XLII. Travaux de saint Vilfrid
En Angleterre , saint Vilfrid , étant revenu de Rome , après avoir été absous par le pape Agathon, alla trouver Ecfrid, roi de Northumbro , qui l'avoit chassé , et lui présenta humblement le décret du saint-siège, souscrit de tout le concile de Rome, avec les bulles et les sceaux (4). Le roi fit assembler les grands et le clergé , et fit lire ces lettres en leur présence ; mais , comme ils y trouvèrent des choses qui ne leur plaisoient pas, ils rejetèrent ce décret , et dirent qu'il avoit été obtenu par argent. Ainsi , Vilfrid fut condamné à neuf mois de prison , par ordre du roi et par le conseil des évéques qui occupoient son diocèse. On ne lui laissa que l'habit qu'il portoit, on chassa tous ses domestiques, et on ne permit pas même à ses amis de le voir. La reine Ermenburge lui ôta son reliquaire, elle tint suspendu dans sa chambre ou dans son chariot quand elle voyageoit.
Saint Vilfrid fut mis d'abord dans une prison très-obscure, où ses gardes l'entendoient chanter les psaumes , et voyoient une lumière qui les épouvantoit. Le roi offroit de lui rendre une partie de son évêché, s'il vouloit renoncer au décret du pape ; mais il répondit qu'il perdroit plutôt la tête (5). Comme il eut guéri avec de l'eau bénite la femme du gouverneur, celuici ne voulut plus le garder; et le roi le fit transférer à une autre prison , où il voulut le faire mettre aux fers ; mais on ne put jamais en faire de justes , ils étoient toujours trop grands ou trop petits. Enfin la reine fut subitement frappée de maladie dans un monastère gouverné par Ebé, tante du roi. La sainte abbesse lui représenta l'injustice qu'il faisoit à saint
(2) Duchéne lom. 1, p.