LIX. Portrait de Louis
Ce prince étoit de taille médiocre , les yeux grands , le nez long , les épaules larges , les
bras forts ; en sorte que personne ne manioit mieux un arcou une lance (i). Il avoit la voix mâle , parloit le latin comme sa langue naturelle, et entendoit le grec. Il avoit appris en sa jeunesse des poésies païennes , mais depuis il ne vouloit ni les lire ni les entendre. Au contraire, il étoit fort instruit de l'Ecriture sainte, et savoit le sens spirituel , le moral et Tanagogique. Tous les matins il alloit à l'église se mettre à genoux, touchant le pavé de son front, et demeuroit long-temps en prières, quelquefois avec larmes. Tous les jours, il donnoit l'aumône avant son repas, et partout où il étoit il y avoit des logements pour les pauvres. Il étoit sobre dans le boire et le manger. Jamais on ne le vit éclater de rire, et dans les fêtes solennelles , où les musiciens et les bouffons jouoient pour divertir le peuple, il conlenoit les autres par son sérieux. Il s'habilloit modestement, excepté les grandes fêtes, où , à l'exemple de ses pères , il étoit tout couvert d'or, portant la couronne en tête et le sceptre à la main. Il étoit très-libéral , et donna en propriété à des particuliers quantité de terres de son domaine. Il ne faisoit rien sans conseil , mais il donnoit tant de temps au chant des psaumes et à la lecture qu'il abandonnoit trop ses affaires à ses confidents. Il entretint la mauvaise coutume, déjà étabUe, de faire évêques des gens de condition servile, qui ne manquoient pas d'affranchir leurs parents et les élever , ou par les lettres , ou par les alliances avec les nobles (2). Tel fut ce prince , que l'on compte pour le premier roi de France du nom de Louis ; et sa facilité à pardonner lui a fait donner le surnom de Débonnaire Il y avoit déjà quelque temps qu'il avoit permis à Agobard de Lyon et à Bernard de Vienne de rentrer dans leurs sièges ; et cette année, en partant d'Aquitaine, il y laissa Agobard pour prendre soin des affaires de ce royaume ; mais il mourut à Saintes le sixième de juin. Son église de Lyon l'honore sous le nom de saint Agebaub ; et, puisqu'il étoit rentré si avant dans les bonnes grâces de l'empereur Louis, on doit croire qu'il avoit expié la faute [d'avoir pris part à la révolte : aussi lui étoil-elle commune avec l'abbé Vala et d'autres saints personnages, et l'extrême foiblesse de Louis la rendoit plus excusable (3).