XLIX. Commencements de Kaban
Saint Eigil , abbé de Fulde, étant mort, Raban lui succéda cette année huit cent vingtdeux ; il étoit né à Mayence vers l'an sept cent soixante-seize, et fut mis dans le monastère de Fulde dès son enfance (1). En huit cent un il fut ordonné diacre , l'année suivante son abbé l'envoya à Tours avec un autre moine, nommé Hatton, pour apprendre les arts libéraux et l'Ecriture sainte sous Alcuin , qui donna à Raban le surnom de Maur, suivant la coutume des savants de ce temps-là , de joindre un nom latin à leur nom barbare. Raban, étant revenu de Tours , gouverna l'école de Fulde , qui fut très-célèbre de son temps. Elle avoit une ample bibliothèque , et il en sortit des docteurs fameux pour toute la chrétienté. Entre les disciples de Raban , on remarque Valafrid Strabus , depuis abbé de Richenau ; Loup , depuis abbé de Ferrières ; Rudolfe , qui écrivit la vie de son maître , Odfride, prêtre et moine de Yissembourg , près de Spire , qui traduisit les Evangiles en langue tudesque. Raban fut ordonné prêtre l'an huit cent quatorze , et eut sa part de la persécution que souffrirent les moines de Fulde par la dureté de l'abbé Ratgar. Elle alla jusqu'à lui ôter ses livres et les mémoires qu'il avoit écrits , pour se souvenir de ce qu'il apprenoit de ses maîtres. On rapporte à ce temps de trouble le voyage qu'il fit à la terre sainte (2). La paix étant rendue sous l'abbé Eigil , Raban recommença d'enseigner; et Eigil étant mort, il lui succéda dans la charge dabbè de Fulde, et l'exerça vingt ans. La communauté étoit alors de cent cinquante moines ; et c'est le temps où elle fut la plus florissante. Raban y conserva soigneusement l'observance régulière, il bâtit plusieurs églises, etil fit apporter deRome quantité de reliques, ce qui parut si considérable, que Rudolfe ne rapporte presque autre chose dans sa vie. Raban fut en grande estime auprès des rois et des empereurs , et aujrmenta considérablement les biens temporels du monastère. Enfin , il y cultiva merveilleusement les études. Depuis qu'il fut abbé, il laissa à d'autres, comme au moine Candide, le soin d'enseigner les arts
libéraux , mais il se réserva la charge d'expliquer l'Ecriture sainte.