‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 612 sur 2407 · XXI. Suile de l'église de Suéde · texte numérisé non relu

XXI. Suile de l'église de Suéde

Cependant Anscaire , affligé de ce que la Suède étoit encore une fois sans prêtre , depuis la retraite d' Ardgaire pria le roi lloric de lui aidera rentrer dans ce pays (2). Il en parla aussi à l'évêque Gausberl , qu'il y avoit autrefois envoyé , craignant que la foi qui avoit commencé à s'y établir ne pérît par leur négligence. Gausbert dit que pour lui , en ayant été une fois chassé, il craignoit que sa présence n'irritât de nouveau les infidèles. Il vaut mieux, ajouta-t-il, que vous y retourniez, vous qui, ayant été le premier chargé de cette mission, y avez été très-bien reçu : j'enverrai avec vous mon neveu , qui demeurera pour y faire les fonctions de prêtre, s'il y a lieu d'y prêcher. Cette résolution prise , ils allèrent demander la permission du roi Louis, qui l'accorda volontiers , donna commission à l'évêque Anscaire d'aller en Suéde comme son ambassadeur.

Horic , roi de Danemarck , en envoya un de son côté pour l'accompagner et dire au roi de Suède, nommé Olef ou Olave, qu'il connoissoit parfaitement le serviteur de Dieu, que le roi Louis lui envoyoit, et qu'il n'avoit jamais vu un si homme de bien, ni trouvé en personne tant de bonne foi (3). C'est pourquoi, ajoutoit-il , je lui ai permis dans mon royaume tout ce qu'il a voulu pour y établir

(2) Vitan. 41.V. Anse.

Sfebr.

la religion chrétienne ; et je vous prie d'en user de même , car il ne cherche qu'à faire du bien. Après vingt jours de navigation, Anscaire arriva à Birca, où il trouva le roi et le peuple fort troublés. Car il étoit venu un homme , qui disoit avoir assisté à l'assemblée des dieux , que l'on croyoit maître du pays, et qu'ils r avoient envoyé dire au roi et au peuple : Nous vous avons long-temps été favorables , et vous avons donné l'abondance et la prospérité dans la terre que vous habitez. De votre part, vous vous êtes bien acquittés des sacrifices et des vœux que vous nous deviez, et votre service nous a été agréable. A présent, vous manquez aux sacrifices ordinaires et faites moins de vœux, et, ce qui nous déplaît davan tage , vous voulez introduire un dieu étranger. Gardez-vous de recevoir ce culte con^ traire au nôtre , si vous voulez que nous vous soyons propices. Que, si vous voulez quelque dieu nouveau , nous recevons volontiers en notre compagnie Eric, jadis ^volre roi : les Suédois, touchés de cet avertissement de leurs dieux, dressèrent un temple à l'honneur de ce roi Eric , et lui offrirent des vœux et des sacrifices.

Le saint 'évêque , étant arrivé, demanda à ses anciens amis comment il pourroit faire au roi sa proposition (1). Ils lui dirent tous qu'il n'y avoit rien à espérer pour ce voyage, et que, s'il avoit quelque chose à donner, il l'employât à racheter sa vie. 11 répondit : Si mon Dieu en a ainsi disposé , je suis prêt à souffrir pour lui les tourments et la mort. Enfin, par leur conseil, il invita le roi à venir chez lui, lui donna à manger, lui fit des présents et lui expliqua le sujet de son ambassade , dont il avoit déjà oui parler. Le roi , très-content de la réception que lui fit l'évêque, lui dit : Je consentirois volontiers à ce que vous désirez, mais je ne puis rien vous accorder que je n'aie consulté nos dieux par le sort , et que je ne sache la volonté du peuple, qui est plus maître que moi des afïiiircs publiques. Envoyez quelqu'un de votre part à la prochaine assemblée, je parlerai pour vous , et vous ferai savoir la résolution. Après cette réponse, l'évêque recommanda l'affaire à Dieu par des jeûnes et des prières, et Dieu lui fit connoître intérieurement que le succès en seroit heureux (2).

Le roi Olef assembla d'abord les seigneurs , et leur expliqua la proposition de Lévêque. Ils dirent qu'il falloit consulter les dieux , sortirent en campagne suivant la coutume, jetèrent le sort , et trouvèrent que c'étoit la volonté de Dieu que la religion chrétienne s'établît chez eux. Aussitôt un des seigneurs, ami de l'évêque, alla lui porter cette bonne nouvelle. Le jour de l'assemblée générale étant venu , elle se tint à Birca , et le roi , suivant la coutume, fit publier par un héraut le sujet de l'ambassade des

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Cl; N. 40.

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François (1). Il s'émut un grand murmure parmi le peuple partagé en divers sentiments ; mais un vieillard se leva et dit : Roi et peuple, écoutez-moi : nous connoissons déjà le service de ce dieu, et qu'il est d'un grand secours à ceux qui l'invoquent; plusieurs d'entre nous l'ont éprouvé dans les périls de mer et en d'autres occasions , pourquoi donc le rejetons-nous? Autrefois quelques-uns alloient à Dorstat embrasser cette religion , dont ils connoissoient l'utilité ; maintenant ce voyage est dangereux à cause des pirates ; pourquoi ne recevons-nous pas ce bien que Ton vient nous offrir chez nous ? Le peuple , persuadé par ce disct)urs, consentit unanimement à l'établissement des prêtres et de la religion chrétienne. Le roi en dcmna aussitôt avis à l'évfkiue , ajoutant toutefois qu il ne pouvoit encore lui accorder une entière permission , jusqu'à ce qu'il eût le consentement d'une assemblée qui se devoit tenir dans une autre partie du royaume; mais elle fut aussi favorable que la première.

Alors le roi appt^la l'évéque , et ordonna que l'on bàtiroit des églises , que l'on recevnut des

Î)rétres,et qu4' quiconque voudroit pourroit ibrement se faire chrétien. Saint Anscaire recommanda au roi le prôlre Erimbert , qui étoit le neveu de l'évéque Gausbert ; le roi lui donna une place à Birca pour bàlir une église, et promit de proléger en tout la religion chrétienne : ainsi saint Ansraire , ayant heureusemeutaccompli sondessein, retourna en Sa\e (2). Quelque temps après, le roi Olef attaqua les Chores, peuple autrefois sujet aux Suédois, et dont le pays est la Courlande. Il assiégea une de leurs villes, où ses troupes se trouvèrent en grand péril ; et , ayant jeté le sort, aucun de leurs dieux ne leur prometloit du secours. En cette extrémité, quf'lques marchands, se souvenant des instructions de saint Anscaire, exhortèrent les Suédois à invoquer le dieu des chrétiens. Ayant jeté le sort et trouvé que Jésus-Christ devoit les secourir, ils reprirent cœur et marchèrent au combat ; mais les Courlandois, sans les attendre, rendirent la ville à des Cimdilions plus avantageuses qu ils ne demandoient. Après cette victoire, les Suédois demandèrent quel vœu ils dévoient faire à Jésus-Christ.

Les marchands leur conseillèrent de lui promettre d.'s jeûnes et des aumônes ; savoir, qu'à leur retour, après avoir demeuré sept jours chez eux, ils s'absliendroient de chair pendant les sept jours suivants, et qu'après quarante autres jours ils feroient la même abstinence quarante jours durant. Ils l'observèrent religieusement, et depuis ce temps le prêtre Erimbert exerça librement ^js fonctions, et la religion chrétienne lit de grands progrès en Suède.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME. [ADde J.-C. 854.

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