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LI. Translation de saint Vilus en Saxe

Pendant qu'Hilduin étoit en Saxe , au nouveau monastère de Corbie , il vit le grand désir qu'avoit l'abbé Yarin d'y transférer de France quelque corps saint (4) , pour affermir la religion dans le pays. Il lui promit que si Dieu le rétablissoit dans sa première dignité, il lui donneroit quelqu'un de ceux qui étoient en son pouvoir. Peu de jours après, Hilduin rentra dans les bonnes grâces de l'empereur Louis, qui donna aussi à Varin, abbé de Corbie, le monastère de Rebais, au diocèse de Meaux. Alors il pria Hilduin de lui donner le corps de saint Yitus, que Fulrad, abbé de

(1) Tom. 7, Conc. p.

(2) Sup. Uv. xLin, n. 13.

(5) Ap. Sur. 9 cet. to. 5,

p. 725. Sup. Hv. I, n. 36; LUI, n. 22, 58. Sup. liV xxxni, n. 33.

(1) Sur. to. 5, p. 716.

(2) Sup. liv. VI, n. i9.

loter. Op. S. Dion.

3) Sirmond de duob.

Dionys. Lanuoi de Diou.

Tillemont, to. 2, p. 133, 565; to. i, p. 442, 712.

(4; Transi. S. Viti. n. 13, to. 5, Act. p. 532.

Saint-Denis, avoit apporté en France du temps du roi Pépin , à son retour de Rome , apparemment en sept cent cinquante-six. On dit que Yitus étoit un enfant de douze ans , qui souffrit le martyre dans la Lucanie, avec Modeste et Crescentia, sous l'empereur Dioclétien, et l'Eglise les honore tous trois le quinzième de juin (1). Fulrad ayant donc apporté le corps de saint Yitus , le laissa à un de ses parents, qui lui Gt bâtir une église dans sa terre, et donna le tout ensuite à labbaye de Saint- Denis.

Hilduin donna cette relique à Yarin , du consentement de lempereur Louis , de l'évêque de Paris et des nobles du diocèse. La délivrance s'en fit solennellement dans l'église de Saint- Denis , le dimanche , dix-neuvième de mars huit cent trente-six. Le corps saint fut porté premièrement à Rebais , à Sainte-Croix , aujourd'hui Sainl-Faron de Meaux , et en plusieurs autres lieux ; enfin , il arriva en Saxe à la nouvelle Corbie, le treizième de juin , ayant fait pendant ce voyage plus de quarante miracles qui sont spécifiés , avec les noms des personnes et des lieux dans l'histoire de cette translation, dont l'auteur étoit présent. Le concours du peuple y fut si grand , qu'à un mille et plus autour du monastère la campagne étoit couverte de tentes, des personnes nobles de l'un et de l'autre sexe qui s'y étoient rendues de toutes les parties de la Saxe. Et toutefois, dans une si grande multitude, on n'entendoit ni parole déshonnéte , ni raillerie ou badinage, on louoit Dieu jour et nuit; les hommes et les femmes, faisant des chœurs séparés , veilloient autour de l'église , répétant souvent Kyrie eleison. Ainsi se passa la nuit de la veille et le jour de la fête-, et comme il s'y fit encore plusieurs autres miracles, le bruit s'en étant répandu , on y accourut de tout le pays , riches et pauvres , sains et malades , en sorte qu'il sembloit que personne ne fut demeuré dans les maisons. Telle étoit la dévotion de la Saxe nouvellement chrétienne.

LU Translation de saint Liboire.

Dans le même temps, Badurade, second évêque de Paderhorn , dans le diocèse duquel étoit la nouvelle Corbie , travailla aussi à enrichir son église de quelque relique insigne (2). Il voyoit la difficulté de détacher de ses anciennes superstitions ce peuple grossier, qui ne croyoit point ce que les personnes doctes lui disoient de la puissance divine , à moins qu'il n'en vît des effets devant ses yeux , et n'en reçût des bienfaits sensibles , comme les guérisons miraculeuses qui se faisoient ordinairement parles corps saints. Il ordonna donc un jeûne, et fit une procession avec son peuple ;

1(1) Sup. xuii, n. 17.

Bal!.15juin, to.20,p. 1013.

Tillemont, to. 1, p. 129.

(2) Translat. S. Libor. C 7,Ap.Sur.23jul.p.345.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

An d«J.-G. 8301

après quoi Dieu lui inspira d'envoyer en France, à la ville du Mans, demander des reliques à l'évéque, qui étoit alors Aldric. Radurade obtint pour cet effet des lettres de T empereur Louis , et envoya une députation de clercs et de laïques , dont le chef étoit un prêtre nommé Ido,qui lit une courte relation de ce voyage.

Ces députés de Paderborn arrivèrent au Mans l'an trois cent quatre-vingt-six , indiction quatorzième , le vingt-huit d'avril. L'é véque Aldric les reçut favorablenient , et leur accorda ce qu'ils demandoient. Pour l'exécution , il assembla dès le lendemain son clergé avec David, son chorévéque, et proposa de donner aux députés le corps de saint Liboirc, quatrième évéque du Mans , qui gouverna cette église quarante-neuf ans, depuis le grand Constantin jusqu'à Valenlinien , et fut enterré par saint Martin (1). Aldric trouva d'abord de la résistance à sa proposition ; mais enOn, ayant obtenu le consentement de rassemblée , il marcha avec son clergé et les députés, à l'église des douze Apôtres, bâtie hors la ville, par saint Julien, premier évéque du Mans, qui y étoit enterré avec ses premiers successeurs. On en tira le corps de saint Liboire, que les députés emp()rtèrent ; il fut reçu avec solennité partout où il passa , à Chartres , par l'évéque Rernouin ; à Paris , par Ercanrad , et cette translation fut accompagnée de grand nombre de miracles. Enfin , ils arrivèrent à Paderborn le jour de la Pentecôte , qui , cette année huit cent trentesix , étoit le vingt-huit de mai.

Lin. Saint Aldric du Mans.

Aldric , évéque du Mans , étoit de la première noblesse des Francs , tirant aussi son origine en partie des Saxons , des Allemands et desRavarois. A l'Age de douze ans , son père le mena à la cour, et le recommanda à Charlemagne et à son lils Louis, à qui il se rendit très-agréable, et à toute la cour (2). Après avoir servi le prince pendant le jour, il veilloit pendant la nuit pour prier secrètement et chanter des psaumes dans l'église de ^Otre- Dame d'Aix-la-Chapelle. Un jour , comme il prioit à son ordinaire , ayant atteint l'âge de puberté, il se sentit inspiré de quitter le monde pour se donner entièrement au service de Dieu. Mais , craignant que ce ne fût une tentation, il pria Dieu pendant six mois de lui faire connoître sa volonté; et'; au bout de ce terme, se trouvant fortifié dans son dessein , il demanda au roi la permission de se retirer , et , l'ayant obtenue à peine , il s'en alla à Metz avec une pension du roi pour lui et pour deux clercs.

Il fut trè^bien reçu par l'évéque et le clergé de Metz : et on lui donna solennellement l'ha-

(t) Gesta Episc. Cenom. (2) G esta, to. 3, Miscell. îdabill. to. 3, Anal. p. 60. Baluz. Boli. to. 1, p. 3»7.

bit clérical. Il apprit le chant romain , la grammaire et la suite de l'Ecriture sainte ; puis au bout de deux ans, l'évéque, qui étoit Gondulfe , l'ordonna diacre dans l'église de Saint- Etienne. Trois ans après il fut ordonné prélro par Drogon : ensuite par le choix du clergé il fut chantre, chargé du soin des écoles, et enfin primicier, ayant inspection sur tout le clergé de la ville , et du diocèse , et des monastères. L'empereur I^uis , sur sa réputation, le fit venir à la cour malgré lui , et le prit pour son confesseur. Il y demeura quatre mois, après lesquels Francon, évéque du Mans, étant mort, Landran , archevêque de Tours, Roricon, comte du Mans, et tous les nobles du di(»cése, avec le clergé et le peuple, élurent Aldric pour leur évckjue. L'empereur y consentit, Drogon donna ses dimissoires, adressés tant à l'archevêque de Tours qu'à rév(k|ue élu, qui étoit prêtre de son église (1) ; ainsi il fut cou- Siicré solennellement dans l'église cathédrale du Mans, par Landran, son métropolitain, et les évéques de la province, le dimanche vingtd(»uxiènie de décembre huit cent trente-deux, étant âgé de trente-deux ans, et tint ce siège pi'ndant vingt-quatre ans. Le troisième jour après son ordination, l'empereur arriva au Mans, et y passa la fête de JNoël (2). Dès la première année de son pontificat, Aldric lil conduire de l'eau dans la ville du Mans, où elle étoit fort chère, parce qu il faHoit l'ap- |K)rter de la rivière de Sarthe.lji même année, il commença à fainî biUir un cloître pour les chanoines, qui, étant dispcTsés parla ville, ne pouvoient commodément assister aux offices divins. 11 fonda ou rétablit plusieurs monastères, et justiu'à sept hôpit;mx (3).

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