LI. Autres canons
Le concile renouvelle les défenses faites aux clercs de loger avec des femmes suspectes et U étend cette défense aux eunuques , même laïques. Défense aux clercs de tenir cabaret puisqu'il leur est même défendu d'y entrer' Défense aux clercs et aux moines d'assister aux spectacles , soit des courses de chevaux son du théâtre (2). Les clercs , même conviés aux noces , doivent se lever quand les farceurs y entrent. Défense aux clercs de porter ni dans la ville, m en voyage, un autre habit que celui qui convient à leur état. Les clercs déposés par leurs crimes, et réduits au rang des laïques, s Ils ont subi cette peine volontairement porteront les cheveux courts comme les clercs^ si c est malgré eux , ils auront les cheveux longs comme les laïques. Donc les clercs en Orient étoient dès lors distingués par leur habit et ne portoient pas les cheveux longs comme ils les portent à présent.
Pour la juridiction des évêques, on renouvelle le canon qui la maintient sur les églises de la campagne, qu'ils gouvernent depuis trente ans (3) ; et celui de Chalcédoine qui donne au siège de Constantinople les mômes prérogatives qu'au siège de Rome , avec le second rang, le troisième à Alexandrie, le quatrième a Antioche , et le cinquième à Jérusalem (4) Les incursions des barbares, c'est-à-dire principalement des musulmans , avoient empêché
(i) C. Calch. 28. Sup. I.
XIII, n. 30.
n n est point permis de baptiser dans les ora-
oires domestiques, ni même d'y célébrer la
lithurgie, sans le consentement del'évêaue On
cVm^m^nntn'"!''" ''"^ ^ ^^' ^" donneÏÏ Sainte communion. Le communiant ne recevra point 1 eucharistie dans un vase d'or, ou de meU qu autre matière, mais dans ses mains crol sees 1 une sur l'autre; parce qu'il n'y a point de matière si précieuse que le corps de rhoime qui est le temple de Jésus-Christ (3) AuoS laïque ne se communiera lui-même en présencedun evéque, d'un prêtre ou d'un^-
mLc r""^ •?''""^^? P^'^* reucharistie aux morts. Car il est dit, Prenez et mauffez- œ que e mort ne peut faire (4). En carême on célébrera tous les jours la messe des présanctifles , excepte les samedis , les dimanches, et le jour de l'annonciation. On célébrera toul joiu-s la messe à jeun , même le jeudi saint (S) Défense de distribuer une grappe de Raisin avec l'eucharistie, comme il^e^atit^^^^^^ quelques églises, on la bénira séparément comme des prémices. Défense d'offrifà l'autel du miel et du lait.
On passera toute la semaine de Pâques ea ktes et en dévotion , sans aucun spectacle pubhc. Défense de s'absenter de l'église pendant trois dimanches , sans empêchement nécessaire, sous peine de déposition pour les clercs et d excommunication pour les laïques (6) On doit jeûner le samedi saint jusqu\ minuit • mais il est défendu de jeûner leTautres same-' dis , même en carême , suivant le canoD des apôtres; et l'église romaine doit chamrer s^ usage contraire (7). Ce canon est une d^caittS qui a fait rejeter à Rome ce copcile (8). Il est défendu de manger des œufs et du fromaire, 1^ dimanches et les samedis de carômeT^mme laisoient les Arméniens, dont on condamne quelques autres usages (9) savoir, de ne point mêler d eau au vin de l'eucharistie , de prSenter aux prêtres de la viande cuite dans les
^^(3) C. 23, 31,69,58,S3, Jsj V. Aï.»! io hODC. C,
(4) Matth. XXVI. (Q) n Tmii m
rtiifc
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An d« J.-C. 601.
églises, et de n'admettre dans le clergé que ceux qui étoient de race sacerdotale (1) ; défense de manger du sang de quelqu'animal que ce soit , sous peine aux clercs de déposition, aux laïques d'excommunication.
Défense de faire dans les églises les fêtes nommées agapes. Défense de tenir cabaret dans Tenceinte des églises , ou d'y vendre des viandes, ou d'autres marchandises. Il a été remarqué plus d'une fois que les églises étoient accompagnées de plusieurs bâtiments compris dans une même enceinte (2) . Défense aux maris d'habiter avec leurs femmes dans l'enceinte des églises , ou de profaner ces mêmes lieux en quelqu'autre manière. Défense de faire entrer une bête dans une église , si ce n'est en voyage , par une absolue nécessité de mettre la bête à couvert (3). Défense à aucun laïque d'entrer dans le sanctuaire , c'est-à-dire dans l'enceinte de Tautel , si ce n'est à l'empereur pour faire son offrande , suivant une ancienne tradition, dont nous avons vu un exemple quand saint Basile reçut l'offrande de l'empereur Valeus (4). On chantera dans l'église sans confusion , et sans forcer la nature pour crier, mais avec beaucoup d'attention et de dévotion; et on n'y chantera rien que de convenable (5). On n'ajoutera point au trisagion : Crucifié pour nous (6). Défense de gâter ou déchirer les livres de l'Ecriture sainte ou des pères , de les vendre aux parfumeurs, ou les perdre en quelqu'autre manière, s'ils ne sont imparfaits , ou déjà gâtés par l'eau ou par les vers (7). Pour rendre à la croix l'honneur qui lui est dû , il est défendu de la marquer dans le pavé que l'on foule aux pieds , suivant une loi de Théodose le jeune (8). En plusieurs images Jésus -Christ étoit représenté sous la forme d'un agneau, que saint Jean montroit au doigt (9). Le concile ordonne que désormais on peigne Jésus-Christ sous sa forme humaine, comme plus convenable.
LUI. Moines, etc.
Quant aux moines , quoique saint Basile ne permette de les recevoir qu'à dix-sept ans , ce concile le permet dès l'âge de dix ans, sous prétexte que l'Eglise avance toujours en perfection (10). On ne permet d'être reclus qu'à ceux qui ont passé trois ans dans un monastère , et on défend de souffrir dans la ville des vagabonds, qui se disoient ermites, portant de longs cheveux et des habits noirs. Aucun crime n'empêche d'être reçu dans les monastères, puisqu'ils sont faits pour les pénitents. Défense de parer d'habits précieux et de pierreries les
(4) Sup. 1. XVI, n. 31.
P) Sup.UY.X\XIX,n.3L 49.
(8) An. C. Nemini. lie.
11b. I, rit. 8.
filles qui vont prendre l'habit de religieuses , pour ne pas faire croire qu'elles quittent le monde à regret. Défense de convertir à des usages profanes les monastères une fois consacrés par l'autorité de l'évêque , ni de les donner à des séculiers , comme il s'étoit pratiqué.
Quant aux mariages , il est défendu au père et au fils d'épouser la mère et la fille , ou les deux sœurs , ou à deux frères d'épouser les deux sœurs , au parrain d'épouser la mère de l'enfant, d'épouser la fiancée d'un autre, aux catholiques d'épouser des hérétiques. Ceux qui assemblent et nourrissent des femmes débauchées seront déposés s'ils sont clercs , excommuniés s'ils sont laïques. Défense, sous peine d'excommunication , de faire des peintures déshonnêtes. Défense, sous la même peine, de friser ses cheveux avec artifice. Défense de se baigner avec des femmes. Défense, même aux laïques, déjouer aux dés. Les farceurs, les danses sur les théâtres , les combats contre les bêtes , sont défendus. Ceux qui contrefont les possédés seront chargés de travaux rudes , comme s'ils l'étoient effectivement (1).
On condamne à six ans de pénitence les devins et ceux qui les consultent, les meneurs d'ours , les diseurs de bonne aventure , et ces sortes de charlatans. On condanme aussi plusieurs autres superstitions restées du paganisme , comme d'invoquer Bacchus pendant la vendange, les danses publiques de femmes, les déguisements d'hommes en femmes , ou de femmes en hommes , l'usage des masques comiques , satiriques ou tragiques ; car ils étoient différents pour ces trois sortes de spectacles. On défend aussi d'allumer aux nouvelles lunes des feux devant les boutiques ou les maisons , et de sauter dessus , de donner des gâteaux de Noël , sous prétexte de couches de la Sainte- Yierge, qui n'a point été en couches ; de lire dans l'église les fausses histoires des martyrs , composées pour les déshonorer par les ennemis de la vérité. On doit, au contraire, les mettre au feu (2).
Les hérétiques, dont le baptême est jugé bon , sont reçus en faisant leur abjuration par écrit , et on leur donne le sceau du Saint-Esprit avec l'onction du saint-chrème, au front, aux yeux , au nez , à la bouche et aux oreilles (3). Ceux dont le baptême n'est pas jugé valable sont traités comme les païens ; on les fait catéchumènes, puis on les baptise Et, pour faire cette distmction , on suit les règles données par saint Basile à Amphiloque (4). On les suit aussi touchant la dispensation de la pénitence, pour la proportionnera la qualité du péché et aux forces du pénitent; et c'est le dernier canon de ce concile de Trulle. L'empereur Justinien y souscrivit le premier avec
(4) Sup. I. XVII, n. U,
An de J.-C 693. }
du cinabre, qui étoit un privilège de sa dignité. On laissa ensuite la place du pape; puis les quatre patriarches souscrivirent , et tous les autres évêques, laissant la place de quelques absents. On ne voit point la souscription des légats du pape ; et toutefois Athanase dit que , s'étant laissé surprendre , ils y souscrivirent (1).