VI. Monastères do Farfe et de Saint-Vincent
Le même Gisulfe donna la place où fut fondé le monastère de Saint- Vincent, par trois hommes nobles de Bénévent, enfants de deux frères, nommés Paldon, Tason et Taton (1). Lt^ désir de la perfection évangélique les fit résoudre à quitter leurs pays et leurs richesses et aller visiter les monastères de Gaule. Ils dirent à leurs parents qu'ils alloient à Rome comme ils y allèrent en efl'et , et partirent avec un équipage de chevaux et de valets convenable a leur condition. Mais , quand ils furent sortis de leur province, ils renvoyèrent leurs valets et leurs chevaux , et dirent qu'ils avoient fait vœu d'aller à Rome seuls et à pied. Ensuite ils donnèrent leurs habits à des pauvres qu'ils rencontrèrent , et se revêtirent de leurs haillons.
Ils arrivèrent dans le pays des Sabins au monastère de Farfe, dont l'abbé les reçut charitablement (2). Il étoit né en Gaule, dans la Maurienne, et, étant déjà prêtre, il eut dévotion d aller a Jérusalem visiter les saints lieux. n y demeura trois ans, priant Dieu de lui faire connoître sa volonté ; enfin une nuit il vit en dormant une personne qui tenoit un pain d'une beauté merveilleuse , et lui dit : Prenez ce pain, retirez- vous, et sachez qu'il ne vous manquera jamais. Il revint en Italie, s'arrêta dans les Sabins, et fonda un monastère par le secours de Faroald , duc de Spolète, en un lieu nommé Acutien. Dès le sixième siècle , saint Laurent evêque de Spolète, surnommé l'illuminateur' pour avoir guéri plusieurs aveugles, avoit londé en ce lieu le monastère de Farfe , où il finit ses jours (3). L'église étoit dédiée à la Sainte-Vierge ; mais Thomas la trouva abandonnée, et le monastère ruiné. Il le rétablit SI bien, qu'il fut depuis très-riche et trèsfameux pendant plusieurs siècles; et on prétend qu'il eut dans Sii dépendance plus de six cents églises. On en rapporte la fondation à l'an six cent quatre-vingt; et Thomas, après l'avoir gouverné trente-cinq ans, mourut l'an sept cent quinze, le dixième de décembre.
Tel étoit le vénérable Thomas , qui reçut les trois cousins, Paldon , Tason et Taton. En leur lavant les pieds, suivant la règle de Thospitalité monastique , il vit à la délicatesse de leur corps qu'ils n'étoient pas tels que marquoit la pauvreté de leurs habits , et , ayant appris leur dessein, il s'offrit de les conduire à Rome, d'où il les ramena chez lui , afin qu'ils apprissent les pratiques de la vie monastique ayant que d'aller plus loin. Leurs parents affligt^ de leur fuite , vinrent les chercher à Farfe, et Fabbé Thomas les obligea à leur parler. Ils demeurèrent fermes dans leur résolution , mais Thomas leur persuada de ne point quitter l'Italie , et leur montra dans le voisi-