XLVII. Saint Saidbert de Frise
Pendant la vacance du siège de Cantorbéry, saint Suidbert fut ordonné évêque pour la Frise, où il avoit été envoyé par saint Egbert. Celui-ci éloit un noble anglois, qui se retira en Irlande, et y embrassa la vie monastique (2). Etant prêtre et plein d'un grand zèle , il entreprit, l'an six cent quatre-vingtsix, de passer en Frise pour travailler à la conversion des Germains, dont les Anglois tiroient leur oriiiine. Quoiqu'il en fut détourné par des songes, qu'il croyoit venir de Dieu, il ne laissa pas de s'embarquer; mais, ayant pensé faire naufrage dès le port, il abandonna l'entreprise, et travailla utilement à la réunion des Irlandois schismatiques (3). Un de ses compagnons, nommé \ icbert , qui avoit aussi demeuré long-temps en Hibernie, menant la vie d'anachorète dans une grande perfection , s'embarqua , passa en Frise , et pendant deux ans de suite prêcha l'Évangile à cette nation et à son roi Ralbod ; mais , voyant qu'il n'y faisoit aucun fruit, il revint en Hibernie servir Dieu en silenre, et profiter au moins aux siens par son exemple.
Saint Egbert, voyant qu'il n'avoit pu passer en Frise et que Y icbert n'y avoit rien fait , essaya d'y envoyer encore des hommes zélés et vertueux. Il en choisit douze , dont le principal éloit Villebrod, Anglois, néenNorthumbre vers l'an six cent cinquante-huit (4). Dès l'âge de six ou sept ans , son père le mit dans l'abbaye de Ripon, où il fut élevé sous la conduite de saint Vilfrid et y embrassa la vie monastique. A l'âge de vingt ans, et vers l'an six cent soixante dix-huit, il en sortit du consentement de son abbé, pour aller en Irlande se perfectionner auprès de saint Egbert (5). Il étoit prêtre, et âgé de trente-trois ans , quand il fut envoyé en Frise par ce saint qui vécut jusqu'à l'an sept cent vingt-neuf, et mourut âgé de quatre-vingt-dix ans , le vingt-quatrième d'avril : jour auquel l'Eglise honore sa mémoire (6). Les douze missionnaires étant arrivés en Frise l'an six cent quatre-vingt-dix, furent très-bien reçus par Pépin, duc des François, et maire du palais, surnommé de Héristal. Il venoit de conquérir sur Ratbod la Frise citèrieure , entre le Rhin et la Meuse ; c'est pourquoi il les
(1) Anast. in Scrg.
C2) T. 3, Act. 487, Ben.
v, Hist. c. 10.
(3) Ben. v, c. 10, 23.
fi) Vila per Alcuin. t. 3, Act. B. p. 005.
(5) Ben. V, Hist. c. 12.
(6) Martyr. R. 24 ap.
y envoya prêcher, et leur donna sa protection, défendant de leur faire aucun déplaisir, et faisant des grâces à ceux qui embrassoient la foi : ce qui produisit en peu de temps la conversion d'un grand nombre d'idolâtres.
Alors les missionnaires choisirent Suidbert, Tun d'entre eux , pour être ordonné évêque. Avant que de venir en Frise, il étoit prêtre et abbé du monastère de Dacor, sur les confins de l'Ecosse. Ils le renvoyèrent en Angleterre, où il trouva le siège de Cantorbéry vacant dans l'mtervalle entre la mort de saint Théodore et l'ordination de Britoualde , c'est-à-dire l'an six cent quatre-vingt-douze. Saint Suidberts'adressa donc àsaint Vilfrid, archevêque d'York, alors exilé dans le pays des Merciens, qui l'ordonna évêque. A son retour en Germanie, il passa chez les Bructéres ouBoructuaires, peuples des environs de Cologne, et en convertit plusieurs. Mais peu de temps après, ces peuples ayant été défaits par les Saxons, les nouveaux chrétiens se dispersèrent de toutes parts, et saint Suidbert alla trouver Pépin, qui, à la recommandation de sa femme Plectrude , lui donna pour se retirer une île dans le Rhin , où il bâtit un monastère, nommé Verden , et ensuite Keisersvert, c'est-à-dire l'ile de l'empereiir. Saint Suidbert y mourut l'an sept cent treize, et l'Eglise honore sa mémoire le premier jour de mars (1).
Saint Vilfrid ayant été rétabli dans son siège, les anciens prétextes de querelles se renouvelèrent, en sorte qu'il étoit tantôt bien, tantôt mal avec le roi Alfrid (2). On vouloit priver le monastère de Ripon de ses terres et de ses domaines; on vouloit en faire un siège épiscopal, au préjudice de la liberté accordée par le pape Agathon ; enfin, on vouloit que le saint évêque se soumît aux règlements que l'archevêque Théodore avoit faits pendant leur division. Saint Vilfrid, ne pouvant céder en tous ces points à la volonté du roi , fut encore chassé de Northumbre au bout de cinq ans, c'est-àdire en six cent quatre-vingt-dix-sept, et se retira chez son ami Ethelred, roi des Merciens , qui le reçut avec grand honneur, et lui donna l'évêché de Lichfeld , vacant par la mort de Sexulfe.
tenus, dans l'an après la mort de révéoue de représenter à son successeur leurs lettres d allranchissement, sous peine d'être remis en servitude ; mais il faut que l'évêque les a ver" tisse de le faire, pour ne pas donner lieu aux vexations. Le dernier canon est le plus remarquable , et porte que les veuves des rois non-seulement ne pourront se remarier, comme a avoit déjà été ordonné au troisième concile de I olede, mais seront obligées à prendre Phabilde religieuses , et à s'enfermer dans un monastère pour le reste de leur vie (1). La raison du concile est le manque de respect , et même les insultes auxquelles elles s'exposoient en demeurant dans le monde.