XVI. Théodote, palriarche
Le lendemain de Tenlèvem'^nt du patriarche , l'empereur, ayant assemblé le peuple dès le matin, lui fil croire qu il avoit abandonné son église et s'étoit retiré de lui-même (2). Il vouloit mettre à sa place Jean Leconomante ,
(2) App. Theoph.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An deJ.-C. 185-
comme il lui avoit prorais ; mais les palrices s'y opposèrent en disant : C'est un jeune homme obscur, et il ne convient pas à des vieillards comme nous de nous prosterner devant lui. L'empereur choisit donc Théodote , fils du patrice Michel, qui avoit été beau-frère de Constantin Copronyme. Théodote étoit écuyer de l'empereur et dans ses sentiments; il n'avoit ni piété ni science des choses spirituelles, et peu de connoissance deF. criture sainte; mais il étoit doux et paroissoit assez bon homme.
Des que le patriarche Nicéphore eut été chassé , les ennemis des imaj^es commencèrent à les effacer, les abattre, les brûler et les profaner en toutes manières. Saint Théodore Studite , pour réparer ce scandale autant qu'il dépendoit de lui, ordonna à tous ses moines de prendre à leurs mains des images et les porter élevées solennellement à la procession du dimanche des Rameaux, en chantant un hymne qui commençoit : Nous adorons votre image très-pure , et d'autres semblables en l'honneur de Jésus-Christ. Ils firent ainsi le tour du monastère, et l'empereur, en étant averti, envoya faire défense à Théodore de ne plus rien faire de pareil, sous peine du fouet et de la mort ; mais le saint abbé n'en fut que plus hardi à enseigner la foi catholique et à encourager tous ceux qui le consultoient à honorer les saintes
images.
Le nouveau patriarche Théodote fut ordonné le jour de P«îques, premier d'avril huit cent quinze, et tint le siège six ans. Sitôt qu'il eut pris possession du palais patriarcal , il commença à tenir une grande table, où il faisoit manger de la chair aux clercs, aux moines et aux évéques, accoutumés dès la jeunesse à s'en abstenir, et, au lieu de la gravité et delà modestie qui régnoient auparavant dans cette maison , on n'y faisoit que rire, jouer, lutter et tenir des discours déshonnétes.
XVn. Concile des iconoclastes.
Après Pâques , Tempereur Léon fit tenir un concile , tant des iconoclastes que des évéques qui a voient cédé à se8violences(i). Ils s'assemblèrent dans l'église de Sainte-Sophie, ayant à leur tète le nouveau patriarche Théodote, surnommé Cassitère. L'empereur fit aussi assister son fils Symbarius, qu'il avoit nommé Constantin , ne voulant pas y assister lui-même pour n'être pas obligé à faire une souscription contraire à ce qu'il avoit fait à son avènement à l'empire. Les abbés de Constantinople , étant appelés au concile, s'excusèrent d'y venir par une lettre que saint Théodore Studite composa au nom de tous , et où ils disoient en substance (2) : Les canons nous défendent de faire aucun acte ecclésiastique, principalement tou-
(1) Yita Niceph. n. 73. (2) Lib. il, Ep. 1.
chant les questions de foi sans le consentement de notre évcVjue. C'est pourquoi , bien que nous ayons été appelés de votre part jusqu'à deux fois, nous n'avons osé rien faire comme étant sous la main du très-saint patriarche Nicéphore. D'ailleurs , nous avons appris que celte convocation ne tend qu'à renverser le second concile de Nicée, et défendre l'adoration des saintes images. C'est |Hmrquoi nous vous déclarons que nous tenons la même foi que toutes les églises qui sont sous le ciel , et que nous adorons les saintes images, fondés , nonseulement sur le second concile de Nicée, mais sur toute la tradition écrite et non-écrite depuis l'avènement de Jésus-Christ. Nous ne recevons rien de contraire quand , par impossible, Pierre ou Paul, ou un ange descendu du ciel, l'enseigneroit, et nous sommes prêts à tout souffrir, même la mort, plutôt que d'y renoncer.
Les deux moines qui présentèrent cette lettre au concile furent renvoyés chargés de coups, et on passa outre sans s'y arrêter. Dans la première session , on lut la dèlinition de foi du concile tenu aux Blaquemes de l'autorité de Constantin Copronyme, sous le nom de septième concile (1). On la confirma et on anathématisa le vrai septième concile et les patriarches orthodoxes. Le second jour, on amena au concile quelques évêques catholiques que les iconoclastes croyoient les plus faciles à intimider (2). On mit en pièces leurs habits sacrés , et on les fit ainsi demeurer à la porte de l'église comme des prisoimiers ; puis ils furent traînés au milieu de l'assemblée, où les présidents les tirent demeunT debout , leur offrant de les faire asseoir avw eux s'ils changeoient de sentiment ; mais, les trouvant fermes dans la confession de la foi catholique et la vénération des images, ils les firent jeter par terre, et les assistants leur mirent le pied sur la gorge, puis ils les firent relever et sortir à reculons, crachant sur eux et les frappant à coups de poing dans le visage, en sorte que quelques-uns étoient tout en sang. Enfin on les livra à des soldats qui les menèrent en prison. Après les évêques, on fit entrer les abbés des plus fameux monastères, qui, ne s'élant laissés vaincre ni aux caresses ni aux menaces, furent aussi envoyés en diverses prisons. Celte seconde session finit par des acclamations pour l'empereur et son fils, et des anathèmes contre les chefs des catholiques (3). Ensuite ils dressèrent leur définition de foi , qui fut souscrite à la troisième session, premièrement par le jeune empereur , puis par tous les autres, et ainsi finit ce concile.
En exécution de son décret, on effaça toutes les peintures des églises avec de la chaux, que ceux qu'on y employoit mêloient souvent de
(1) App. ad. Theoph. p. (2) Thcod. n, p. 15. 4i2. Vila S. Niceph. T3. (3) Vita S. Niceta?, c. 6. Sup. I. XLHI, n. 7.