LIVRE QUARANTENEUVIÈME
mort tous ses biens aux pauvres. Et parce , lui dit-elle , que nous avons ici peu de pauvres , vendez tout et portez de l'argent a Dorslat, ou il V a plusieurs églises et quantité de pauvres. La fille exécuta cet ordre fidèlement, et trouva à Dorstat des femmes pieuses, qui 1 instruisirent du meilleur emploi de ses aumônes Un jour, étant revenue à son logis, elle mit a part le sac où elle avoit porté son argent, et qui étoit vide , mais quelque temps après elle le trouva plein, et, ayant appelé ces pieuses femmes, elle compta l'argent avec elles, et en trouva autant qu'elle en avoit apporte ; excepté quatre deniers , qu'elle avoit employés pour avoir du vin. Elle rapport^a ce miracle aux prêtres les plus estimés, et ils lui dirent : C'est le fruit de votre obéissance et de votre lidélité : croyez fermement que votre mère est sauvée ; et ne craignez point de donner aussi votre bien pour Jésus-Christ.
Ces miracles s^)nt dignes de foi , s il y en eut jamais , étant rapportés dans la vie de saint Anscaire , par saint Uembert, son disciple et son successeur; et s'il est permis de dire que Dieu ait dû quelquefois faire des miracles, c est sans doute pour les églises naissantes (1). Au reste, il sembloit que le prêtre Ardgaire ne fut allé en Suède que pour assister à la mort de ces deux saintes pers^)nnes ; car, après celle d Hérigaire, il retourna à sa chère solitude, et cette éiTlise demeura encore sans prêtre.