‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 502 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-SEPTIEME

(1) Elm. c. 9, p. 140.

(2) Sup. liv. XLV, n. 56.

Eulych. p. 440.

(3 £lmac. p. 140. Cbr.

Or. p. 109.

(4) Eutych. p. 428.

(5) Vitaap. Sup. 20 dec.

mena à l'audience de l'empereur. Comme tout le monde savoit le sujet pour lequel on nous amenoit, nous n'entendions que des menaces. Obéissez au plus tôt à l'empereur, disoienl les uns; d'autres, Le démon les possède, et des discours encore pires. Environ la dixième heure, c'est-à-dire quatre heures après midi , nous entrâmes dans îa salle dorée , le gouverneur marchant devant nous : il se relira , et nous laissa en présence de l'empereur, qui nous parut terrible et animé de colère. Après que nous l'eûmes salué, il nous dit d'un ton rude d'approcher plus près , puis il nous demanda le pays de notre naissance. C'est , dîmes-nous, le pays des Méabites. 11 ajouta : Qu'ètes-vous venus faire ici ? Et, sans attendre notre rèpimse, il commanda qu'on nous frappât au visage. On nous donna tant et de si grands coups, que nous tombâmes à terre tout étourdis; et si je n'eusse pris celui qui me frappoit par le devant de sa tunique, il m'auroit aussitôt jeté sur le marche-pied de l'empereur. Mais je me lins ferme, jusqu'à ce qu'il lit cesser de nous frapper.

Il nous demanda encore pourquoi nous étions venus à Constantinoph^ voulant dire que nous n'y devions pas venir si nous ne voulions embrasser sa créance. El comme nous baissions les yeux sans dire mot , il se tourna vers un officier qui étoit proche, et lui dit d'une voix rude et regardant de travers : Prenez-les, écrivez sur leur visage ces vers iambiques , et mettez-les entre les mains de deux Sarrasins pour les emmener en leur pays. Un nommé (>hristodule, qui avoit composé ces vers, étoit là et les tenoit. L'empereur lui ordonna de les lire, et ajouta: Ne te mets pas en peine s'ils sont beaux ou non. Un des assistants dit ; Ces gens-ci , seigneur , n'en méritent pas de plus beaux. 11 y avoit douze vers, dont le sens étoit : Ceux-ci ont paru à Jérusalem comme des vaisseaux d'iniquité, pleins d'une erreur superstitieuse , et ont été chassés pour leurs crimes : s'en étant fuis à Constantinople, ils n'ont point quitté leur impiété (1). C'est pourquoi ils en sont encore bannis, étant inscrits sur le visage, comme des malfaiteurs,

Saint Théodore continue ainsi son récit : Après la lecture de ces vers, l'empereur nous fit ramener au prétoire ; mais à peine y fûmesnous entrés qu'on nous ramena en grande hàtt; devant l'empereur, qui nous dit : Vous direz sans doute, quand vous serez partis, que vous vous êtes moqués de moi; et moi je veux me moquer de vous avant que de vous renvoyer. Alors il nous fit dépouiller et fouetter, commençant par moi. L'empereur crioit toujours, pour animer ceux qui me frappoient, et je disois cependant : Nous n'avons rien fait contre votre majesté, seigneur; ayez pitié de moi, Sainte-Vierge, venez à notre secours. Mon frère fut ensuite traité de même; et après qu'on

(1) Post. Theoph. p. 60.

nous eut déchirés de coups , l'empereur nous fit sortir.

Mais aussitôt on nous fit revenir; et un receveur nous demanda de la part de fempereur : Pourquoi vous ètes-vous réjouis de la mort de Léon , et n'avez- vous pas embrassé la même créance que lui ? Nous répondîmes : Nous ne nous sommes point réjouis de la mort de Léon : nous ne sommes pas venus vers lui, et nous ne pouvons pas changer notre créance, comme vous qui la changez selon le temps. Le receveur ajouta: N'êtes-vous pas venus sous le règne de Léon ? Non , dîmes-nous , mais sous le prédécesseur de fempereur, c'est-à-dire sous Michel le bègue. Nous revînmes au prétoire, et quatre jours après on nous présenta au préfet qui, après plusieurs menaces, nous ordonna d'obéir à l'empenmr. Nous dîmes que nous étions prêts à soufTrir mille morts plutôt que de communiquer avec les hérétiques. Le préfet revint aux caresses , et nous dit : Communiquez seulement une fois , on ne vous demande pas davantage; j'irai avec vous a l'église, allez ensuite où il vous plaira. Je lui dis en souriant : Seigneur , c'est comme qui diroit à un homme : Je ne vous demande autre chose que de vous couper la tête une seule fois, après quoi vous irez où vous voudrez. On renverseroit plutôt le ciel et la terre que de nous faire abandonner la vraie religion. Alors il ordonna qu'on nous marquât au visage , et quoique les plaies des coups de fouet fussent encore enflammées et fort douloureuses, on nous étendit sur des bancs pour nous piquer le visage en y écrivant les vers. L'opération fut longue, et, le jour venant à manquer, il fallutcesser. Nous dîmes en sortant : Sachez que cette inscription nous fera ouvrir la porte du paradis, et qu'elle vous sera montrée en présence de Jésus-Christ. Car on n'a jamais rien fait de semblable , et vous faites paroître doux tous les autres persécuteurs. C'est ainsi que Théodore parloit dans sa lettre.

Après que iui et son frère eurent été ainsi traités, on les remit en prison, le visage encore sanglant ; puis, à la persuasion du patriarche Jean , on les envoya en exil à Apamée en Bithynie, où Théodore mourut, quelque temps après; de vieillesse et de maladie ; et comme fempereur avoit défendu de leur donner la sépulture, son frère Théophane conserva le corps dans un coffre de bois, et lit des hymnes à sa louange, car il étoit poète fameux pour le temps (1). Michel, syncelle de fèghse de Jérusalem, fut aussi arrêté, et tenu long-temps en prison avec plusieurs autres moines.

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