‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 450 sur 2407 · LIV. Vision de Vctin · texte numérisé non relu

LIV. Vision de Vctin

La même année huit cent vingt-quatre, arriva la mort de Yétin ou Guétin , moine de Hichenou, dans le diocèse de Constance, accompagnée de circonstances singulières-, il savoit les sept arts libéraux, et enseignoit avec réputation dans ce monastère (2). S'étant trouvé mal le vingt-neuvième d'octobre, il se coucha ; et, après un songe quil'avoit effrayé, fi se fit lire le dernier livre des dialogues de saint Grégoire, où il rapporte plusieurs apparitions de morts, et traite de l'état de l'âme après cette vie. Vétin se rendormit ensuite, et vit un ange qui le mena sur un chemin agréa- Dle, d'où il lui montra des montagnes d'une t)eauté et d'une hauteur merveilleuse, mais

(1) ConiiQ. Paul. Diac. (2) Acla Sancl. Ben. to. ^Pit. tom. 1, p. Ô47. 4, p. 2W.

environnées d'un grand fleuve de feu, où étoient tourmentées quantité de personnes dont il reconnut plusieurs ; il y avoit des évéques et des prêtres, et les femmes dont ils avoient abusé; et l'ange lui dit : La plupart des évéques cherchent les intérêts temporels, s'appliquent aux affaires de la cour, et se piquent de magnificence dans les habits et la table, sans veiller au salut des âmes ; ils s'abandonnent au plaisir et à la débauche, et par-là se rendent incapables d'intercéder pour les autres. Autrement, ils auroient pu , par leurs prières, soulager le peuple dans la peste et la famine. 11 y avoit en France une grande peste l'année précédente huit cent vingt-trois, et en huit cent vingt la peste et la famine (1). Entre ceux qui soutfroient dans ce purgatoire, Vétin reconnut un prince qui a\oit été roi d'Italie et de Rome, et il en fut fort surpris, car c'éloit un grand personnage, et qui s'étoil distingué dans ce siècle par la protection qu'il avoit donnée à l'Eglise. L'ange lui dit, qu'encore que ce prince eût fait quantité d'actions merveilleuses et agréables à Dieu, dont il ne perdroit pas la récompense, il s'étoil toutefois laissé emporter à l'impureté, et y avoit fini sa longue vie, comme si ce n'étoit qu'une faute de fragilité qui pût être couverte par la multitude de ses bonnes œuvres. Toutefois, ajouta-t-il, il est prédestiné à la vie avec les élus. 11 est certain que ce prince est Charlemagne ; et à ne prendre la vision de Vétin que pour un songe naturel, elle fait voir l'opinion que les gens de bien avoient de l'état de son âme, dix ans après sa mort. S'ils avoient cru qu'il eût fini sa vie dans un adultère ou un concubinage criminel , ils n'auroient pu l'exempter de l'enfer; et puisqu'ils ne le mettoient qu'en purgatoire, ils ne croyoient pas mortelle l'incontinence dont ils l'accusoient (2). Or, cette incontinence étoit d'avoir eu jusqu'à neuf femmes, quoique l'une après l'autre, et n'avoir pu s'en passer, même dans la vieillesse ; car si les secondes et les troisièmes noces paroissoient des foiblesses pour lesquelles ou mettoit en pénitence des années entières selon saint Basile, les huitièmes et les neuvièmes pouvoient bien passer pour des péchés véniels. Voyez ce qu'en disoit saint Théodore Studite, du temps même de Charlemagne (3).

L'ange fit voir ensuite à Vélin le paradis, et l'assura du salut de Gérold, qui, étant comte de Bavière sous Charlemagne, avoit donné de grands biens au monastère de Richenou, et fut tué à la guerre contre les Huns, l'an sept cent quatre-vingt-dix-neuf. L'ange donna plusieurs avis pour les moines, entre autres de se contenter du pur nécessaire. ; et comme Vétin lui demanda où se conservoit le vrai modèle de la vie monastique, l'ange lui dit : Dans le

(1) Ann. Eginh. n. 8. 50, 53, 8o. Sup. 1. xvii, c.

(2) Sup. n. 9. 15, i, Epist. 50. Infra Ur.

(3) Ad Ampbil. c. é, 24, xlvii.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

pays d'outre-mer, parce qu'ils ont l'esprit de pauvreté. On doute si, par ces pays d'oulremer, il entendoit l'Angleterre ou la Grèce de l'Orient. Il recommande surtout d'avoir horreur du péché qui offense la nalure.

Yétin, s'étant éveillé un peu avant le jour, ut écrire aussitôt sur de la cire tout ce qu'il avoit vu, et mourut deux jours après, comme il avoit prédit, s«ms aucun signe de maladie mortelle. Sa vision fut écrite en prose încontment après très-fidèlement par Heiton, ancien abbé du même monastère, et l'année suivante, huit cent vingt-cinq, elle fut écrite en vers latins par Valafrid Strabon, moinede la même communauté, âgé pour lors de dix-huitans. Ils marque en lettres acrostiches les noms de ceux que Vétin avoit vus dans les peines, et entre autres de l'empereur Charles.

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