‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 487 sur 2407 · XXX. Epreuves superstitieuses · texte numérisé non relu

XXX. Epreuves superstitieuses

Après la tenue des quatre conciles de Mayence, de Paris, de Lyon et de Toulouse, et la même année huit cent vingt-neuf, on tint à Wormes un parlement, que l'on compte aussi entre les conciles, et on y rapporte un Ciipitulaire de plusieurs articles, dont le plus considérable est celui qui défend 1 examen ou épreuve

Vers le même temps , et l'an huit cent vingtneuf, l'empereur Louis reçut des ambassadeurs des Suéones ou Suédois, 'qui entre autres affaires dont ils étoient chargées, lui déclarèrent que plusieurs personnes de leur nation désiroient embrasser la religion chrétienne ; le priant d'envoyer des prêtres pour les instruire, et assurant que leur roi étoit disposé à le permettre (:J). L'em[)erenr ravi de cette proposition , cluTcha (lui il pourroit envoyer pour en reconnoîlre la vérité, et demanda à >ala, abbé de Corbie, si quelqu'un de ses moines voudroit aller en Suède, principalement Anscaire , qui étoit déjà auprès d'ilériold, roi de Danemarck. Onlelit venir àlacour ; et, comme lise douta du sujet, il se souvint d'une vision qu'il avoit eue étant à Corbie, où il avoit reçu ordre d'aller prêcher au\ païens (4). Etant donc arrivé devant l'emjxTeur, il accepta la commission; l'abbé Vala lui donna pour compagnon Yitmar, moine deCorbie, et députa Gislemar pour demeurer auprès du roi Ilériold à la place d'Anscaire.

(1) Tom. 1, p. 66, Judœi Superstit.

de

(î) MareNevochim. parle I, C. 1. 2, etc., 35, 46.

(1) Tom. 7, Conc. p.

166y. Ibid. p. lâS.i. Capil.

tom. 1, p. 602. C. 12, p.

668, V. Sup. 9, V. Coint.

an. 82y, n. U6, etc. Ma-

bili. tom. 1, Anal. p. i7.

^ {2) Tom. l,p. 301.

(3 Vila S. Anscli. n. 1.' Acta SS. lien. to.

(i) Sup. n. 7.

Anscaire et Vitmar s'embarquèrent pour passer en Suède ; mais environ à mi-chemin ils rencontrèrent des pirates qui , malgré la résistance des marchands qui les conduisoient , prirent leurs vaisseaux et tout ce qu'ils avoient, en sorte qu'à peine purent-ils gagner la terre et se sauver à pied. En cette occasion , ils perdirent les présents de l'empereur et environ quarante volumes qu'ils avoient rassemblés pour le service de Dieu , il ne leur resta que le pi^u qu'ils purent emporter en descendant du vaisseau. Quelques-uns étoient d'avis de retourner, mais Anscaire ne put s'y résoudre , et , s'abandonnant à la Providence , il passa outre.

Ils firent donc à pied un très-long chemin avec une extrême difhculté , passant de temps en temps en barque quelques bras de mer. Enfin, ils arrivèrent à IJirque ou Biorc, qui étoit alors la capitale et le port du royaume de Suède, dans une île à deux journées d'Upsal, vers l(î lieu où est Stockholm, car cette ancienne ville ne subsiste plus (1 ). Le roi, nommé Bern ou Biorn , ayant appris des ambassadeurs qu'il avoit envoyés en France le sujet de la venue des missionnaires, les reçut favorablement; TafTaire fut examinée dans son conseil , et on leur accorda tout d'une voix la permission de demeurer dans le pays et d'y prêcher l'Evangile; ce qu'ils commencèrent à faire avec succès. Plusieurschrètiens captifs avoient bien de la joie de pouvoir enfin participer aux saints mystères, et on reconnut la vérité de tout ce que les ambassadeurs de Suède avoient dit à l'empereur Louis. Quelques Suédois demandèrent et reçurent le baptême, entre autres Hérigaire, gouverneur de la ville, et fort chéri du roi. Ce seigneur fit bâtir une église dans son héritage, s'exerça sérieusement à la piété , et persévéra très-constamment dans la foi.

Anscaire et Vitmar, ayant demeure six mois en Suède, revinrent en France avec des lettres écrites de la main du roi , suivant l'usage delà nation , et racontèrent à l'empereur Louis les grâces que Dieu leur avoit faites, et comment il leur avoit ouvert la porte pour la conversion de§ païens. L'empereur en fut ravi , et songea comment il pourroit établir un siège épiscopal à celte frontière de son empire, pour faciliter et affermir ces conversions. Alors, quelques-uns de ses fidèles serviteurs lui représentèrent que l'empereur Charles, son père, ayant dompté la Saxe , et y fondant des évêchés, avoit réservé 1 extrémité de la province au nord de 1 Elbe pour y établir dans la suite un siège archiépiscopal , doù 1 on pût étendre la foi chez les païens (2). Charlemagne y fit consacrer une église par un évêque de Caule; et y mit un prêtre, nommé Héridac, indépendant des évêques voisins; il vouloit

(1) Heml. Chr. Elau. lib. Baudrand Lex. I, c. 8. Adam. I. i, c. 16. (2; Sup. liv. XLV, n. 28.

même le faire ordonner évêque , mais la mort le prévint.

L'empereur Louis, son successeur, sans faire assez d'attention à ce dessein, à la sollicitation de quelques personnes , partagea celte province d'outre l'Elbe entre les deux évêques voisins, Villeric de Brème et Héligaud de Yerden. Mais alors, connoissant l'intention de son père , et voyant le progrès de la foi chez les Danois et les Suédois , du consentement des évêques et d'un concile nombreux , il établit à Hambourg un siège archiépiscopal , à qui seroit soumise toute l'église de JNortalbinges c'est-à-dire des peuples qui étoient au nord de l'Elbe, et tout le reste des pays septentrionaux pour y envoyer des évêques et des prêtres. li fit donc consacrer solennellement Anscaire archevêque, parles mains de Drogon, évêque de Metz, en présence de trois archevêques, Ebbon de Beims, Heftide Trêves, Otgarde Mayeuce et de plusieurs autres évêques , même de ceux de VerdenetdeBrême,qui prirent part à cette consécration , pour preuve de leur consentement. C'étoit l'an huit cent trente, et saint Anscaire, étoit âgé de trente ans. Drogon étoit frère de l'empereur Louis , fils de Charlemagne , et d'une de ses dernières femmes; ilétoit évêque de Metz depuis l'an huit cent vingt-six, et lorsqu'il sacra saint Anscaire il étoit archichapelain du palais, et en cette qualité précédoit les archevêques (1). Comme le nouveau diocèse de Hambourg étoit petit et exposé aux courses des barbares, l'empereur y unit un monastère de Gaule, nommé Turholt, à présent en Flandres; et, pour assurer davantage l'érection du siège de Hambourg, il envoya saint Anscaire à Borne avec deux évêques et un comte , demander la contirmation du pape Grégoire.

Ebbon, archevêque de Beims, n'abandonnoit pas la mission de Danemarck, qu'il avoit commencée, et il se fit nommer à Bome légat des pays septentrionaux avec Anscaire (2). Ensuite, conférant ensemble de cette légation, ils jugèrent nécessaire qu'il y eût un évêque qui résidât en Suède. Ainsi , du consentement de l'empereur, Ebbon choisit un de ses parents , nommé Gausbert, qu'il fit ordonner évêque, lui donnant abondamment, tant du sien que de la libéralité de l'empereur, tout ce qui étoit nécessaire pour le service de l'Eglise, et l'envoya son vicaire en Suède , pour exercer la légation qu'il avoit reçue du saint-siège. Ebbon lui fit donner par l'empereur le monastère que lui-même avoit fondé à Vedel , comme un lieu de rafraîchissement. Gausbert fut nommé Simon à son ordination , à l'exemple de quelques autres évêques , comme saint Yillibrod et saint Boniface; et, étant arrivé en Suède, il fut reçu avec honneur par le roi et par le peuple, et commença à bâtir une église et à prêcher publiquement l'Evangile , en sorte que

ïi

(1) Coint. an. 830.

(2) Sup. liv. XLVi, n. 50# Vita S. Aosc. c. 21,

Page 1