‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 567 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-HUITIÈME

XLL Commencement de Golhescalo.

parricides étoient condamnés à vivre errants par le monde, à l'exemple de Cain, d'où ils

prenoient occasion de s'abandonner «aux excès de bouche et à d'autres vices. Le concile ordonne qu'ils demeureront en un lieu pour faire une sévère pénitence, avec défense déporter les armes ni se marier. 11 y avoit des prêtres qui, étant dégradés, alloient par pénitence en divers pèlerinages. Quelques-uns d'eux ayant été tués, le concile prononce excommunication contre les meurtriers. Les prêtres feront confesser les malades , et leur déclareront la pénitence qu'ils devroient faire sans la leur imposer; leurs amis y suppléeront par leurs prières et leurs aumônes ; mais si le malade fîuérit, il accomplira sa pénitence. Ceux qui sont exécutés à mort pour leurs crimes ne seront privés ni des prières de l'Eglise après leur mort, ni de la communion de leur vivant s ils sont vraiment pénitenls à l'exemple du i)on larron. Je crois que, par la communion on doit entendre ici seulement l'absolution (1)! Les évéques envoyèrent ces canons au roi Louis, le priant de les appuyer de son autorité

et ils les accompagnèrent d'une lettre synodale' où ils se plaignirent , entre autres choses, du peu de respect que l'on portoit aux lieux saints (2).

En ce concile , on condamna une femme nommée Thiote, qui, faisant la prophélesse' avoit causé un grand trouble dans le diocèse de Constance (3) ; car elle étoit de ce pays nommé alors l'Allemagne. Elle prétendoit que llieu lui avoit révélé plusieurs choses qui iie sont connues qu'à lui , entre autres la fin au inonde, qui devoil arriver cette même année. Plusieurs personnes de l'un et de lautre sexe, épouvantées de ces prédictions, lui apporloient des présents , et se recommandoient a ses prières; il y avoit même des ecclésiashques qui la sui voient. Etant venue à Mayence t'Ile fut amenée à saint Alban , en la présence «es évéques, qui, l'ayant soigneusement interrogée, lui firent avouer qu un certain prêtre lui avoit suggéré ce qu'elle avancoit, et que le désir du gain étoit son moliL C'est pourquoi le concile la condamna à être fouel- 'ee publiquement, comme ayant usurpé le ministère de la prédication contre les règles de 'Lghse. Ainsi elle cessa de prophétiser, et «emeura chargée d'infamie.

L'année suivante, huit cent quarante-huit Raban tint encore un concile à Mayence, à l'occasion des erreurs dont le moine Golhescalc étoit accusé. Gothescalc, autrement nommé Fulgence, étoit Allemand , mais il avoit embrassé la vie monastique à Orbais , dans le diocèse de Soissons. Là , sous l'abbé Bavon, il

(1)C 2,3,5,6, li, 17, (a) C. 31. i?; Il' 1^ 22, 23, 24, 20, (3) An. Fuld- 8i7.

S appliqua à la lecture des pères , principalement de saint Augustin , dont il apprit par cœur un grand nombre de passages (1). Mais il poussoit trop loin sa curiosité , comme il paroit parles sages avis de Loup, abbé de Ferrie^ res.Gothescalc l'avoit consulté sur la question savoir si après la résurrection les bienheureux verront Dieu des yeux corporels. Loup repond premièrement qu'il ne lui auroit point repondu s'il avoit pu se taire sans préjudice de la charité. Ensuite il traite la question et ajoute (2) : Je vous exhorte , mon vénérable frère, à ne plus fatiguer votre esprit de semblables questions, de peur que, vous en occupant plus qu'il ne faut, vous ne puissiez suffire à examiner ou enseigner des choses plus utiles. Car pourquoi tant rechercher ce qu'il ne nous est peut-être pas encore expédient de savoir ? Exerçons-nous dans ce champ si vaste des saintes Ecritures , appliquons-nous entièrement à les méditer, et joignons la prière à l'étude : il sera digne de la bonté de Dieu , de se montrer à nous de la manière qui nous convient, quand nous ne chercherons point ce qui est au-dessus de nous.

Il paroît aussi que Gothescalc étoit lié d'amitié avec Valafride Strabon, son compatriote. 11 fut ordonné prêtre par Rigbold, chorévéque de Reims ; et vers l'an huit cent quarante-six, sous le pontificat de Sergius, il alla en pèlerinage à Rome. Au retour, il demeura quelque temps chez le comte Eberard , un des principaux seigneurs de la cour de l'empereur Lothaire. Là il parla de la prédestination, d'une manière qui ne parut pas correcte à Nothingue, évèque de Vérone, qui, étant venu quelque temps après en Germanie, dans le Longau, près de la Yétéravie, pour y voir le jeune empereur Louis , en parla à Raban, qui étoit dès lors archevêque de Mayence, et ils convinrent ensemble, que Raban écriroit pour réfuter celte erreur (3). 11 accomplit sa promesse, et adressa cet écrit à Nothingue en forme de lettre. Il en écrivit une aussi au comte Eberard, où il dit (4) : On assure que vous avez chez vous un demi-savant, nommé Gothescalc, qui enseigne que la prédestination de Dieu impose nécessité à tous les hommes ; en sorte que celui qui veut être sauvé et combat pour

(1) Maug.Diss. c. 2. Mabili. Praîf. to.6, c. 2,n. a39.

Aiin. Fuld. 848. BerUn. An.

Page 1