LIV. Second concile d'Aix-la-Chapelle
L'évéque Aldric assista au parlement, que l'empereur Louis tint au mois de février huit cent trente-six , et qui est compté pour le second concile d'Aix-la-Chapelle (4). Les actes sont divisés en deux parties : la première contient trois chapitres, dont deux servent de réponses aux articles proposés par l'empereur, et montrent quelle doit être la vie et la doctrine des évêques et des ordres inférieurs , savoir , des abbés, des chanoines et des moines, des chorévêques, des archiprêtres, des archidiacres, et enfin des prêtres. Ce s(jnt plutôt des exhortations que des lois, et elles ne contiennent guère que des lieux communs , tirés des anciens canons et des p<Tes. Ce que j'y trouve de remarquable, c'est qu'on se plaint que les évêques négligeoient de faire le jeudisaint la bénédiction de l'huile des malades, et
(1) Tom. 31, Miscell. p.
Ii2, li3.
(2j Gesta. Ep. Cenom.
tom. 3. Aualat. Mabili. p.
AndeJ.-C. 830.]
roflice du soir de la veille de PAques , c'est-àdire la bénédiction des fonts (1). On menace de déposition l'évéque ou autre ecclésiastique qui quittera l'obéissance de l'empereur Louis, violant le serment de fidélité qu'il lui a prêté; et le laïque est menacé d'excommunication. Le troisième chapitre contient des avis pour l'empereur lui-même, ses enfants et ses ministres ; et ce ne sont encore la plupart que des lieux communs. On y remarque toutefois, comme la principale source des désordres, que les princes se sont ingérés dans les affaires ecclésiastiques , et les évêques dans les affaires séculières. On prie l'empereur de rétablir la liberté des évêques, et de leur permettre à eux et aux autres ecclésiastiques de passer en repos le temps du carême. On demande que les prêtres de divers diocèses, qui vont s'établir à la cour, n'y soient point reçus sans le consentement de leurs évêques, de peur que ce ne soient des prêtres criminels ou des imposteurs, qui ne soient pas même prêtres. Dans la conclusion de cette première partie , les évêques insistent sur la distinction des deux puissances , avouant qu'ils ont beaucoup excédé , et que la révolte des enfants de l'empereur a fiiit voir un crime inoui à tous les siècles. C'est pourquoi, ajoutent-ils, nous estimons que le seul moyen de rétablir les choses, est que , laissant jouir les évêques de toute la puissance que Jésus-Christ leur a donnée, vous usiez de toute celle que vous avez comme père et comme empereur.
La seconde partie du concile d'Aix-la-Chapelle est adressée à Pépin , roi d'Aquitaine, pour l'obliger à la restitution des biens ecclésiastiques, que lui et les seigneurs de son royaume avoient usurpés, suivant l'ordre que 1 empereur son père lui en avoit déjà envoyé l'an huit cent trente-quatre (2). Aldric, évéque du Mans, et Erchanrad, évéque de Paris, qui avoient aussi porté , au nom de leurs confrères, une exhortation que nous n'avons plus ; mais en ce concile ils y joignirent plusieurs autorités de l'Ecriture siiinte, comprises en trois livres, où ils traitent à fond la matière des biens ecclésiastiques , et répondent à cette objection des séculiers : Quel mal y a-t-il de nous servir de ces biens dans nos besoins? l^ieu ni les saints ne s'en servent point : tout est à lui , et c'est pour notre usage qu'il a créé tout ce qui est sur la terre. Les évêques montrent donc, par toute la suite des saintes Ecritures, que dès le commencement du monde les saints ont fait à Dieu des sacrifices et des offrandes qui lui ont été agréables ; qu'il a même ordonné par la loi de lui en faire , qu'il a approuvé les vœux par lesquels on lui consacroit des fonds de terre, et a donné aux prêtres tout ce qui lui étoit consacré (3). Qu'il