LIVRE QUARANTE-NEUVIEME
Mais en Danemarck il y eut une grande révolution, c;ir les Normands, qui en étoient sortis et avoient ravagé la France pendant vingt années de suite , se rassemblèrent et retournèrent en leur pays. Là il s'émut une querelle entre le roi Horic et son neveu Guturm , qu'il avoit chassé de son royaume, et qui a voit jusque-là vécu en pirate (1). Ils en vinrent aux mains, et le carnage fut si grand qu'il périt un peuple innombrable, Ilieu vengeant ainsi la mort de tant de chrétiens que les Normands avoient égorgés. Le roi Horic fut tué, et de la rare de Gode f roi , son père , il ne resta qu un enfant, aussi nommé Horic, qui fut reconnu pour roi. Mais les seigneurs qui l'environnoient, et qui n'étoient guère connus de saint Anscaire, conseillèrent à ce jeune prince d abolir le christianisme, disant que le désastre qui leur venoit d'arriver étoit un effet de la colère des dieux , pour avoir reçu le culte d'un dieu inconnu. Le plus ennemi du christianisme étoit le gouverneur de SIesvic, nommé Hovy, qui fit fermer l'église et défendit l'exercice de la vraie religion ; ce qui obligea le prêtre qui y ré^idoit à se retirer.
Saint Anscaire, pénétré de douleur, ne savoit à qui sadresser, n'ayant auprès du nouveau roi aucun de ceux dont il avoit gagné l'amitié par ses libéralités. Abandonné des hommes, il eut recours à Dieu, à son ordinaire, et ce ne fut pas en vain, (^omme il se disposoit à aller trouver le roi, ce prince, ayant chassé et disgracié le g<mverneur de Shsvic,
f^ria de lui-même le saint évéque de renvoyer e prêtre à son église, disiinl qu'il ne vouloit pas m(Mns mériter la prottMjliim de Jesus- Christ et l'ami lié de l'évéque que le roi son
f^rédécesseur. Anscaire alla Inmver le roi, et ui fut présenté par le comte Bouchard , parent de l'un et de l'autre prince; le jeune Horic reçu! très-bien le saint évéque , et lui donna toutes les ^HTmissiims que l ancien lui avoit données. Il accorda même aux chrétiens d'avoir une cloche pour leur église, ce qui auparavant paroissoit abominable aux païens, et il permit de bàlir une autre église dans la ville de Ripa, et d'y établir un prêtre.
Cependant l'évoque Gausbert envoya en Suède un prêtre, nommé Anfrid, Danois de naissance , et élevé dans le service de Dieu par Ebbon , autrefois archevêque de Reims. A son arrivée, le prêtre Erimbert en revint, et Anfrid y demeura plus de trois ans, chéri de tout le monde; mais, ayant appris la mort de l'évéque Gausbert, il revint et mourut lui-même quelque temps après. Saint Anscaire, ne voulant pas laisser périr l'Eglise en Suède, y envoya un prêtre qu'il avoit, nommé Ragimbert, qui fut pille en chemin par des pirates danois, et mourut Le saint évéque, sans se rebuter, or-
donna exprès pour cette mission un autre prêtre, nommé Rimbert, Danois de nation, qui y fut bien reçu par le roi et par le peuple, et y exerçoit encore ses fonctions en toute liberté quand le successeur de saint Anscaire écrivoit sa vie ; le saint évéque recommandoit à tous ces prêtres, qu'il envoyoit chez les païens , de ne demander rien à personne , mais de travailler de leurs mains , à l'exemple de l'a|)ôtre saint Paul , et de se conlenttT du vivre et du vêtement. Il ne laissoit pas, tant qu'il jM)uvoit, de fournir abondamment à leurs besoins et de ceux qui étoient à leur suite , et de leur donner de quoi gagner des amis. Tels furent les commencements des églises de Suède et de Danemarck.
XXIIl. Troisième concile de Valence.
En France , les quatre articles dressés par Ilincmar en l'assemblée de Quiercy , furent envoyés à l'église de Lyon, parle soin de quelques hommes vertueux; et, ayant été examinés par l'archevcHiue Rémy avec les plus savants de son clergé, ils en furent choqués, et trouvèrent que 1 on y attaquoit l'autorité de l'Ecriture et des pères, particulièrement de saint Augustin (1). C'est pourquoi Rémy entreprit de réfuter ces quatre articles, par un écrit intitulé : Qu'il faut s'attacher à la vérité de l'Ecriture, où il soutient principalement la double prédestination des élus et des réprouvés. Il établit encore plus aulhentiquement la même doctrine au troisième concile de Valence, assemble par ordre de l'empereur Lothaire, la quinzième année de son règne, indiction troisième, qui est lan huit cent cinquante-cinq, le huitième de janvier, à l'occasion de l'évéque de Valence, accusé de divers crimes (2). Il y avoit quatorze évéques de trois provinces, avec leurs métropolitains, qui les présidoient: savoir, Rémy de Lyon, Agilmar de Vienne et Roland d Arles. Ebbon de Grenoble s'y distinguoit le plus entre les évéques. Après que l'on eut terminé l'affaire de l'évêqut^ de Valence , on dressa vingt-trois canons, dont les six premiers sont de doctrine. Nous évitons, disent les évéques , les nouveautés de paroles et les disputes présomptueuses , qui ne causent que du scandale , pour nous attacher fermement à r Ecriture sainte et à ceux qui l'ont clairement expliquée, à Cyprien, Hilaire, Ambroise, Jérôme, Augustin et aux autres docteurs catholiques. Quant à la prescience de Dieu , la prédestination et les autres questions qui scandalisent nos frères , nous nous en tenons à c« que nous avons appris dans le sein de l'Eglise.
Dieu , par sa prescience, a connu de toute éternité les biens que dévoient faire les bons, et les maux que dévoient faire les mauvais.
(1) N. 54. An. Fuld.854. Berlin. Eod Chr. Norin.
CI) De Ten. Ver. Sor. c.