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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An de J.-C. ê3o.
An de J.-C. 831. ]
le nombre des fidèles croissoit de jour en jour.
XXXn. L'empereur Théophile persécute les catholiques.
En Orient, l'empereur Michel le b<>gue éloit mort le premier octobre huit cent vingt-neuf, indiction huitième, après avoir régné huit ans et neuf mois. Son lils Théophile lui succéda, et régna douze ans. Il témoigna d'abord un grand zèle pour la justice , et même pour la religion; mais il se déclara bientôt plus ouvertement que son père contre les saintes images (1). Car il ne défendit pas seulement de les honorer, mais d'en faire et d'en garder. On effaça donc encore une fois les peintures des églises pour y représenter des bétes et des oiseaux, on brûla publiquement quantité d'images ; les prisons furent remplies de catholiques, de peintres, de moines, d'évéques. L'empereur en vouloit particulièrement aux moines. 11 leur défendit d'entrer dans les villes, ni de paroîlreà la campagne ; en sorte que, ne pouvant avoir les choses nécessaires à la vie , plusieurs moururent de faim et de misère : d'autres quittèrent leur habit pour sortir , sans toutefois abandonner leur profession ; d'autres enfin tombèrent dans un entier relâchement. Ainsi les monastères devinrent les cimetières des moines qui y denaeuroient morts , ou des logements des séculiers. Cependant il y avoit dans tous les villages des receveurs pour charger d impositions ceux qui ne renonçoient pas aux saintes images (2).
Toutefois, l'empereur Théophile ne put y faire renoncer Théodora, sa femme, ni Théoctista, sa belle-mère (3). Il avoit cinq filles, que leur aïeule appeloit souvent chez elle , leur faisoitde petits présents, et, les prenant en particulier , les exhortoit à résister courageusement à l'hérésie de leur père, et honorer toujours les saintes images. En disant cela , elle prenoitles siennes, qu'elle gardoit dans un coffre, les portoit à son visage elles baisoit. L'empereur demanda un jour à ses filles ce que leur grand-mère leur avoit donné, et quelles caresses elle leur avoit faites. La plus jeune, nommée Pulchérie, raconta tout, nomma lesfruits dont ellelesavoit régalées, puisajouta: Elle a dans son coffre quantité de poupées qu'elle met sur sa tête, et les baise. L'empereur comprit bien ce que c'étoit, et en fut fort irrité, mais il n'osa le témoigner, par le respect qu'il portoit à sa belle-mère , et la crainte de ses reproches. Car elle lui parloit avec liberté, le reprenoit publiquement de la persécution qu'il faisoit aux catholiques, et étoit presque la seule qui osât lui dire combien il étoit haï de tout le monde. Il se contenta donc d'empêcher que ses filles n'allassent si souvent chez elle.
(1) Post.Theoph. lib. ii, c?) Vil. S. Jean. 4 nov. n. 28, lib. m, n. i, etc. 10. c. 47.
(3) Post. Theoph. n. 5.
Il avoit un petit homme ridicule , nommé Denderis , qui le diverlissoit par ses folies. Etant entré dans la chambre de l'impératrice Théodora, il la trouva qui baisoit les saintes images , et les portoit à s(»s yeux par dévotion. Il lui demanda ce que c'étoit, et s'approcha pour les voir. Ce sont, dit-elle, mes bc^lles poupées. Aussitôt Denderis alla trouver l'empereur, qui étoit à table et qui lui demanda d'où il venoit. Il dit qu'il venoit de chez sa maman, car il nommoil ainsi l'impératrice, et qu il l'avoit vue tirer de belles poupées de derrière son chevet. L'empereur l entendit , et , sitôt qu'il fut sorti de table, il alla chez l'impératrice fort en colère, lui dit beaucoup d'injures , l'appela idolâtre, et lui rapporta le discours de son fou. Seigneur, dit-elle , ce n'est pas ce que vous pensez : c'est que je me regardois à mon miroir avec mes femmes , et il a vu dedans nos images. Elle apaisa ainsi l'empereur, et fit ensuite bien fouetter Denderis, pour lui apprendre à ne plus parler des belles poupées.
11 se trouva des catholiques qui résistèrent courageusement à l'empereur pour la défense des saintes images , entre autres les moines du monastère de Saint-Abraham (1). llsluimontroient par les pères, comme saint Denis, saint Hiérothée, saint Irénée, que la vie monastique n'est pas une invenliou nouvelle; et, pour prouver que les images étoient reçues dès le temps des apôtres, ils rapportoient le portrait de la Sainte-A ierge, fait par saint Luc, et l'image miraculeuse de Jésus-Christ , qu'il avoit lui-même imprimée sur un linge ; car ces faits n étoient pas contestés alors. L'empereur, irrité de leur liberté , les chassa de Constantinople, après leur avoir fait souffrir plusieurs tourments. Ils se retirèrent près le Pont- Euxin , et y moururent de coups de fouet qu'ils a voient reçus. Leurs corps demeurèrent longtemps sans sépulture ; mais ils se conservèrent , et depuis ou les honora comme des reliques de martyrs.
L'empereur Théophile persécutoit surtout les peintres qui faisoient les images (2). 11 attaqua donc un moine, nommé Lazare , qui étoit alors célèbre en cet art ; ne l'ayant pu gagner par caresses ni par menaces, il le fit déchirer à coups de fouet , en sorte que la chair lomboit avec le sang , et que l'on ne croyoit pas qu'il en put guérir. Toutefois, s'étant un peu remis dans la prison , il recommença à peindre des saints: ce que l'empereur ayant appris, il lui lit brûler le dedans des mains avec des lames de fer rouges, et on le laissa demimort. Enfin, à la prière de 1 impératrice et d'autres personnes de crédit , il sortit de prison , et se relira à l'église de Saint-Jean-Phobéros, où il se cacha. Là , nonobstant ses plaies , il peignit une image de saint Jean , que