‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 543 sur 2407 · XXI. Faux miracles à Dijon · texte numérisé non relu

XXI. Faux miracles à Dijon

La même année huit cent quarante-quatre, Albéric, évêque de Langres, étant mort, Theubalde lui succéda (3). Quelque temps après, deux prétendus moines apportèrent à Vv?m' de Saint-Bénigne à Dijon des os qu'ils disoient être d'un saint , elles avoir apportés de Ronio, ou de quelqu'autre endroit d'Italie ; mA\^ qu'ils avoient oublié le nom du saint. L'év(Viuo ne jugea pas à propos de recevoir ces reliqu»'^ inconnues, ni de les mépriser entièrement, parce que ces moines prètendoient en trouer des preuves authentiques. L'un d'eux s'en am pqur les chercher, et ne revint plus ; l'autre,

(1) Sup. Epist. \L\. Sup. n. 31, p. 73T. .

jj 17. ^ ^ (3) Amoi. Epist. Agof

*(2)'Hincra Opusc. U, lo. ?, p. 136.

qui étoit demeuré à Dijon, mourut. Cependant ces prétendus reliques ayant été déposées honorablement auprès du sépulcre de Saint-Bénigne, on publia qu'il s'y faisoit des miracles ; et que des femmes tomboient tout d'un coup dans cette église, et y étoient tourmentées, sans que l'on vît sur elles aucune marque de coups , qu'elles disoient avoir reçus. Ce bruit attira une grande foule de peuple pour voir ces prétendus miracles ; et il s'y amassa jusqu'à trois ou quatre cents personnes, qui, ayant ainsi été abattues dans cette église , n'en vouloient point sortir , disant que si elles retournoient chez elles , elles seroienl de nouveau frappées et contraintes de retourner à la même église. 11 y avoit entre elles, non-seulement des lilles, mais des femmes mariées, de tout âfe et de toute condition. Ces prétendus miracles n'arrivoicnt pas seulement à Saint-Bénigne , mais en d'autres églises de Dijon et du diocèse , entre autres à Saint-Andoche de Saulieu. L'évêque Theubalde crut devoir consulter sur ce cas son métropolitain Amolon, archevêque de Lyon; et lui envoya p<jur cet effet son chorévêque, un an après que les reliques eurent été apportées.

La réponse d' Amolon fut telle (1) : Nous sommes d'avis que ces os , que l'on dit sans preuve être de je ne sais quel saint, soient ôtés du sanctuaire et mis hors de l'église , dans le parvis , sous une muraille , ou plutôt autour d'une autre église en secret et avec peu de témoins , en un lieu pur et convenable , afin de leur rendre quelque vénération, parce que l'on dit que ce sont des reliques ; et parce que l'on n'en est pas assuré , ôter au peuple ignorant la matière de superstitions. Il rapporte ensuite l'exemple de saint Martin et l'autorité du pape Gélase ; puis il continue (2) : Si on peut prouver qu'à cette occasion il se soit fait deux ou trois guérisons miraculeuses dans 1 église de Saint-Bénigne, il faut en rendre grâce à Dieu, sans approuver pour cela le reste de ce qui se fait dans cette église ou dans les autres. Car ces prétendues reliques ayant été apportées pendant le carême, où le peuple, suivant la coutume de plusieurs lieux , fréquente davantage les églises , il peut être arrivé qu'on les a montrées au peuple pour les honorer, et qu'à la solennité de Pâques, cette dévotion étant déjà introduite , quelques méchants d'entre la canaille, profitant de l'occasion, pour satisfaireà leur indigence, ou à leur avarice, auront commencé à feindre et faire valoir ces chutes et ces mauvais traitements, ces aliénationsd'espriletces guérigons.Cequi ayant étonné et intimidé le peuple prévenu, on a commencé par compassion à tant donner à ces prétendus malades, qu'ils n'ont point voulu se retirer, et ont même feint de ne le pouvoir.

Car a-t-on jamais ouï parler dans les églises et aux tombeaux des martyrs de ces sortes de

(2) Vita per Sever. t. 8, Sup. liY. XVI, n. 31.

miracles , qui ne guérissent point les malades mais font perdre à ceux qui se portent bien la santé et la raison ? A-t-on jamais ouï-dire que des filles innocentes, étant guéries par les prières des saints, soient frappées de nouveau si elles veulent retourner chez leurs parents ? que les saints guérissent des femmes pour les séparer de leurs maris , et les punir si elles rentrent chez eux ? Qui ne voit que ce sont des illusions des hommes trompeurs ou des démons ? On trouve des gens dans les lieux saints qui , par l'amour d'un gain sordide, loin d'instruire le peuple et de réprimer ces abus , l'y excitent et le flattent, en relevant la piété de ceux qui les commettent , pour profiter de leurs olTrandes , en emplir leurs bourses ou en faire bonne chère. Je n'en parlerois pas ainsi si je n'en avois vu des exemples trèscertains dans ce diocèse, du temps de mou prédécesseur. Car j'ai vu quelquefois devant lui des hommes qui se disoient possédés; mais, en leur donnant bien des coups , on leur faisoit confesser leur imposture, et que la pauvreté les y avoit engagés. Nous savons aussi qu'à Uzés, dans la province de Narbonne, au sépulcre de Saint-Firmin, on avoit commencé à voir des chutes et des brisures semblables ; en sorte qu'on voyoit sur les membres de ceux qui tomboient des marques de brûlures , comme de soufre; de quoi le peuple, effrayé, apportoit quantité d'offrandes à cette église. Mais Barthélémy, évêque de Narbonne, qui vit encore, ayant pris conseil de notre prédécesseur, défendit le concours qui se faisoit à cette église, et ordonna d'employer au profit des pauvres les ofl'randes qu'on y apportoit. Après quoi toute celte illusion cessa, et là et en d'autres lieux où elle avoit commencé ; et le peuple demeura tranquille.

C'est pourquoi je suis d'avis que, vous armant du zèle et de la sévérité sacerdotale, vous bannissiez de l'église cette profanation et cette invention diabolique ; et que vous exhortiez le peuple , qu'au lieu de ce concours inutile pour le salut de l'àme et pour la santé du corps, et même pernicieux, chacun demeure en repos dans sa paroisse, où il reçoit le baptême et les autres sacrements , où il entend la messe, où il est visité dans la maladie et enterré à la mort , où il lui est ordonné de porter ses dîmeset ses prémices, où il fait baptiser ses enfants, et entend la parole de Dieu. C'est là , dis-je , où il doit porter ses vœux et ses ofîfrandes , faire ses prières à Dieu , et chercher les suffrages des saints. C'est là qu'il doit distribuer ses aumônes et exercer l'hospitalité : car telle est la dévotion légitime et ecclésiastique, telle est l'ancienne coutume des fidèles pour rejeter la nouveauté et conserver l'institution apostolique. Que si quelqu'un tombe malade , il a le précepte de l'apôtre de faire venir les prêtres pour prier sur lui, avec l'ouctioa de l'huile, au nom de Seigneur.

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[ An de J.-C. 8ii. ■ ^^" ^^ ^ '^ ®*^^

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