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XXXVII. Travaux de saint Théodore Studite

La persécution des iconoclastes continuoit en Orient. Saint Théodore Studite étoit toujours au château de Mètop*», où plusieurs, attirés par sa réputation, venoienl le voir on passant; car ses gardes ne les empêchoient pas, tant par le respect qu'ils lui portoient que pour les présents qu'ils recevoient(5). Un clerc d'Asie, qui avoit déjà une grande estime

(1) Eginh. ann. Astron.

(2) Tom. 1, cap. p. 597.

(4) Cap. VI, n. 4, ©, 10.

(5) Vita D. 87.

de sa vertu, encore quMl fût iconoclaste, l'ayant entretenu , se désabusa si bien , qu'il retourna chez lui avec un grand désir de convertir les autres. Il gagna un clerc son ami, et ils résolurent ensemble de ne plus communiquer avec leur évêque , qui avoit pris le parti des hérétiques. L'évck|ue en fit avertir l'empereur et le gouverneur d'Orient, qui aussitôt envoya un des siens avec ordre de donner cinquante coups de fouet à Théodore. H ne put se résoudre à cette exécution; au contraire, il se jeta aux pieds du saint vieillard, et lui demanda pardon avec larmes. Mais un nommé Anastase courut en avertir l'empereur, accusant le gouverneur de négligence; ensuite il alla lui-même éclaircir le fait; et, ne voyant sur Th(H)dore aucune marque des coups, il lui en donna cent, l'enferma dans une prison ol^cure et infecte avec son disciple JNicolas, et en emmena deux autres en différentes prisons.

Théodore demeura trois ans dans la sienne, souffrant beaucoup de froid pendant l'hiver, et une chaleur très-élou fiante en été ; mangé de toutes sortes de vermines, affligé de faim et de soif, car on lui jetoit seuh'ment par un trou un petit morceau de pain, de deux en deux jours, et ses gardes se moquoient encore de lui. Mais un homme de dignité passant par le grand chemin, qui étoit proche, et apprenant létat du saint abbé, ordonna qu'on lui donnât la nourriture suflisante pour lui et pour son disciple (1).

En cet état, Théodore trou voit encore moyen d'écrire, et on rapporte à ces trois ans un grand nombre de lettres (2). Dans une à Naucrasse, son disciple, il décrit ainsi sa prison : Après les coups de fouet, on nous a tous deux mis dans une chambre haute , dont on a fermé la porte et ôté l'échelle. Il y a des gardes autour pour empêcher qu'on n'en approche ; on observe même tous ceux qui entrent dans le château. 11 y a défense très-sévère de nous donner autre chose que de l'eau et du bois. ]\ous vivons de ce que nous avons apporté et de ce qu'on nous donne de temps en temps par le trou d une fenêtre. Tant que durera notre provision et ce que le portier de semaine nous donnera en cachette, nous vivrons; quand cela finira , nous finirons : Dieu nous fait encore trop de grâce.

Dans une autre lettre , il console une communauté de trente religieuses, à qui on avoit ôté leur monastère; et, après les avoir fouettées et séparées, on les retenoit en prison. On dispersa aussi les moines de Stude, et on donna ce monastère et celui de Saccudion à un d'entre eux, nommé Léonce, eunuque, qui avoit été du parti des méchiens, et qui devint alors un des chefs des iconoclastes (3). Saint Théodore déplore sa perte en plusieurs de ses

(2) Il,Epist34..

(3) II, Ep. 59, 31, 37,

An de J.-C. 819.]

lettres, car il persécutoit même ses frères. Le saint abbé leur écrivit pour les consoler ; et il fait l'éloge de Jacques, l'un d'entre eux, qui mourut en prison des coups de fouet qu'il avoit reçus.

Saint ThécKlore écrivit aussi à tous les moines dispersés pour les soutenir, non-seulement dans la foi, mais dans les mœurs. Fuyons, leur dit-il , les traits de la concupiscence mortelle (1); prenons garde quelles sont nos demeures; si elles sont dangereuses, il faut changer; s'il y a du scandale, il faut le retrancher ; si nous sommes seuls, il faut prendre un compagnon , puisqu'il y a malédiction contre celui qui demeure seul sans nécessité (2). H faut observer tout le reste, le boire, le manger, le sommeil, le travail, pour y garder la mesure qui soutient le corps sans le rendre rebelle à l'esprit.

Saint Théodore écrivit en particulier aux évêques exilés, savoir : à Théophiiacle de ]\icomédie, à Théophilacte d'Ephèse, à Pierre de JNicée, à son frère l'archevêque Joseph. 11 leur écrivit aussi une lettre commune, où il les prie de le consoler et de l'instruire. Ecrivez-moi, dit-il, comment il faut adorer Jésus- Christ en son image. Si c'est par une autre espèce d'adoration qu'on ne lui rend à luimême, qui est ce que disent les hérétiques, ou si c'est la même adoration comme nous disons, de peur d'adorer la substance de l'image (3).

XXXVni. Régie» de pénitence.

Il traite en plusieurs lettres de la manière de recevoir ceux qui étoient tombés en celte persécution (4). S'ils sont, dit-il de notre corps, c'est-à-dire des moines de sa œmmunauté, c'est à nous à leur donner des remèdes. Qu'ils observent donc la pénitence que j'ai imposée à Oreste, d'être privé de la communion des choses saintes. Vous demandez jusqu'à quand ? jusqu'à la finde persécution. Mais, dit-on, si la mort survient:^ Qu'ils communient; nous croyons que leur pèche leur sera remis. On ne doit pas recevoir ceux-ci comme ceux qui se convertisent d'une hérésie, mais comme ayant renié le nom du Seigneur, ou communiqué avec les iconoclastes pour le renier ; car le renoncement de l'image remonte à l'original, comme dit saint Basile. Autre chose est de ceux qui n'ont jamais été catholiques , ^t qui viennent à nous quand ils commencent à connottre la vérité. Encore ne les faut-il pas recevoir légèrement, mais de l'avis de plusieurs catholiques. Que si on doit recevoir sans pénitence , comme vous prétendez, ceux qui ont renoncé ou communiqué avec les hérétiques, pourquoi m'exposai -je en vain à

{'^) Eccl. IV, 10.

(3) II, Ep. 4, 20, 41, 70, 25, 101,9,31,87.

<4) Ep. 11.

tant de périls? Mais, dit-on, ils reçoivent avec joie les catholiques qui passent de leur côté sans leur imposer de pénitence. Il faut donc aussi que nous couronnions comme eux ceux qui renoncent à Jésust-Christ ?

Quant à ceux qui sont hors de notre communauté, qui suis-je pour leur donner des règles? Que si on nous presse en vertu de la charité, j'en dis autant des nôtres. Si un prêtre a souscrit ou communiqué par crainte des mauvais traitements, qu'il soit privé de la communion ; s'il a été interdit de sa fonction, c'est au concile à le rétablir. Celui qui a combattu de nouveau après sa chute, ne doit pas pour cela reprendre son rang , afin que lui et les autres s'aperçoivent qu'il est tombé. S'il s'est relevé d'une manière éclatante, on lui accordera tout au plus la communion. Mais comme celui qui impose la pénitence peut ajouter ou diminuer ; si la persécution dure , on pourra les absoudre avant Je concile, suivant la qualité de la faute et la ferveur du pénitent : au reste, il ne faut pas défendre de manger avec eux , pourvu qu'ils ne donnent pas la bénédiction.

Etant consulté par un prêtre qui se repentoit d'avoir souscrit à la condamnation des images, il lui répond premièrement, qu'il ne de voit pas s'adresser à lui, mais aux évêques; puis lui conseille de s'abstenir entièrement de ses fonctions , si ce n'est qu il soit obligé pendant la persécution de donner la communion à quelqu'un. Mais, ajoute-t-il, aucun évêque particulier ne vous peut donner la liberté entière de vos fonctions , il faut un concile. Quant à ce que vous dites, qu'en souscrivant vous criez : J'adore les saintes images : Pilate déclaroit aussi de bouche qu'il étoit innocent de la mort de Jésus, mais il le condamnoit par écrit. Dans une autre lettre, il déclare qu'un prêtre qui a communiqué avec les hérétiques doit s'abstenir de la communion pendant un an ou deux , et qu'il ne faut point entrer dans leurs églises. Ln autre prêtre avoit mangé avec un évêque hérétique. S'il cesse de le faire, dit-il, il pourra reprendre ses fonctions, après s'en être abstenu quelque temps par la pénitence ; mais quelqu'oflre que fasse un coupable , il ne faut jamais lui donner l'absolution en considération de ce qu'il donne : c'est donner la lumière et recevoir les ténèbres. Ce que l'on fait, quoique par crainte , est réputé volontaire, puisquil est défendu de craindre ceux qui tuent le corps (1).

Si un catholique , accusé de ne pas communiquer avec les hérétiques fait une croix pour témoigner qu'il communique sans qu'on lui demande autre chose, il fera la moitié de la pénitence de celui qui a communiqué entièrement. Celui qui aura découvert un prêtre caché sera excommunié pendant un an , comme ayant trahi la vérité. Celui qui a juré

(1) Ep. ao, 32.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[Ande J.-C.8iy

de ne point adorer d'image, quoiqu'il l'adore en secret, sera privé trois ans de la communion : encore lui fait-on bien de la grâce. Celui qui aura effacé une image sera excommunié un an. On se peut faire soulager par un autre pour faire plus aisément la pénitence ; mais on ne peut de son autorité en diminuer une partie par des aumônes ; c'est à celui qui l'impose à la déterminer, suivant les personnes : et les autres circonstances, car tout ne peut être réglé par les canons. Lc*s coups de fouet , ou autres souffrances pour la foi , doivent diminuer la peine des plus grands péchés , à la discrétion de celui qui a voit imposé la pénitence. Ceux qui ont cédé volontairement ou par la seule crainte feront trois ans de pénitence sans communier ; s'ils ont souffert des coup , la pénitence sera de deux ans ; si c'est par ignorance, un an (1). 11 n'est pas permis de manger avec les hérétiques , même en cas de nécessité ; ni avec les catholiques qui communiquent avec eux , sinon une fois ou deux par nécessité. Il n'est pas permis de saluer les hérétiques ni de recevoir leurs offrandes. En toutes ses lettres saint Théodore dit souvent que c'est aux évêques à décider, et qu'il ne donne que des conseils.

EnOn, croyant mourir dans cette ptTséculion , il fit un testament eu forme de lettres à ses frères absents, où il les prie de lui pardonner les fautes de son gouvernement, et leur demande leurs prières ; puis il déclare qu'il pardonne en ce qui le touche à Léonce et aux autres apostats , et charge ses frères de leur dénoncer le jugement de Dieu , qui les menace s'ils ne font pénitence. Il composa encore dans sa prison divers écrits , pour profiter de son loisir, entre autres des vies de ses frères en ;vers , et les envoya à son disciple Naucrace (2).

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