‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 460 sur 2407 · VII. Saint Ancaire en Dannemarck · texte numérisé non relu

VII. Saint Ancaire en Dannemarck

Il avoit été rais dès l'enfance dans le monastère de Corbie sur Somme, et fut excité à la vertu par plusieurs révélations, qu'il ne communiqua qu'à ses amis particuliers, et qui ne furent publiées qu'après sa mort , comme il leur avoit recommandé (1). 11 eut charge d'enseigner dans ce monastère; et incontinent, après la fondation de la nouvelle Corbie en Saxe, il y fut envoyé pour exercer la même fonction.

Comme il étoit donc en retraite, se préparant à partir pour le Danemarck , un moine, nommé Aubert, qui étoit aussi à la suite de l'abbé Yala, vint le trouver, et lui demanda si c'étoit tout de bon qu'il vouloit entreprendre ce voyage. Anscaire soupçonna d'abord qu il n'y eût dans celte question de l'artifice pour 1 ébranler : mais Aubert l'ayant assuré de sa smcéritè; il lui déclara son intention (2). Et moi dit Aubert, je ne vous laisserai point aller seul , je veux vous accompagner pour l'amour de Dieu, pourvu que vous m'obteniez la permission de l'abbé. Anscairelalla audevant de Yala quand il revint du palais, et lui dit qu'il avoit trouvé un compagnon pour son voyage Quand il eut nommé Aubert, l'abbé fut fort surpris, parce qu'il étoit de grande naissance, de ses plus confidents , et intendant de sa mai-

(1) Viia to. 6, Ad. SS. (2; N. 9, 12. Ben. p. 79. w »

son. Il l'interrogea lui-même, et lui accorda son congé , mais il déclara à l'un et à l'autre qu'il ne leur donneroit personne de sa famille pour les servir, s'il n y vouloit aller de bon gré , trouvant de l'inhumanité à envoyer quelqu'un malgré lui avec les païens.

Il les mena tous deux à l'empereur, qui, ravi de leur bonne volonté, leur donna des meubles de chapelle , des coffres , des tentes, et les autres secours nécessaires pour un si grand voyage, et leur recommanda d'avoir grand soin d'affermir dans la foi le roi llériold et les siens , de peur qu'ils ne retournassent à leurs anciennes erreurs , et de travailler à en convertir d'autres. Ils partirent donc sans avoir personne pour les servir; car Hériold, encore néophyte et grossier, ne sa voit point comment on les devoit traiter; et les siens, élevés aussi dans des mœurs différentes, n'avoient pas grande attention à ces deux étrangers. Ainsi ilssouffrirentbeaucoupdansce commincement de voyage. Quand ils arrivèrent à Cologne, l'archevêque Hadebalde en eut compai>sion, et leur donna pour porter leurs bardes une très-bonne barque , où il y avoit deux chambres. I^' roi Hériold la trouva si commode, qu'il y passa avec les moines francois, prit pour lui une des chambres et leur laissa 1 autre, ce qui augmenta entre eux la familiarité, et ses gens en servirent mieux les moines. Ils descendirent ;ainsi le Uhin jusqu'à la mer et, ayant passé la Frise, arrivèrent aux frontières de Danemarck; mais Hériold, ne pouvant encorey être paisible, demeura en Frise, dans la terre que lempereur lui avoit donnée.

Anscaire et Aubert y demeurèrent avec lui, tantôt entre les chrétiens, tantôt entre les païens , prêchant et instruisant ceux qu'ils pouvoient. Il s'en convertit plusieurs , et le nombre des fidèles croissoit de jour en jour. Les deux missionnaires cherchèrent à acheter de jeunes esclaves pour les élever dans le service de Dieu. Le roi Hériold leur en donna des siens à instruire, et leur école fut bientôt de plus de douze enfants. Ils attirèrent d'autres personnes de côté et d'autre , pour les servir et les aider : la religion croissoit avec leur réputation. Ils travaillèrent ainsi plus de deux ans, après lesquels Aubert tomba malade , et, ayant été conduit en Saxe à la nouvelle Corbie , il y mourut saintement.

YIII. Mort de saint Théodore Studite.

En Orient, saint Théodore Studite tomba grièvement malade, au commencement du mois de novembre huit cent vingt-six (1). Sur cette nouvelle un grand nombre d'ev(^ues , de moines et d'autres personnes pieuses, accoururent pour le voir. JNe pf)uvant plus parler haut , il dicta à un secrétaire ce qu'il leur

(1) Ylla n. 123.

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vouloit dire, puis il se trouva beaucoup mieux, alla de son pied à l'église, et y célébra le saint sacrifice, car c'étoit le dimanche, quatrième jour du mois. Il parla encore aux assistants et, après leur avoir donné la communion et avoir mangé avec eux, il se remit au lit fit appeler l'économe, et lui donna les instructions qu'il crut nécessaires. C'étoit Naucrace son fidèle disciple et son successeur. Le sixième du mois, qui éloit la fête de Saint-Paul, évêque de Constantinople et confesseur sous Constantius , Théodore alla encore à l'église, célébra la messe, et parla aux frères (1). Mais la nuit suivante son mal augmenta notablement et ayant beaucoup souflert pendant deux jours ' il connut que sa fin approchoit, parla pour la dernière fois à ses moines , et demeura ainsi encore deux jours , bénissant ceux qui l'approchoient, et faisant sur eux le signe de la croix. Le dimanche, onzième de novembre fête du martyr saint Menas, sentant qu'il n'iroit pas loin , il fit faire les prières ordinaires , reçut 1 extrême-onction, puis communia en viatique, et ht alumer des cierges, et commencer les prières des funérailles. Les frères se mirent en rond autour de lui, et il rendit l'esprit comme Ils chantoient le grand psaume cent dix-huitieme , que les Grecs chantent encore aux enterrements. H vécut soixante-sept ans, et mourut hors de Constantinople, dans la péninsule deSaint-Tryphon, doù il fut premièrement transfère a 1 île du Prince, et dix-huit ans après dans son monastère de Stude (2). Naucrace son successeur , écrivit une lettre circulaire à tous c«ux que la persécution avoit dispersés, ou 11 raconte les circonstances de sa mort et sa vie fut écrite quelque temps après par Michel Studite, son disciple (3). L'église grecque honore sa mémoire le même jour, onzième de novembre , et l'église latine le lendemain (4).

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