‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 542 sur 2407 · XX. Concile de Verneuil · texte numérisé non relu

XX. Concile de Verneuil

[Au de J.-C. 84i.

Deux mois après, et en décembre huit cent quarante-quatre, le roi Charles fit tenir à Verneuil-sur-Oisp un concile des évéques de son royaume, où présida Ebroin, son archichapelain , évêque de Poitiers , quoique Yénilon , archevêque de Sens, y fût présent (1). On y fit douze canons, dans la préface desquels on exhorte le roi à conserver la paix avec ses frères. Ensuite on le prie de préférer à toutes choses le service de Dieu et de la justice ; et , pour cet effet, d'envoyer des commissaires par les provinces, afin de réprimer ceux qui commettent des crimes et qui méprisent la discipline de l'Eglise ; que dans tous les diocést^s on visite les monastères, dont plusieurs étoient relâchés par pauvreté ou autrement ; que les moines vagabonds ou apostats , et les clercs déserteurs, soient châtiés suivant les canons ; que ceux qui épousent des religieuses soient excommuniés, s'ils ne font pénitence publique ; et les ravisseurs réprimés, même par la puissance séculière. 11 y a des religieuses, dit le concile, qui, sous un faux prétexte de piété, prennent un habit d'homme, et se coupent les cheveux; mais, parce quelles le font plutôt par ignorance que par malice , on se contentera de les admonester.

Quelques évéques s'excusent du service de guerre par la foiblesse de leurs corps , et vous en dispensez quelques-uns , ils parlent au roi , mais il faut prendre garde que leur absence ne nuise au service. C'est pourquoi, si vous le trouvez bon, ils donneront la conduite de leurs hommes à quelqu'un de vos vassaux , qui les retienne dans le devoir. Ce canon fait voir que l'on n'observoit plus les règlements de Charlemagne , qui avoit dispensé les ecclésiastiques de faire en personne le service de guerre , qu'ils dévoient à cause de leurs terres (2). Et nous venons de voir que l'évêque Ebroin , qui pré-

sidoit à ce concile , et Loup, abbé de Ferrières, qui en dressa les canons, s'étoient trouvés la même année au combat donné près d'Angoulême. Ensuite les évéques prièrent le roi de ne pas laisser plus long-temps sans évêque l'église de Reims, et d'approuver l'ordination d' Agius, évêque d'Orléans, faite dès Tannée précédente par l'archevêque Yénilon , du consentement de ses sufîragants, sur le témoignage et la demande du clergé et du peuple (1).

Drogon, évêque de Metz, et archichapclain de l'empereur Lothaire , vouloit se faire reconnoître pour viciire apostolique dans le royaume de Charles, suivant les lettres qu'il avoit obtenues à Rome du pape Sergius. La chose étoit sans exemple et d une conséquence dangereus<», qu'un évêque d'un royaume eût autorité sur ceux d'un autre, sans leur consentement ; et quand saint Grégoire donna à saint Virgile d'Arles le vicariat des Gaules, cène fut que pour le royaume de ChildebiTt, et du consentement de ce roi et des èvcH^ues. Toutefois les évéques du concile de Yerneuil ne rejetèrent pas ouvertement la prétention de Drogon , vénérable par son mérite et sa naissance ; car il étoit oncle des rois. Ils dirent qu'ils n'osoient rien décider sur ce point , et qu'il falloit attendre que l'on assemblât le plus nombreux concile que l'on pourroit , de Gaule et de Germanie, pour connoître l'intention des métro- I)olitains et des autres évéques, à laquelle, disent-ils, nous ne voulons ni ne pouvons résister. Toutefois, si on donne à quelqu'un une telle commission , et si elle n'a point d'autre cause que celle que l'on avance , nous ne voyons personne à qui elle convienne mieux qu'à celui qui est notre confrère dans le saeerdoce et votre proche parent. Par ces paroles, ils marquent leur considération pour Drogon, et leur défiance de quelqu'entreprise du pa|)e. Drogon souffrit très-patiemment la résistance des évéques , sans s'(»piniàtrer à faire valoir son vicariat , pour ne pas causer un schisme dans l'Eglise (2).

An de J.-C. SU. ]

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