VI. Conversion d'Hérioîd, roi de Danemarck
Hériold , roi de Danemarck , chassé de ses états dès l'an huit cent quatorze, avoit eu recours à l'empereur Louis , qui l'avoit exhorté a se faire chrétien , afin d'affermir l'amitié entre eux, et exciter les chrétiens aie secourir plus volontiers (2). Après plusieurs tentatives il n'avoil pu encore rentrer dans son royaume quand il >int trouver l'empereur à Ingelheim, où il tonoil son parlement, au mois de juiiî huit cent vingt-six. Alors il se convertit , et se fit baptiser avec la reine son épouse , et une grande multitude de Danois, à Saint-Alban de Mayence. L'empereur Louis fut le parrain du roi, l'impératrice Judith , sa seconde femme, fut marrainedela reine; et l'empereur, jugeant bien que la conversion d'Hériold lui rendroit encore plus difficile le rétablissement dans son royaume, lui donna le comté de Riustri en Frise, pour lui servir de retraite en cas de besoin, et lui fit de grands présents. C'est le premier roi chrétien de cette nation.
L'empereur, voulant le renvoyer avec du secours, commença à chercher avec soin quoique homme pieux , pour l'accompagner et l'affermir, lui et les siens , dans la religion qu'ils venoient d'embrasser. Il en parla publiquement dans l'assemblée ; mais on ne trouvoit personne d'un assez grand zèle pour entreprendre un voyage si dangereux ; il n'y eut que Vala qui offrit un de ses moines. Saint Adalard étoit mort le second jour de janvier, cette même année huit cent vingt-six , et son frère Vala avoit été élu à sa place abbé
it-.
(1) C. 34, 19, 35, 16, 32, 31, 33. Mabill. Praef. (o. 5, n. 30, 34.
(2) Ann. Egin. 826. Astron. Eod. Thegna. c. 13, VitaS. Ansch. n. 10.
de l'ancienne Corbie, dans la nouvelle que l'on venoit de fonder en Saxe ; Yarin avoit succédé à Adalard, qui en étoit aussi abbé. Yala, se trouvant donc au parlement dJngelheira , dit à l'empereur Louis qu'il avoit en son monastère de Corbie un moine qui désiroit ardemment de souffrir pour Dieu, qui avoit la capacité et les mœurs, en un mot, propre à cette œuvre. Je doute seulement, ajouta- 1- il, s'il voudra entreprendre ce voyage. Il se nommoit Anscaire. L'empereur ordonna qu'on le fit venir à la cour : l'abbé Yala lui expliqua de quoi il s'agissoit. Anscaire dit qu'il étoit prêt à obéir en tout pour îe service de Dieu. Il témoigna la même volonté en présence de l'empereur ; et comme l'abbé lui dit qu'il ne lui commandoit point , et laissoit ce voyagea son choix, il persista à dire qu'il y vouloit aller. La chose étant
An de J.-C. 826. ]
devenue publique, ceux qui accompagnoient l'abbé A ala en furent fort surpris, ne ( omprenant pas qu' Anscaire pût se résoudre à quitter son pays, ses parents, les moines avec lesquels il avoit été élevé , pour aller en pays étranger vivre avec des inconnus et des barbares. Plusieurs lui enfaisoient des reproches, et plusieurs vouloient l'en détourner; mais il demeura ferme , et tandis que l'abbé Yala étoit au palais, où il alloit tous les jours, Anscaire demeuroit au logis, et se tenoit à l'écart appliqué à la prière et à la lecture.