LIVRE QUARANTE-HUITJÈME
tyrs, et, à sa sollicitation, on mit en prison I évêque de Cordoue el quelques autres, et plusieurs prêtres, du nombre desquels fut Euloge comme celui qui encourageoil les martyrs par ses instructions. Ce fut dore alors qu'il écrivit l'exhortation au martyre, adressée aux vierges Flore el Marie. Il leur dit entre autres choses (1) : On vous menace de vous vendre publiquement et de vous prostituer; mais sachez que Ion ne peut nuire à la pureté de votre âme, quelqu'infjimie que l'on vous fasse souffrir. Ensuite il décrit ainsi la persécution : Le iond de la prison est rempli de clercs qui y chantent les louanges de Dieu, tandis que les églises sont en silence, désertes et pleines d'araignées. On n'y offre plus d'encens, on nV fait aucun service. Ensuite : Ceux qui veulent vous ébranler vous représentent celle solitude des églises et la cessation du saint sacrifice. C est qu'on leur proposoil de céder pour un temps, afin de recouvrer le libre exercice de la religion. Mais, dit saint Euloge, le sacrifice le plus agréable à Dieu est la contrition du cœur, et vous ne pouvez plus reculer ni renoncer à la vérité que vous avez confessée.
De celle même prison , saint Euloge écrivit à A illesind, évêque de Pampelune, une grande lettre, où il le remercie de la charité avec laquelle il l'a voit reçu chez lui lorsqu'il fut obligé d'aller en France (2). Il nomme l(;s monastères qu'il visita en ce voyage : premièrement celui de Saint-Zacharie, au pied des Pyrénées, prés la rivière d' Arge, célèbre par tout l'Occident pour sa régularité. II étoil d'environ
peu connus , entre autres la Cilé de Dieu de saint Augustin, l'Enéide de Virgile , les satires d'Horace el de Ju vénal , et plusieurs hym nés chrétiennes. Il avoit résolu de faire le voyage de Rome en esprit de pénitence pour expier les péchés de sa jeunesse ; mais ses amis le retinrent.
I^ persécution étant émue , un évêque, ûommé Reccafréde, se déclara contre les mar-
(t) Sup. u. ift.
^I) Vitaap. Bon. ii. Mart. to 7, p. yi.
cent moines, sous la conduite de l'abbé Odoaire, homme excellent en vertu et en science. Ils travailloienl tous , exerçant divers métiers , gardoienl un silence et" une obéissance parfaite. Euloge demeura plusieurs jours au monastère de Leire , fondé par Ignigo Arista, premier roi de Navarre, el gouverné alors par l'abbé Fortunius, à qui il se recommande à la fin de sa lettre, et à quatre autres abbés, dont on a peine à reconnoître les monastères.
En celle même lettre , Euloge nomma plusieurs évêqueschez lesquels il avoit passé, savoir : Senior de Sarragosse , Sisemond de Si gença, Vénérius de Complut , Vislrémir de Tolède, vieillard vénérable, qu'il nomme la lumière d'Espagne , ce qui montre comme la religion se conservoit, même sous la domination des musulmans. Euloge envoie à Villesind des reliques de saint Zoile, qu'il lui avoit promises, et y en ajoute de saint Aciscle. Il lui dépeint la persécution de Cordoue, et lui marque tous les martyrs qui avoienl souffert jusquelà, commençant au prêtre Parfait et finissant au moine Théodore : la date est du dix-sept des calendes de décembre, ère huit cent quatrevingt-neuf , c'est-à-dire du quinzième de novembre huit cent cinquante-un.
Cl) Docum. Mari. to. 8. 446, E; 448. Bibl. PP. Paris, p. 445 , (2) C. 8, Bibl. PP. 453.
[An deJ-C.S51
Aode J.-G. 85^. j
Cependant le cadi de Cordoue, poussé par le frère de Flore , la Ol amener, le frère présent, et lui demanda si elle le connoissoil. Oui, dit-elle, c'est mon frère selon la chair(l). Le cadi reprit : D'où vient qu'il est Adèle à notre religion, et que lu es chrétienne? Flore répmdit : Il y a huit ans que je suivois comme lui Terreur de nos pères; mais Dieu m'ayant éclairée, j'ai embrassé la foi chrétienne, pour laquelle j'ai résolu de combattre jusqu'à la mort. Le cadi reprit : Et quel est aujourd hui ton sentiment sur ce que tu m'as dit il y a quelque temps? Flore crut qu'il vouloit parler des malédictions qu'elle avoit prononcées contre Mahomet , et lui déclara qu'elle étoit prèle à en dire encore plus. le cadi la fit remener en prison. Aussitôt Euloge, qui étoit dans la même prison , la vint trouver, et apprit d'elle comment cet interrogatoire s'étoil passé (2). Dix ou douze jours a près, c'est-à-dire le vingtquatrième de novembre, on mena Flore et Marie au lieu du supplice. Elles Orenl le signe de la croix sur leurs visages , et on leur coupa la télé, premièrement à Flore , ensuite à Marie. On laissa leurs corps sur la pla^e, exposés aux chiens et aux oiseaux, et le lendemain on les jeta dans le fleuve. Le corps de Marie fut retrouvé et porté au monastère de Cutédar, d'où elle étoit sortie , pour venir au martyre. On ne trouva point le corps de' Flore ; mais les deux têtes furent mises à Sainl-Aciscle de Cordoue : l'Eglise honore ces saintes le jour de leur martyre (3/.
Euloge et les autres chrétiens prisonniers rayant appris , en rendirent aussitôt grâce à Dieu, à l'office de none, et continuèrent de célébrer en leur honneur les vêpres , les matines et la messe, en se recommandant à leurs prières. Six jours après , c'est-à-dire le vingt-neuvième de novembre, ils furent délivrés de prison , suivant la promesse de ces saintes. Car elles avoient dit à quelques-unes de leurs amies, que sitôt qu'elles seroient devant Jésus- Christ elles le prieroient pour la liberté de leurs frères (4).
Peu de temps après, Gumesind et Servusdéi souffrirent aussi le martvre. Gumesind, né à Tolède , étoit venu à Cordoue encore enfant , avec son père et sa mère, qui l'offrirent à Dieu; et il fut élevé dans le clergé des trois martyrs, Fauste, Janvier et Martial, que l'Eglise honore le treizième d'octobre. Gumesind fut ordonné diacre, et enfin prêtre , pour gouverner une églisede la campagne, quoiqu'il fût encore jeune (5). Il vint à la ville, et se présenta aux juges, avec Servusdéi, jeune moine reclus; et tous deux furent martyrisés comme les aulres, le treizième de janvier, ère huit cent quatrevingt-dix, qui est 1 an huit cent cinquante-
(1) Eulog. Epist. ad. Alu.
p. 46 (3) Memor. ii, c. 8.
(3) Martyr. R. 21 nov.
(4) Epîsl. ad Alu. Meraor. c. y.
(5) Martyr. R. 13 oclob.
deux. L'Eglise en fait mémoire le jour de leur mort.