XLI. Saint Julien de Tolède
Saint Julien de Tolède, qui y présidoit, les composa. Il étoit natif de Tolède, de race de juifs, mais de parens chrétiens (3). Il fut lié d'une étroite amitié avec le diacre Gudila , et ils a voient formé le dessein de vivre en solitude ; mais, n'ayant pu l'exécuter, ils s'appliquèrent ensemble à procurer le salut du prochain. Julien fut ordonné diacre, puis prêtre,
(1) Sup. n. 38.
(3) Isid. Pac. p. 9, 10.
Félix. Toled. ap. 1. BoU. 8 Mart. t. 0, p 785.
m de J.-C. 690.]
»t enfin la huitième année de Vamba qui est [l'an six cent quatre-vingt , il fut ordonné évêque de Tolède, après la mort de Quirice, et remplit tous les devoirs d'un bon pasteur; s'appliquant particulièrement à maintenir la discipline. Il composa plusieurs écrits, dont Félix, son successeur, nous a laissé le catalogue ; mais il ne nous en reste que trois.
Le premier est intitulé des pronostics, c'està-dire de la considération des choses futures (1). Il l'adressa à Idalius, évêque de Barcelone, son ami; et il en raconte ainsi l'occasion : Comme nous étions ensemble à Tolède le jour de la passion de Notre Seigneur, nous entrâmes dans un lieu retiré, cherchant le silence convenable à cette fête. Assis chacun sur un lit, nous prîmes en main l'Ecriture sainte, et nous lisions la passion en comparant les évangiles. Quand nous fûmes arrivés à un certain passage , dont il ne me souvient pas maintenant, nous nous sentîmes touchés; nous soupirâmes, nous fûmes remplis d'une consolation céleste, et élevés à une haute contemplation. Nos larmes interrompirent la lecture; nous commençâmes à nous entretenir avec une douceur inexplicable , et je crois que vous oubliâtes alors la goutte dont vous étiez tourmenté. Nous cherchâmes donc ce que nous serons après la mort, afin que la pensée vive et sérieuse des choses futures nous éloignât plus sûrement des choses présentes. L'ouvrage est divisé en trois livres. Dans le premier, il traite de l'origine de la mort ; dans le second , de l'état des âmes avant la résurrection, où il établit assez au long le feu du purgatoire; dans le troisième, il traite de la résurrection et de l'état des bienheureux. Il rapporte plusieurs passages des pères , particulièrement de saint Grégoire, de saint Augustin et de Julien Pomére.
Le second ouvrage que nous avons de saint Julien de Tolède est un traité du sixième âge du monde, contre les juifs, qui prètendoient montrer que le Messie n'étoit pas venu, parce qu'il ne devoit venir qu'au sixième âge (2). Or, ils comptent mille ans pour chaque âge, et on n'étoit alors qu'au cinquième millénaire, suivant leur calcul. Comme ils ébranloient quelques-uns des fidèles, le roi Ervige, qui régnoit alors, ordonna à Julien de leur répondre, et il le fit en trois livres qu'il lui adressa. Dans le premier , il demande aux juifs où ils ont pris que le Christ doive naître dans le sixième millénaire, et leur montre par l'ancien Testament , sans avoir besoin de cette supputation, que le Messie est déjà venu. Il montre la même chose dans le second livre, par le nouveau Testament; et dans le troisième il prouve que le sixième âge est arrivé, et même le sixième millénaire, suivant le calcul des Septante, qu'il prétend être le seul