IV. Concile de Cordoue
Les musulmans, étonnés de voir tant de chrétiens courir au martyre , craignirent une révolte (3). Le roi Abdèrame tint conseil, et il fut résolu d'emprisonner les chrétiens, et de faire mourir sur-le-champ quiconque parleroit du prophète avec mépris. Alors les chrétiens se cachèrent, et plusieurs s'enfuirent la nuit et déguisés, changeant souvent de retraite. Plusieurs aussi , ne voulant ni s'enfuir ni se cacher, renoncèrent à Jésus-Christ , et en pervertirent d'autres. Plusieurs, tant prêtres que laïques, qui louoient auparavant la constance des niartyrs, changèrent d'ayiset les traitèrent d'indiscrets, alléguant même des autorités de l'Ecriture pour soutenir leur sentiment. Ceux qui, dès le commencement, désapprouvoient la conduite des martyrs, se plaignoient alors hautement d'Euloge et des autres prêtres, qui, en les encourageant , avoient attiré la persécution. Le roi fit assembler à Cordoue les métropolitains de diverses provinces, et on tint un concile pour chercher les moyens d'apaiser les infidèles. Là, en présence des évêciues, un greffier ou cateb, qui professoit la religion chrétienne, mais qui , étant tn^s-riche , craignoit de perdre sa charge , attaqua un jour le
(1) C. 13. 15 et 16 sepl.
(8) Martyr. R. 80 aug. (8) C. li, 14.
prêtre Euloge, et s'emporta fort contre lui. 11 avoit toujours blâmé ces martyrs, et pressoit les évêques de prononcer a na thème coiiln; ceux qui les voudroient imiter. Enfin, le concile fit un décret qui défendoil à lavenir de s'offrir au martyre , mais en termes allégoriques et ambigus, suivant le style du temps; en sorte qu'il y avoit de quoi contenter le rui elle peuple des musulmans, sans toutefois blâmer les martyrs quand on pénétroit lésons des paroles. Euloge n'approuvoit pas cette dissimulation.
La persécution duroit encore, et 1 evêcjuc de Cordoue étoit pour la seconde fois en prison, quand le roi Abdèrame, étant monté sur une terrasse deson palais, et voyant descorpsdcs martyrs encore attachés à des pieux, commanda de les brûler (1). Aussitôt il perdit la parole, et, étant porté sur un lit, il mourut la nuit suivante, ayant régné trente-un ans : c'ètoil la même année huit cent cinquante-deux , de l'hégire deux cent trentMiuit. Mahomet, son fils aîné, lui succéda, et régna trente-cinq ans. 11 n étoit pas moins ennemi des chrétiens; cl dès le premier jour de son règne il chassa luul ce qu'il y en avoit au palais, et les priva de leurs charges (2).