‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 568 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-HUITIÈME

cet effet par la foi et les bonnes œuvres , travaille en vain, s'il n'est prédestiné à la vie. Il a déjà pousse par-là plusieurs personnes dans le désespoir, qui leur fait dire : Quai-je à faire de travailler pour mon salut ? Inutilement ferai-je bien si je ne suis prédestiné , et quand je ferois mal , la prédestination me conduira à la vie éternelle. Raban combat ensuite celte erreur, par l'autorité de saint Augustin , de saint Prosper et des autres piTes , et finit sa lettre en exhortant le comte Eberard à ne point garder chez lui celui qui enseigne une telle doctrine.

Ces lettres obligèrent Gothescalc à quitter l'Italie ; après avoir parcouru la Dalmalie, la Pannonie et le Norique, il vint à Mayence. Aussitôt Raban assembla son concile, vers le commencement d'octobre huit cent quarantehuit , et le roi Louis y assista. Gothescalc y présenta un écrit, où il expliquoit la doctrine et disoit qu'il y a deux prédestinations ; et que comme Dieu avant la création du monde a prédestiné incommutablement tous ses élus à la vie éternelle par sa grâce gratuite , de même il a prédestiné à la mort éternelle tous les méchants , à cause de leurs démérites (1). Il reprenoit Raban de dire que les méchants ne sont pas prédestinés à la damnation , mais qu'elle est seulement prévue. Car, disoit-il. Dieu connoît par sa prescience , qu'ils auront un mauvais commencement et une fin encore pire, et il les a prédestinés à la peine éternelle.

Gothescalc ayant ainsi expliqué sa doctrine, elle fut rejelée par le concile de Mayence ; et on y résolut de le renvoyer à Hincmar, archevêque de Reims , dans le diocèse duquel il avoit été ordonné prêtre. Raban en écrivit à Hincmar une lettre synodale, où il traite Gothescalc de moine vagabond , et lui fait dire, que Dieu prédestine pour le mal comme pour le bien , et qu'il y a des hommes qui ne peuvent se corriger, comme si Dieu les avoit faits dès le commencement incorrigibles (2). Mais ce rapport ne paroît pas exactement conforme à l'écrit de Gothescalc, tel qu'il est cité par Hincmar. Rabanajoute: Nous vous le renvoyons afin que vous le renfermiez dans votre diocèse, et ne lui permettiez pas davantage de séduire le peuple, comme j'apprends qu'il en a déjà séduit plusieurs. Outre cette lettre , Raban en écrivit à Hincmar une plus ample, où il traite la doctrine.

XLU. Valafrid Strabon.

Valafrid Strabon, que j'ai marqué entre les amis de Gothescalc, éloit né l'an huit cent six, et dès sa première jeunesse avoit embrassé la vie monastique dans l'abbaye de Richenou, où il eut pour maître Tatton, et dès l'âge de dix-

Ci) Hincm. de Prsdest.

(2) Ap. Hincm. Ibid. c.

2, t. 8. Conc. p. 58.

huit ans mit en vers, comme je l'ai déjà dit, les visions de Ver tin (1). On l'envoya à Fulde, où il étudia les saintes lettres sous Raban. A la prière des moines de Saint-Gai , il écrivit la vie de saint Gai et celle de saint Othmar, leurs fondateurs (2) .On a de lui diverses poésies, où il fait mention de plusieurs personnes considérables du temps ; mais ses deux ouvrages les plus fameux sont la glose ordinaire et le traité des divins offices. La glose ordinaire sont des notes très-courtes sur toute la Bible, tirées principalement des commentaires de Raban , et il n'y a point eu d'explication de l'Ecriture sainte plus célèbre pendant plus de six cents ans.

Le traité des offices divins fut compose après l'an huit cent quarante, puisqu'il y est parlé de Louis le débonnaire comme mort, à l'occasion de la question des images, dont Valafrid parle très-sagement, blâmant ceux qui les rejettent, ou leur rendent un culte superstitieux, mais approuvant qu'on leur rende un honneur modéré. Quoiqu'il reconnoisse l'ancienne coutume de prier à l'orient , il ne condamne pas ceux qui tournent d'un autre côté les autels ou les églises, par quelque raison de commodité. Il reconnoîl que l'usage des cloches n'étoit pas fort ancien , et qu'il étoit venu d'Italie (3). Il y avoit plus de deux cents ans qu'elles étoient reçues en France, comme il paroit par l'histoire de saint Loup de Sens (4). L'auteur remarque que la langue tudesque avoit emprunté du grec el du latin presque tous les mots qui regardent la religion. Ce qui vient,dit-il (5), de ce que les barbares servoient dans les armées romaines, et que plusieurs missionnaires qui parloient grec et latin , venoient chez eux pour les instruire. Ainsi nos gens apprirent plusieurs choses utiles, qu'ils ne connoissoient pas encore; principalement des Goths, qui, depuis qu'ils furent chrétiens, habiloient dans les provinces des Grecs, el parloient notre langue, c'est-à-dire la tudesque. Ensuite leurs savants traduisirent en leur langue les livres sacrés, dont quelques-uns ont encore des exemplaires. Et nous avons appris, par dt^s frères dignes de foi, que chez quelques Scythes, principalement ceux de Tomi, on célèbre encore à présent les divins offices en la même langue. Cette traduction de l'Ecriture pour le Goths étoit sans doute celle d'Ulfila , dont j'ai parlé en son temps ; mais je ne sache

roint d'autre lieu où il soit dit que l'on faisoit office divin en langue tudesque (6).

L'auteur condamne comme un reste de superstition judaïque l'usage de faire bénir un agneau près de l'autel pour en manger le jour de Pâques avant toute autre viande, el toutefois cette bénèdiclion se trouve encore à la lin

(1) Bull. liv. v, ch. 00.

(2) Sup. liv. XLVI, n. 54.

(4) Sup.l..\x.\vni,n.l6.

(6) Socr. IV, c. 33. Sup.

Uy. xxu, n. 30, c. IS.

du missel romain (1 ). Il remarque que du temps de saint Grégoire, on ne jcùnoit point les jeudis de carême mais que l'usage s'étant depuis introduit de les jeûner, Grégoire le jeune, soit qu'il entende le second ouïe troisième, avoit aussi établi des messes el des offices pour ces jours-là. Il autorise la coutume de dire la messe tous les jours par l'exemple de saint Cassius de JSarni. Il dit que l'usage étoit différent entre les prêtres, touchant la quanlité des messes. Les uns n'en disoient qu'une par jour; d'autres la disoient deux ou trois fois, ou autant qu'ils jugeoient à propos. En quoi , ajoute-t-il, ils s'autorisent peut-être par l'usage de l'église romaine , où on dit quelquefois deux ou trois messes , comme à JNoël et aux fêtes de quelques saints (2). Il y trouve même de la nécessité, si en un jour solennel on est obligé de dire la messe pour les morts ou pour quelque cause semblable. 11 rapporle les divers exemples du pape Léon , qui disoit souvent sept ou neuf messes par jour , et de saint Roniface de Mayence, qui n'en disoit jamais qu'une, et conclut que chacun pouvoit en user comme il lui plaisoit.

Il parle de l'ancienne lilhurgie gallicane, que plusieurs gardoient encore (3). L'usage de chanter à la messe le symbole de Constanti- Doplc, est venu dit-il, des Grecs aux Latins, et il est rendu plus fréquent en Gaule et en Germanie depuis la condamnation de Félix d'irgel. En Espagne, on léchante par l'ordonnance du concile de Tolède, c'est le troisième de l'an cinq cent quatre-vingt-neuf ; et dans un autre, c'est le quatrième de l'an six cent trente-trois , il est ordonné de chanter tous les dimanches à la messe l'hymne des trois enfants ; ce que les Romains, à cause de la multiplicité des offices, ne font que quatre fois l'an , quand il y a douze leçons , c'est-àdire aux quatre temps (4). L'auteur blâme ceux qui olTroient en passant à plusieurs messes sans y demeurer, ou qui croyoient devoir faire autant d'ofl'randes qu'il y avoit de personnes pour qui ilsprioient, comme si un seul sacrifice n'eût pas été suffisant pour tous. 11 ne blàine point ceux qui communioient plusieurs fois en un jour, assistant à plusieurs messes. 11 dit que la messe légitime est celle où il y a le prêtre, le répondant, l'offrant et le communiant. Dans h's premiers temps, on disoit la Dïesse en habit ordinaire , comme on dit que font encore quelques Orientaux. Du temps de saint Grégoire, il n étoit pas permis à tous les évêques de porter la dalmatique, au lieu qu'à présent, dit l'auteur, presque tous les évêques et quelques prêtres se croient permis de la porter sous la chasuble. Il compte ainsi les ornements des archevêques ou souverains pasteurs, la dalmatique, l'aube, le manipule,

(2) s. Grcg. IV, Dial. c. fi) Conc. Toi. in, c 2. **"' *!• Sup. liv. xxxiv, n. 48.

Torarium, la ceinture, les sandales, la chasuble et le pallium (1). Il dit que saint Paulin de Frioul disoit souvent des hymnes à l'immolation du sacrifice , principalement aux messes privées (2). Que le respect du saint-siège a fait embrasser ses usages presqu'à toutes les églises latines, parce qu'il n'y a point de tradition plus digne d'être suivie.

En cas de nécessité, toute personne peut baptiser, même une femme; et on peut baptiser par infusion. En Espagne, on faisoit les rogations après la Pentecôte pour ne pas jeûner dans le temps pascal (3). Ce traité finit par une comparaison des dignités et des charges séculières avec les ecclésiasliques, où l'auteur dit : Les chapelains ont d'abord été nommés de la chape de saint Martin, que les rois de France portoient avec eux à la guerre pour obtenir la victoire ; ainsi, on commença à nommer chapelains les clercs qui la portoient et la gardoient avec les autres reliques. Le livre pontifical, attribué à saint Damase, est souvent cité en cet ouvrage. Valafrid fut abbé de Richenou pendant sept ans, et mourut l'an huit cent quarante-neuf, âgé de quarante-trois ans. On le surnomma en latin Strabus ou Strabo , parce qu'il étoit louche.

XLIIL Saint Convoyon, abbé de Redon.

Cependant Nomenoy , duc de Bretagne, qui se prétendoit indépendant du roi Charles, fit assembler un concile (4) à la sollicitation de saint Convoyon, abbé de Redon, qui l'avertit que les évêques de la province étoient tous simoniaques, particulièrement Subsanne, évêque de Venues , et qu'ils n'ordonnoienl sans argent ni prêtres ni diacres. Saint Convoyon menaçoit le prince de la colère de Dieu , s'il ne réprimoit cet abus. Il fit donc assembler tous les évêques de la province avec les plus habiles docteurs , qui demandèrent aux évêques , en présence du prince, s'il étoit vrai qu'ils reçussent des présents pour les ordinations. Ils répondirent qu'ils ne recevoient que la marque d'honneur qui leur étoit due. Après que l'on eut bien disputé, on convint que deux d'entre eux iroient à Rome , et que l'on s'en tiendroit au jugement du pape. On choisit pour cette dépulation Subsanne de Venues , et Félix de Quimper ; et Nomenoy pria saint Convoyon de les accompagner , le chargeant d'offrir à Saint-Pierre une couronne d'or ornée de pierreries , et de demander au pape le corps de quelqu'un des papes martyrs , ses prédécesseurs.

Saint Convoyon étoit né dans le diocèse de Venues , et fut archidiacre de cette église pendant quelques années , sous l'évéque Raiuar.

(1) C. 24. Greg. vn, Ap.

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