LIVRE QUARANTE-SEPTIÈME
en convertissoit par la force et la douceur de son esprit , et sa profonde connoissance des Ecritures. On en parla à l'erapereur Théophile, qui le fit venir . et lui dit : Après ce que vous avez souffert ne cesserez-vous jamais d'exciter des troubles par de vaines disputes , pour un sujet aussi léger que les images ? Méthodius lui répondit : Si les images sont si méprisables , pourquoi n'ôtez-vous pas les vôtres avec celles de Jésus-Christ, pour être glorifié avec lui, au lieu de les multiplier et les relever tous les jours comme vous faites? Car on honoroit toujours les images des empereurs. Théophile, irrité de ce discours, le fit attacher à des courroies , nu jusqu'à la ceinture , et lui fil donner devant et derrière six cents coups de fouet (1). Comme il étoit demi-mort, et tout en sang, il le fit descendre par un trou dans une cave du palais , d'où quelques personnes pieuses le tirèrent la nuit, et le firent panser. ]\Iais l'empereur confisqua la maison où on l'avoit relire. Toutefois, voyant qu'il ne pouvoit rien gagner sur Méthodius par la violence , il voulut essayer la douceur , et, l'ayant fait venir , il conféroit amiablement avec lui, et témoignoit prendre plaisir à lui voir résoudre les objections tirées de l'Ecriture. Enfin il lui ordonna de loger dans le palais avec ses officiers ; ce qui donna occasion à Méthodius d'en désabuser plusieurs , et les plus confidents de l'empereur, et de l'adoucir lui-même; en sorte qu'il n'avoil plus tant d'aversion pour les calholiciues , ni tant de confiance en son opinion. L'empereur , depuis ce temps , avoit toujours Méthodius auprès de lui , et le menoil même à la guerre , tant pour satisfaire sa curiosité , en lui faisant diverses questions, que pour s'assurer de lui (2) . Car, comme il savoit le crédit que Méthodius avoit à Conslanlinople parmi les grands et tous les catholiques, il craignoil qu'eu son absence il n'excitât quelque révolte pour le rétablissement des images.
XLVl. Suite de la mission d'Aiiscaire.
En Occident , saint Anscaire , archevêque de Hambourg , alla à Rome , suivant l'ordre de l'empereur Louis , accompagné des évc^ues Rolade de Soissons , et Bernold ou Bernait de Strasbourg, et d'un comte, nommé Gérold (3). Le pape Grégoire IV leur accorda ce qu'ils demandoient , c'est-à-dire la confirmation du nouvel archevêque de Hambourg ; et déclara Anscaire son légat chez toutes les nations voisines, Suédois, Danois, Sclaves et autres, où Dieu ouvriroit la porte à la prédication de FEvan^^ile; conjointement avec Ebbon, archevêque de Reims , qui avoit été chargé de cette mission par le pape Pascal , environ dix ans aupa-
ravant (1). Le pape ordonna que les successeurs d' Anscaire seroient consacrés au palais de l'empereur , jusqu'à ce que le siège de Hambourg eût des suffragants , etaccorda le pallium à Anscaire et à son église à perpétuité. Tout cela paroit par le décret du pape Grégoire IV. Saint Anscaire, étant revenu en France, fit encore confirmer l'érection de son siège par les lettres de l'empereur Louis , datées d'Aix-la- Chapelle, le quinzième de mai , la vingt-unième année de son règne, indiction douzième, c'està-dire l'an huit cent trente-quatre (2). Ensuite il commença à exercer ses fonctions dans son nouveau diocèse , et attira à la foi beaucoup de païens par l'exemple de sa vertu. Il achetoil les enfants danois ou sclaves, et rachetoit des captifs pour les élever dans le service de Dieu : et il en envoyoit à son monastère deTurholt en Flandres. Des moines de l'ancienne Corbie, qui l'accompagnoient , lui servirent utilement à la propagation de la foi , et il avoit apporte plusieurs reliques de quatre saints évêques de Reims : sans Sixte, sainte Sinnice, saint Maternien et saint Rémi , qu'Ebbon lui avoit données (3). Il mit celles de saint Sixte et de saint Sinnice à Hambourg, et les autres en d'autres lieux de son diocèse.