‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 447 sur 2407 · L. Fondation de la nouvelle Corbie · texte numérisé non relu

L. Fondation de la nouvelle Corbie

La nouvelle Corbie , fondée en Saxe dans le même temps, fut aussi la source d'un grand nombre de docteurs et de saints évéques. Charlemagne avoit bien vu que, pour établir solidement la religion chrétienne en cette nouvelle conquête , il falloit y fonder des monastères, et dans cette vue, il avoit envoyé quantité déjeunes Saxons en diverses abbayes de France, pour y être élevés dans la discipline régulière (1). Il en mit particulièrement à Corbie sous l'abbé Adalard, qui étoit originaire de Saxe, apparemment par sa mère. Celui-ci, qui savoit l'intention du roi comme étant de son conseil , demanda aux Saxons qui étoient sous sa conduite si l'on pourroit trouver en leur pays un lieu commode pour y bâtir un monastère. Un d'eux, nommé Théodrude , lui répondit qu'il en savoit un dans une terre de son père. L'abbé Ty envoya aussitôt pour voir si ses parents y consentiroient, et à son retour il rapporta qu'ils le désiroient. C'étoit l'an huit cent treize, et du vivant de Charlemagne. Après sa mort, et tandis que l'ancien Adalard étoit relégué à Noirmoutier, le jeune Adalard, alors abbé de Corbie, de concert avec Vala qui s'y étoit retiré , reprit le dessein delà fondation de monastère du Saxe, de l'avis de toute la communauté (2). L'abbé résolut de demander le consentement de l'empereur I^uis , et pour cet effet il l'alla trouver à Paderborn , où il tenoit un parlement en huit cent quinze. L'emp<Teur approuva ce dessein avec joie, et on prit aussi le consentement de Hatumar, évéque de Paderborn , dans le diocèse duquel étoit le lieu destiné au monastère.

On commença donc à y bâtir, et on y travailla six ans ; mais ce lieu étoit si stérile, qu'il ne s'y trouvoit rien pour la nourriture des moines, ni pour leur vêtement; en sorte que l'abbé Adalard étoit obligé de leur envoyer tout de Corbie. La communauté ne laissoit pas de croître tous les jours ; il y venoit des plus nobles d'entre les Saxons, on y élevoitdes enfants de grande espérance , et la ferveur y étoit grande. Cependant l'ancien Adalard, étant rétabli à Corbie , et apprenant la pauvreté de ce nouveau monastère , y envoya de l'argent en diligence, avec ordre d'acheter partout où on pourroit des vivres et des bestiaux. Puis, avant obtenu la permission de l'empereur de chercher un autre lieu , il alla lui-même en Saxe avec son frère Yala (3). Celui-ci y avoit été en qualité de gouverneur du temps de Charlemagne, y avoit commandé une armée, et

(t) JMabill. Ad. to. 6, p. 20. (2) Sup. n. 33.

(1) Transi. S. Viti. n. 5, to. 5. Act. p. 529. Mal)iU.

lO, 6, p. 306, U.S.

(2) Sup. n. 10.

(3) Vila.Val.cViC.JO.

gagné les cœurs des Saxons par ses bienfaits. Ils furent si surpris de le voir en habit de moine, qu'ils ne pouvoient croire que ce fût lui. Ils l'environnèrent en foule , saisis de joie, d'amour et d'admiration ; ils ne regardoient ni l'abbé Adalard , ni les autres qui l'accompagnoient. Les moines menèrent Adalard et Vala dans un lieu sur le Weser, où ils résolurent de transférer le monastère par l'avis des évéques et des nobles du pays. Ils y arrivèrent le sixième d'août huit cent vingt-deux. Après en avoir fait le tour, ils se prosternèrent , et chantèrent les psaumes convenables et les litanies. Puis , ayant planté les piquets et tiré des cordeaux , ils commencèrent à tracer premièrement l'église, et ensuite les logements des frères. Ils prièrent l'évéque de venir planter une croix à la place de l'autel , et de donner au lieu le nom de Corbie; le vingt-sixième de septembre toute la communauté y arriva, et on y célébra la messe. Tels furent les commencements de la nouvelle Corbie, qui subsiste encore sous le nom de Corvey. L'empereur Louis donna des reliques de saint Etienne , tirées de sa chapelle, pour la nouvelle église , qui en prit le nom ; et l'ancienne Corbie donna à la nouvelle les terres qu'elle avoit en Saxe. On a encore la charte de l'empereur Louis qui confirme cette fondation , datée du vingt-septième de juillet , la dixième année de son règne , indiction première, qui est l'an huit cent ving-trois. La nouvelle Corbie devint une école célèbre et un séminaire pour les missions, non-seulement chez les Saxons, mais chez les autres peuples du Nord encore païens.

Vers le temps de la fondation , Ebbon , archevêque de Reims , alla à Rome du consentement de l'empereur demander mission pour prêcher la foi dans le Nord , principalement aux Danois qu'il avoit souvent vus à la cour, et dont l'aveuglement avoit exe té son zèle. Le pape Pascal lui accorda ce qu'il désiroit, et lui donna pour compagnon de ses travaux Halitgar, évéque de Cambrai. Ebbon fit donc plusieurs voyages en Danemarck, où il convertit et baptisa grand nombre d'infidèles. En faveur de cette mission, l'empereur lui donna une terre au delà de l'Elbe, nommée alors Velanao , aujourd'hui Yedel, afin qu'il eût une retraite en ces quartiers.

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