage de Rome. Il passa chez Dagobert , roi des François en Austrasie, qui le reçut avec grande amitié , se souvenant des obligations qu'il lui avoit. Car ce roi, après la mort de Sigebert III, son père, fut envoyé en Irlande par Grimoald , maire du palais , et n'en fut rappelé que vingt ans après , en six cent soixante-quatorze (2). Les seigneurs d' Austrasie s'adressèrent pour cet effet à saint Yiifrid , qui le renvoya avec une escorte, et toutes les choses nécessaires pour le conduire en son royaume. Le roi Dagobert vouloit lui donner l'évêché de Strasbourg , le plus grand qu'il y eût dans ses états : et, comme il refusa , il lui fit de grands présents, et lui donna Adéodat , évêque de Toul , pour l'accompagner à Rome.

Ils arrivèrent chez Berchter ou Pertarit, roi des Lombards, prince humble, paisible, et craignant Dieu, qui les reçut très-humainement, et dit à saint Yilfrid: Yos ennemis m'ont envoyé d'Angleterre promettre de grands présents si je vous retenois et vous empîchois d'aller à Rome ; car ils vous traitent d'évêque fugitif. Je leur ai répondu : Etant banni de mon pays en ma jeunesse , j'ai demeuré chez le roi des Huns , qui étoit païen , et qui me promit avec serment , au nom de son idole de ne me jamais livrer à mes ennemis. Quelque temps après, ils lui envoyèrent offrit* un boisseau de sous d'or s'il m'abandonnoit à eux. Il le refusa, disant que ses dieux le feroient périr s'il faussoit son serment. A plus forte raison, moi, qui connois le vrai Dieu, je ne perdrai pas mon âme, quand il s'a^îroit de gagner toul le monde. Il donna donc une escorte honorable au saint évêque pour le conduire jusqu'à Rome.

(2) Sup. I. XXXIX, n. 20,

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