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LVI. Louis protège l'église romaine

Après que Lothaire fut guéri de sa maladie, l'empereur, son père, apprit qu'au préjudice de ses serments, ses gens traitoient cruellement ceux de l'église de Saint-Pierre de Rome. Malgré sa douceur naturelle , il en fut tellement irrité, qu'il envoya des députés extraordinaires, sans leur donner presque le temps de faire le voyage, avec ordre de dire à Lothaire (4) : Souvenez-vous que, quand je vous ai donné le royaume d'Italie, je vous ai recommandé d'avoir soin de la sainte église romaine ; et vous la devez défendre de ses ennemis, loin de la laisser piller par vos gens. Faites-moi aussi préparer des vivres et des logements sur tout le chemin de Rome ; car je veux aller visiter les tombeaux des apôtres

(1) Mabill. p. 455. Coint.

(2) Astron.

(3) Aslronom. Sup. n. 46,

(4) Astron.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

Une irruption des Normands dans la Frise empêcha l'empereur Louis d'accomplir ce voyage; et c'est à cette incursion que l'on rapporte le martyre de saint Libert, disciple de saint Rumol, honoré à Malincs le quatorzième de juillet. L'empereur renvoya donc en Italie Foulques , abbé de Fonlenelle , avec un comte, nommé Richard, pour rapporter la réponse de Lothaire, et Adrevalde, abbé de Flaix, pour consulter le pape sur quelques affaires (1 ). On devoit aussi solliciter Lothaire sur la restitulion des biens situés en Italie, et appartenants aux églises de France, que ses gens avoient usurpés. 11 accorda une partie de ce qu'on lui demandoit, et s'excusa du reste, sur l'impossibilité de l'exécution. Adrevalde étant arrivé à Rome, trouva le pape malade ; mais il fut tellement consolé de l'amitié que lui témoignoit l'empereur, qu'il ne sentoit presque plus son mal. Il traita magniliquement Adrevalde, et le renvoya chargé de riches présents, et avec lui Pierre, évéque de Centumcelles, et George, évéque régionnaire de Rome , c'est-à-dire suffragant du pape. Mais Lothaire, ayant appris que ces deux évéques alloient trouver 1 empereur, son père, envoya à Bologne Léon, qui avoit grand crédit auprès de lui , et qui les intimida tellement , qu'il les empêcha de passer outre. Adrevalde sauva la lettre du pape à l'empereur, et l'envoya par un des siens, déguisé en mendiant.

LVn. Louis louché d'une coméle.

Pâques fut le premier d'avril , en huit cent trente-sept, et, au milieu delà semaine, il parut dans le signe de la Vierge une comète qui, au bout de vingt-cinq jours, disparut dans la tète du Taureau (2). L'empereur Louis, très-curieux de ces phénomènes, appela, avant que de se coucher , 1 astronome qui a écrit sa vie, et lui demanda ce qui lui sembloit de celle comète. L'astronome promit de lui en rendre compte le lendemain ; et l'empiTeur jugea , comme il étoit vrai , qu'il vouloit gagner du temps pour nelui pas fa ire une réponse fâcheuse. Je sais, lui dit-il, que je ne vis pas hier au soir cette étoile , et que c'est une coméle, dont nous avons parlé ces jours passés. Dites-moi ce que vous croyez qu'elle signifle? L'astronome ayant dit une partie de ce qu'il pensoit, et dissimulé le reste : Il y a encore , dit l'empereur , une chose que vous cachez. Car on dit que ce prodige signifie un changement de rè"^ne et la mort d'un prince. L'astronome lui cita le passage du prophète , qui dit (3) : Ne craignez point les signes du ciel qui épouvantent les gentils. L'empereur répondit : Nous ne devons craindre que notre Créateur , qui a fait aussi cet astre ; mais nous ne pouvons

[ An de J.-C. 837.

assez admirer sa bonté de nous avertir par de tels signes, pour nous excitera pénitence, malgré notre lâcheté. Après avoir lait retirer tout le monde , il passa la nuit en prières sans dormir, et, le matin , il appela ses officiers, et ordonna de distribuer le plus qu'il se pourroit d'aumônes aux pauvres , aux moines et aux chanoines , et fit célébrer des messes par autant de prêtres qu'il put, craignant moins pour lui que pour l'Eglise, dont il avoit la protection. Une autre comète parut le premier janvier de l'année suivante huit cent trentehuit , dans le signe du scorpion ; et l'on crut qu'elle avoit annoncé la mort du roi Pépin , qui suivit de près.

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