XXIV. Affaires d'Halle
Au mois de février suivant, l'empereur Louis, flls de Lothaire, assembla à Pavie les évoques du royaume de Lombardie, dont les premiers étoient Angilbert, archevêque de Milan, André, patriarche d'Aquilée, et Joseph, évéque d'Yvrée, archichapclain de l'empereur (2). Ce prince leur ayant demandé leurs avis sur la réformation des abus , ils dressèrent dix-neuf articles , où ils se plaignent entre autres que quelques laïques , principalement les seigneurs, entendentlomce divin aux églises qu'ils ont proche de leurs maisons, viennent rarement aux grandes églises, et n'en reçoivent point les instructions qui leur seroient* nécessaires. Quelques-uns, ajoutent les évéques,
An de J.-C. 865]
(l) C. 7, ig, 13, 11, 2. t. 2, Cap. p. 349, c. 3, 4, (ï) To. 8, Conc. p. lie ; H, 16.
reçoivent nos clercs sans notre permission, et font célébrer la messe par des prêtres ordonnés en d'autres diocèses, ou dont l'ordination même est douteuse. Quelques seigneurs donnent leurs dîmes aux églises qu'ils ont dans leurs terres, ou aux clercs qui sont à leur service , au lieu de les donner aux églises où ils reçoivent l'instruction, le baptême et les autres sacrements. On peut voir ici la taxe de ce qui doit être fourni à un évéciueen visite. L'empereur Louis, par sa réponse , recommande l'exécution des capitulaires de ses prédécesseurs.
Quelque temps après , Daniel , maître de la milice , vint le trouver de Rome , el lui dit (1) : Gratien, gouverneur du palais de Rome, que vous croyez vous être tidéle , m'a ainsi parlé seul à seul dans sa maison : Ces François ne nous font aucun bien , ils ne nous donnent aucun secours : au contraire , ils nous pillent. Que n'appelons-nous les Grecs , pour faire un traité avec eux et chasser le roi et la nation des François ? L'empereur Louis fut tellement irrité de ce discours , qu il marcha vers Rome en diligence, sans écrire au pape ni au sénat. Le pape ne laissa pas de le recevoir honorablement, suivant la coutume, sur les grands degrés de l'église de Saint-Pierre, et lui parla avec douceur pour l'apaiser.
Le jour fut pris pour juger Gratien, et l'empereur Louis , accompagné du pape et des seigneurs romains et francois , tint sa séance dans le palais que Léon 111 avoit fait bâtir près l'église de Saint-Pierre. Daniel réitéra son accusation contre Gratien , qui éloit présent, d'avoir voulu lui persuader de livrer Rome aux Grecs ; mais Gratien et les Romains le démentirent. L'empereur ordonna qu'ils fussent jugés suivant la loi romaine , et Daniel fut convaincu de calomnie. C'est pourquoi il fut livré à Gratien pour en faire ce qu'il voudroit; mais, à la prière de l'empereur, il le relâcha. Cette histoire fait bien voir qu'il étoit souverain de Rome.