LVIII. Autres écrits sur la prédestination
En France, Hincmar et Pardule, qui étoient tous deux dans la confiance intime du roi Charles, voyant la doctrine des deux prédestinations soutenue par les écrits de Prudence, de Loup et de Ratram , firenl écrire de leur côté par un diacre, nommé Amalarius, dont l'ouvrage ne reste plus, et par Jean, surnommé Scot ou Erigène, c'est-à-dire Irlandois. 11 étoit de très-petite taille, d'un esprit vif et pénétrant, et avoit fort étudié la divilectique et la philosophie humaine ; mais il n'étoit pas grand théologien. 11 siivoit le grec, et traduisit en latin les ouvrages de saint Denis , à la prière du roi Charles ; car, étant venu en France, il gagna les bonnes grâces de ce prince, qui lavoit toujours auprès de lui , et le fai.soil manger à sa table. Jean écrivit donc un traité de la prédestination , adressé à Hincmar et à Pardule , qu il remercie d'abord de l honneur qu'ils lui ont fait d*î le choisir pour soutenir la foi catholique L'ouvrageest divisé en dix-neuf chapitres; et il s'efforce d'y prouver, par toute la subtililéde la dialectique, qu'il n'y a qu'uue prédestination, qui est celle des élus : et que le pèche et la peine n'étant que des privations, Dieu ne peut, à proprement parler, ni les prédestiner , ni les prévoir. 11 cite souvent saint Augustin , et prétend s'appuyer de son autorité (1).
Cet ouvrage ayant paru, Vénilon, archevêque de Sens, en envoya un extrait, divisé aussi en dix-neuf articles , à Prudence, évêque de Troyes , le priant d'en réfuter les erreurs. Prudence crut y trouver celle de Pelage et d Origène , et en fut épouvanté. Pour s'en mieux assurer , il chercha le livre entier de Jean Scol; et, l'ayant trouvé, l'auteur lui parut absolument pélagien 2). Il entreprit donc de le réfuterenhuitcenl cinquante-deux par un traité du même titre, de la prédestination , divisé de même en dix-neuf chapitres , où il rapporte les paroles de Jean, et y répond pied à pied , mais sans prendre la défense de Golhescalc. H s'appuie partout sur l'aulorité des pères , principalement de saint Grégoire, de saint Jérôme, de saint Fulgence et de saint Aujçustin.
Les mêmes extraits de Jean Scot ayant été portés à Lyon, cette église crut nécessaire d'y répondre, et en chargea le diacre Florus, docteur fameux dès le temps d'Agobard, dont il reste encore d'autres ouvrages, et qui avoit déjà donné un discours sur la prédestination Son traité contre Jean Scot est semblable à celui de Prudence. H y examine toutes W*s propositions de son adversaire, dont il réfute les sophismes, et soutient la double prédestination , la foiblesse du libre arbitraire el la né-
(i^ Maug.Diss.c.18.Lun.
Fer. Ep. 12. Malth Vestm.
t Aim. 833. iMaug. tum. 1; p.
109, c. 15, 16, etc.
(2) Prud. Pr«f. ibid.
cessite de la grâce (1). Quant à Golhescalc , il en parle ainsi : Nous ne savons en quelle forme ce malheureux moine a été condamné et mis en prison depuis plusieurs années. S il a enseigne quelquo chose de si dangereux contre la foi, qu il dut être ainsi traité par un concile on devoit, suivant 1 ancien usage, en avertir les aulres églises du royaume, par des lettres synodales, du moins après sa condamnation.