‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 406 sur 2407 · XV. Le patriarche Nicéphore chassé · texte numérisé non relu

XV. Le patriarche Nicéphore chassé

Mais les iconoclastes , qui prétendoient représenter le concile de la cour, nommé synodos endemousa , persuadèrent à l'empereur de rejeter ces conditions; et, disant qu'ils avoient déjà appelé trois fois le patriarche , ils soutinrent qu'ils étoient en droit de le condamner par contumace (2). Ils lui envoyèrent donc une monition par écrit, portant commandement de comparoître devant eux, et en chargèrent des évêques et des clercs accompagnés d'une troupe de gens ramassés. Le patriarche ne les vouloit point voir ; mais le patrice Thomas lui persuada de ne les pas renvoyer sans leur parler. Le concile, dirent-ils, ayant reçu des libelles contre vous , vous mande de venir vous défendre; mais, si vous voul'z éviter la déposition, vous n'avez qu'à consentir avec le concile et l'empereur à l'abolition des images. Le patriarche répondit : Et qui est celui qui se donne l'autorité de recevoir des libelles contre nous? Est-ce le pape , ou quelqu'un des autres patriarches ? Et si je suis coupable , comme vous dites, de crimes qui méritent dé-

(1) Vita Niceph. c. 10,n.OO. (2) Sup. liv. xxvili, n. 19. l Tome IIL

position, suffiroit-il de me rendre à la volonté de 1 empereur, touchant les images , pour me justifier et me rétablir le même jour ? Me croyez-vous si peu instruit des lois de l'Eglise? Quand même le siège de Constanlinople seroit vacant, aucun évêque étranger n'auroit le droit d'y exercer juridiction, beaucoup moins puisqu'il est encore rempli. Puis, ayant lu le canon , il les déclara excommuniés , et leur ordonna de sortir de l'enceinte du lieu saint. Ils se retirèrent en prononçant des anathèmes contre lui et contre Taraise.

Désespérant donc de le fléchir , ils voulurent le faire mourir secrètement ; mais il en fut averti par un clerc catholique, et se tint sur ses gardes. Ses ennemis ayant manqué ce coup, défendirent sous peine d'excommunication de le reconnoître pour patriarche et de le nommer à la messe. On étoit alors en carême , et il écrivit à l'empereur en ces termes : Jusqu'ici j'ai combattu pour la vérité, selon mon pouvoir, et j'ai souflèrt toute sorte de mauvais traitements, les affronts, la prison, la confiscation, la perle de mes domestiques. Enfin des gens qui paroissoient évêques sont venus m'insuller avec une populace armée d'épées et de bâtons , dans rexlrèmilé de ma maladie ; ensuite j'ai appris que les ennemis de la vérité vouloient ou me déposer ou m'Oter la vie. Pour éviter donc quelque malheur , dont le péché retomberoit sur votre majesté , je cède malgré moi à la nécessité de quitter mon siège, et je recevrai avec action de grâce ce que Dieu permettra qu'il m'arrive.

L'empereur , ayant reçu cette lettre avec un souris malin , commanda au patrice Thomas de prendre une troupe de soldats et de faire enlever le patriarche au milieu de la nuit. L'heure venue, comme les soldats entroient , le patriarche demanda de la lumière , se leva de son fit, et , se faisant soutenir, il prit à sa main un encensoir, et, éclairé de deux flambeaux , il entra dans léglise. Là , prosterné à terre , il recommanda à Dieu ce saint lieu pour n'être point profané, et prit congé de son siège et de Constanlinople ; ensuite il se mit dans une chaise et on l'emporta à la citadelle, où , l'ayant mis dans une barque on le fit passer à Chrysopofis (1), et on l'envoya au monastère d'Agathus, c'est-à-dire du Bon, qu'il avoit fait bàlir. Mais, peu après, on le transfera plus loin , au monastère de Saint- Théodore, qu'il avoit aussi fondé.

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