LIVRE QUARANTE-SIXIÈME
trouble pour un temps ; mais il recommença sous le règne de Louis, et il envoya des moines d'Occident, c'est-à-dire de Gaule, qui flrent déposer Ta bbé Uatgar l'an huit cent dix-sept, et rétablirent la tranquillité dans le monastère.
Alors les moines, ayant obtenu de l'empereur la permission d'élire un autre abbé, choisirent tout d'une voix Eigil, vénérable vieillard, disciple de saint Sturme, dont il a même écrit la vie. Il étoit né'dans le Norique ; ses parents, qui l'éloient aussi de Sturme, le lui envoyèrent tout jeune, et il le fit instruire dans l'école du monastère. Il s'excusoit sur sa vieillesse et ses infirmités, pour ne point accepter la charge d'abbé ; toutefois , il fut amené à l'empereur, qui approuva l'élection , et lleistolfe, successeur de Riculfe dans le siège de Mayence, lui donna la bénédiction abbatiale ; c'étoit l'an huit cent dix-huit. Le gouvernement d'Eigil fut très-doux; il ne faisoit rien sans le conseil des frères; il servoit lui-même à table le jour de Noël pour montrer l'exemple ; il obtint même de l'empereur que Katgar, son prédécesseur, fut rappelé d'exil ; enfin , après avoir gouverné quatre ans le monastère où il avoit remis la paix, il mourut l'an huit cent vingt-deux (1).
Au commencement de l'an huit cent dixneuf , l'empereur Louis tint un parlement à Aix-la-Chapelle, où il ajouta plusieurs articles à la loi salique (2). Yoici ceux qui regardent la religion. Le meurtre commis dans l'église est puni de mort, si ce n'est en se défendant, auquel cas la composition est au profit de l'église, outre l'amende au prince. Le sang d'un clerc répandu dans l'église augmente la composition au triple, et, si le coupable ne la peut payer, il se rendra serf de l'église. Qui aura tué un homme faisant pénitence publique, payera triple amende au roi, outre la composition aux parents; qui aura coupé les cheveux à un enfant ou donné le voile à une fille malgré ses parents , payera la composition au triple, et l'enfant demeurera libre (3). Dans un autre capitulaire de cette année, on ordonne aux commissaires envoyés dans les provinces d'avoir soin des réparations des églises, du payement des dîmes, et que les évêques élus soient sacrés au plus tôt (4).