XLIII. Saint Culhbert, évéque
La même année que le roi Ecfrid mourut, il fit ordonner évêque de Landisfarne saint Cuthbert, qui menoit la vie d'anachorète dans une petite lie voisine, nommée Farne. 11 fut appelé à servir Dieu dès sa première jeunesse. Car,
(i) Ben. IV, Hist. c. 13.
(3) Ed C. 40, Ben. ly, c.
comme il gardoil un troupeau , la nuit étant en prière, il vit monter au ciel l'âme de saint Aidan, et fut tellement touché de cette vision, qu'il alla se rendre moine à l'abbaye deMailros, située dans le pays des Merciens, mais habitée par les Irlandois (1 ). Il fut un des moines envoyés pour fonder l'abbaye de Rippon ; mais, quand on l'eut donné à saint Yilfrid , il s'en retira avec les autres du rit irlandois , et retourna à Mailros , dont il fut prieur quelque temps après (2). II sortoit quelquefois pour aller, dans les lieux écartés ou inaccessibles, instruire les paysans, que tous les autres ecclésiastiques négligeoient à cause de leur pauvreté et de leur rusticité , et quelquefois il demeuroit avec eux jusqu'à trois semaines ou un mois, et baptisoit ceux qui n'étoient pas encore chrétiens. Il faisoit quantité de miracles. Son abbé l'ayant ensuite envoyé au monastère de Lindisfarne, il y trouva des moines déréglés, qu'il ramena par sa douceur et sa patience (3). Il versoit des larmes lorsqu'il célébroit la messe , et qu'il entendoit des confessions des pécheurs. Après avoir été douze ans prieur de Lindisfarne , il se retira dans l'île de Farne pour y vivre en solitude. II y subsistoit du travail de ses mains , et négligeoit tellement son corps , qu'il ne se déchaussoit pendant plusieurs annét*sque le jeudi saint pour laver ses pieds. Il fit encore là plusieurs miracles. Saint Cuthbert avoit passé plusieurs années dans cette solitude, quand samt Théodore de Cantorbéry tint un concile en présence du roi Ecfrid, l'an six cent quatre-vingt-quatre, où il fut élu tout d'une voix évêque de Lindisfarne (4). On lui envoya plusieurs courriers sans pouvoir le tirer de son monastère ; il fallut que le roi y allât lui-même avec saint Trumuin , évêque des Pietés , et plusieurs personnes considérables , encore eut-on bien de la p^'ine à le persuader. Son ordination fut différée à l'annt'e suivante, et célébrée à York, en présence du roi, le jour de Pâques vingt-sixième de mars six cent quatre-vingt-cinq. S«»pt évêques y assistèrent , et à leur tète siiint Théodore. Saint Cuthbert, étant évêque, continua de garder les observances monastiques , s'appliquant toutefois avec un grand soin à l'instruction de son peuple. Il visitoit tout son diocèse, jusqu'aux moindres villages, pour donner des avis salutaires, et imposer les mains aux nouveaux baptisés, afin qu'ils rmissent la grâce du Saint-Esprit, c'esl-à-<lire donner la confirmation (5). Il fit encore plusieurs miracles pendant son épiscopat , principalement pour la guérison des malades. Mais il mourut au bout de deux ans, l'an six cent quatre-vingt-sept, le mercredi vingtième de mars, jour auquel l'Eglise honore sa mémoire (6).
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(1) Ben. IV, Hist. c. 27. (3) C.IO, 17, 18, 10.
Id. VitaS. Culhb. c. 4. Act. (i) C. 2i. Ben. iv, Hift
SS. Ben. tom. 21, p. 877. c. 28.
Boll. 20 mart. t. 8, p. «3. (5) Vilac.20.
Sup. liv. xxxviii, n. 19. (6) C. 30, Higt. c S9.
(2) C. 7, 8, 0, martyr. R. 20 Mari,
AndeJ-C. 690] LIYRE QUARANTIÈME.
XHV. Saint Vilfrid rétabli.
SI
Cenendant saint Théodore de Cantorbéry , âgé de plus de quatre-vingts ans, et attaqué de fréquentes maladies, voulut se réconcilier avec saint Vilfrid (1). Il le pria de le venir trouver à Londres, avec Ercombalde ou Archembaud évêque du lieu , et leur fit une confession de toute sa vie, dans laquelle, adressant la parole a saint Vilfrid , il dit : Le plus grand remords que je sente est le consentement que j'ai donné a la volonté des rois , pour vous dépouiller de vos biens , et vous envoyer en exil , sans aucune faute de votre part. Je m'en confesse à Dieu et a saint Pierre, et je vous prends tous deux a témoin que je ferai mon possible , en réparation de ce péché , pour vous réconcilier avec tous les rois et les seigneurs mes amis. Dieu m a révélé que ma vie doit finir avant cette année; c'est pourquoi je vous conjure de consentir que je vous établisse de mon vivant archevêque dans mon siège. Car je sais que vous êtes le mieux instruit de votre nation dans toutes les sciences , et dans la discipline romaine. Saint Yilfrid répondit : Que Dieu et samt Pierre vous pardonnent tous nos difi'érents , je prierai perpétuellement pour vous comme votre ami , commencez par envoyer des lettres à tous vos amis ; afin qu'ils me rendent quelque partie de mes biens , suivant le décret du saint-siége. Nous délibérerons ensuite dans une grande assemblée sur votre successeur
En exécution de cet accord , saint Théodore écrivit a Alfrid , roi de Northumbre, qui avoit succédé à son frère Ecfrid en six cent quatrevingt-cinq (2). Il écrivit aussi à Ethelred, roi des J\I(îrciens, à Elflède, abbesse de Slréneshal
AK ?*'^ ^"^""^^ ^*^^^ f^^- ^"^ ^^* lettres, le roi Alfrid rappela le saint évêque la seconde année de son règne, c'est-^-dire sur la fin de l'an SIX cent quatre-vingt-six , et lui rendit premièrement son monastère de Hagulstalde et quelque temps après son siège épiscopal d'York et le monastère de Ripon , chassant les évêques étrangers que l'on avoit mis à sa place. Saint Vilfrid demeura ainsi en repos pendant cinq