‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 550 sur 2407 · XXVI. Fin des martyrs d'Amorium · texte numérisé non relu

XXVI. Fin des martyrs d'Amorium

Les chrétiens , emmenés à la prise d'Amonum, étoient toujours dans leur obscure prison. Enfin , au bout de sept ans , Boidize , qui avoit trahi la ville , et s'étoit fait musulman , vint à la porte de la prison, le soir du cinquième de mars huit cent quarante-cinq , appela Constan-

(1) Petr. p. 60, p. 72»

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[ An de J-C. 8ir.

AndeJ.-C. 845. j

tin secrétaire du patrice Aétiiis, et, lui parlant

toujours aimé le patrice votre maître. Ayant donc appris certainement que le calife a résolu de le faire mourir demain s il ne consent à faire la prière avec lui, je suis accouru vous donner le conseil qui peut vous sauver la vie. Persuadez-lui d'obéir , et obéissez vous-même, conservant en votre cœur la foi des chrétiens ; et Dieu vous le pardonnera , à cause de la nécessité que l'on vous impose.

Constantin fit le signe de la croix contre la bouche de l'apostat, et dit: Dieu te fera périr, tentateur ; retire-toi, ouvrier d'iniquité. 11 rentra au fond de la prison , et le patrice lui demanda qui l'avoit appelé, et pourquoi. Constantin le tira à part , et lui dit que sa mort était résolue , sans lui parler du reste, de peur de l'exposer à quelque tentation. Le patrice rendit grâce à Dieu, et dit : La volonté du Seigneur soit faite. Puis il lit écrire s(3n testament par Constantin , et invita les autres prisonniers à chanter toute la nuit les louanges do Dieu, ce qu'ils firent. Le lendemain vint un officier envoyé par le calife avec des gens armés et un appareil terrible. Ayant fait ouvrir la porte de la prison , il ordonna aux plus considérables d'entre les prisonniers de sortir. Ils sortirent au nombre de quarante-deux , et il fit refermer la porte. Puis il leur demanda : Combien d'années croyez -vous avoir été enfermés ? Vous le savez bien , dirent-ils ; c'est ici la septième année. 11 reprit : Ce long délai vous fait voir la bonté du défunt calife , et celle de son successeur. C'est que le calife Moutasem , qui les avoit pris , était mort il y avoit trois ans , et son fils Yatec ou^ Aloiiatec lui avoit succédé.

Après quelques autres discours où les (4irétiens reprochèrent aux musulmans de ne pas reconnoître le vrai Dieu , puisqu'ils le faisoient auteur du mal comme du bien , l'officier du Calife leur dit : Vous ne voulez donc pas faire aujourd'hui la prière avec le calife , car c'est pour cela qu'il m'a envoyé ; et je sais qu'il y en a d'entre vous qui le désirent. Quand on verra comme ils seront honorés, ceux qui l'auront refusé déploreront leur mauvaise fortune. Les chrétiens répondirent tout d'une voix : JNous prions le seul vrai Dieu , que non-seulement le calife , mais vous et toute la nation des Arabes renonce à Terreur de Mahomet , et adore Jésus-Christ, annoncé parles prophètes et par les apôtres , tant nous sommes éloignés d'abandonner la lumière pour les ténèbres. Prenez garde, dit l'officier , à ce que vous dites, de peur de vous en repentir : votre désobéissance vous attirera de grands tourments. Ils répondirent : Nous recommandons à Dieu nos

âmes, et nous espérons que jusqu'au dernier soupir il nous donnera la force de ne point renoncer sa foi. L'officier reprit : On vous reprochera au jour du jugement d'avoir laisse vos enfants orphelins et vos femmes veuves car le calife iX)uvoit les faire venir ici ; et il est encore temps, si vous voulez reconnoître le prophète Mahomet. Les Romains obéissent a une femme qui ne pourra résister aux ordre> de notre maître. Pour les biens n'en soyez poiul en peine , une année du tribut de l'Egypte peul enrichir vos descendants jusqu'à la dixième génération. Les chrétiens répondirent tout d'une voix : Anathème à IMahomet, et à tous ceux qui le reconnoissent pour prophète.

Aussitôt l'officier les fit prendre par les soldats , qui leur lièrent les mains derrière le dos, et les menèrent au bord du fleuve, c'est-à-dire du Tigre, sur lequel étoit Samarra, la résidence du calife. Une multitude de musulmans et de chrétiens accourut à ce spectacle. Quand ils furent près du fleuve, l'officier appela nii des martyrs , nommé Théodore Cratère , et lui dit : Toi qui étois prêtre parmi les chrétiens, et as porté les armes et tué des hommes , au mépris de ta profession , pourquoi veux-lu maintenant paroitre chrétien? Ne vaut-il pas mieux implorer le secours du prophète Maliomet , puisque tu n'as plus d'es[)érance en Jésus- Christ , que tu as renoncé ? C'est cela ménu' , dit Théodore , qui m'oblige à répandre mou sang pour lui , atin qu'il me pardonne mes péchés. Si votre esclave, après s'être enfui, revenoit combattre pour vous jusqu'à la mort, w lui pardonneriez-vous pas ? Tu vas être satisfait, dit l'officier, je le disois pour ton bien Comme les bourreaux éthiopiens prèparoient déjà leurs épées, et se mettoient en posture d'exécuter les martyrs, Théodore craignant que le patrice ne fut attendri en voyant couler le sang de ses amis, s'approcha de lui et lui dit : Seigneur , vous nous avez toujours devancés par votre dignité et par votre vertu, vous devez aussi recevoir le premier la couronne du martyr. Le patrice ne voulut pas lui ôter cet honneur ; ainsi Tlic'odore s'étant recommandé à Dieu s'approcha du bourreau , et reçut la mort constamment Tous les autres furent exécutés de suite selon l'ordre de leur dignité -, et loin de donner le moindre signe de foiblesse, ils étonnèrent par leur fermeté l'officier qui présidoit à l'exécution. L'Eglise honore ces quarante-deux martyrs le jour de leur mort, c'est-à-dire le sixième de mars.

Le calife Yatec mourut Tannée suivante.

huit cent quarante-six, c'est-à-dire l'an flou^ cent trente-un de l'hégire, le vingt-quatriciue jour du dcTuier mois (1), aprc's avoir réirne (iinq ans et neuf mois. La passion excessive pour les fenunes fut la cause de sa mort. 1'

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